Magazine Poésie

020112

Par Volodia

Nous sommes à bord d'un petit bateau de croisière, toute l'équipe du boulot. Beaucoup sont nouveaux et je les connais mal. Simple employé, je bois un coktail avec l'équipe de gestion. On parle du prix d'une partie de chibre que nous allons faire bientôt. On discute de choses et d'autres, d'un ton badin d'abord, puis plus sérieux. Une gérante se fait du souci pour moi. Je suis tendu à l'idée de payer. Elle a peur que je boive trop. Je bavarde avec son ami.
Par un temps de tempête, nous arrivons ; nous accostons l'énorme navire McDonald's. J'y ai déjà passé deux jours lors de je ne sais plus quelle occasion. Une nuit affreuse, passée à boire des bières bien trop chères et à explorer les lieux, immenses, pleins de recoins par-delà les grandes travées aux enseignes de beaucoup de grandes marques. J'avais ensuite peiné à retrouver mon hôtel, situé au milieu du paquebot – une large péniche, plutôt. Le reste est flou. J'y étais venu pour la même raison qu'aujourd'hui, et j'y faisais un deuil.
Je me trouve maintenant dans l'entrepont, avec mes coéquipiers. Le bateau s'amarre tant bien que mal. Nous regardons un matelot s'acharner à lancer une corde. Personne n'intervient pour l'aider. Lorsqu'il a enfin réussi, nous sautons tous de l'autre côté. Il est tard, et après un rapide tour – insuffisant pour visiter vraiment l'étendue de notre nouvelle embarcation, nous dormons. Une nuit que j'ai oubliée. Le lendemain, il fait grand beau. Je déambule avec mon frère le long d'une promenade qui fait le tour du pont principal. Fumeurs, nous voulons souvent allumer une cigarette. Mais seuls de rares bancs sont indiqués zone de fumée, et les vigiles semblent très stricts. Nous voyons en effet plusieurs contrevenants se faire remettre à l'ordre. Aussi nous faisons attention.
Je perds ensuite un peu le fil de la journée ; j'attends que débute le tournoi de chibre, une attente longue, qui à mesure que la journée passe semble vaine. Plusieurs petits évènements arrivent : un manager roule un McWrap de façon superbe ; le contenu dénature le produit ; je passe devant une friterie qui promet des portions double du McDonald's ; un café, devanture verte, copie allègrement le Starbuck's. Tandis que nous poursuivons notre tour, je tombe soudain sur l'espace fête foraine, qui possède exactement le côté glauque que l'on peut attribuer à ce genre de lieu. C'est à ce moment-là que je me souviens être déjà venu. Je me rends compte que mon frère n'est plus là. J'ai alors envie de retrouver mon ancienne chambre d'hôtel. Je rejoins le centre du navire, où se trouvent les résidences.
Marchant vite dans un large hall aux grandes colonnes, je suis subitement rejoins par trois femmes, deux déjà matures mais encore fraîches, qui surgissent par derrière, et une troisième, beaucoup plus jeune, blonde, fine mais aux formes bien faites, qui me prend par la main de façon bizarre. Cette arrivée ne me fais pas ralentir, mais je sens que nous changeons de direction. La demoiselle gratte périodiquement ma paume de l'ongle de son index, geste érotique qui me fait frissonner et auquel je réponds par de fortes pressions. Sa main est tendre et douce. Elles m'amènent dans une salle où des enfants semblent m'attendre, devant un parterre d'adultes qui doivent être leurs parents. Soudain, les femmes sont remplacées par trois petits garçons aux crânes chauves, cancéreux, qui s'agitent. J'en tiens un par la main. Quelqu'un prononce un discours.
Je retrouve mon équipe dans une grande salle de jeu, qui attend le début du tournoi. Il est déjà treize heures mais rien ne bouge. Une communicante vient, fais une énième présentation. Elle me prend pour exemple, puisque j'ai déjà participé. Cependant, elle se méprend, car le nom par lequel elle m'appelle n'est pas le mien. Je lui le dis, mais elle m'ignore. Je m'enfuis alors et part en quête d'une bière. Je trouve rapidement un distributeur à boisson ; la canette de 3 DL est à 7 euros, celle de 5 à 9. Il y a plusieurs marques. J'hésite. Une connaissance me rejoint par hasard à ce moment. Comme moi, il s'énerve contre les prix appliqués. Nous décidons très vite de chercher un commerce. Je n'arrête pas de dire que je le savais, que j'aurais du prendre une bouteille. 
Nous trouvons un kiosque, sous des arcades. Je me renseigne de façon subtile, furtive – car je sens qu'ici l'alcool est mal vu. La dame m'indique discrètement une autre échoppe à deux pas de là. Nous nous y rendons, mon ami et moi. Accoudé au comptoir, un ouvrier finit une canette. Il n'arrête pas de se moucher. Il commence à me raconter qu'il est malade, et me donne plusieurs références (abscons) de médicaments qu'il a pris et qui ne font rien. Puis il s'excuse longuement d'être inactif ce jour-là, alors que la direction à ordonné la mobilisation de tout l'équipage pour le grand évènement qui se déroule. Je l'écoute vaguement.
La vendeuse arrive. C'est la blonde qui me tenait la main tout à l'heure. Elle fait semblant de rien. La bière est à 6 euros. Je m'insurge un peu. Campée en face de moi, du même côté du bar, elle est intraitable. Nous demandons alors deux bières malgré tout. Elle se rend derrière le comptoir – mais d'abord, en passant devant moi, elle glisse brièvement une main sur mon entrejambe. J'ai juste le temps d'esquisser semblable geste qu'elle est loin. Je l'embrasse rapidement tandis qu'elle nous tend nos bières. Nous partons.
Plus tard, le tournoi n'a toujours pas commencé. Je suis passé voir les autres dans la salle d'attente, semblable à un terminal d'aéroport. En chemin, j'ai trouvé le sac d'un coéquipier, multicam. Je lui le rends. Je décide d'aller au quartier du marcher. Je croise une petite asiatique qui me salue. Je ne me souviens pas la connaître. Je passe ma route. Je retrouve l'ami rencontré auparavant sur place. Nous entrons dans un petit magasin vaudou ; aux murs, des masques, des bibelots. Cependant, l'ensemble ne confère pas à la boutique l'ambiance fourmillante, étouffante, qu'on serait peut-être en droit d'attendre. Au fond, sous une hélice d'avion, une petite table basse avec des sièges. Nous entrons.
L'homme nous salue, grand, vêtu de blanc avec un chapeau noir qui cache ses cheveux. Nous lui demandons s'il n'a pas de l'alcool à vendre. Il nous montre le vestige d'un naufrage, une sorte de tonneau en plastique bleu sur lequel se trouvent quelques logos de marques d'alcool, relativement effacés. Il prend un bâton et tape dessus. Etrange musique. Nous insistons. Il ouvre un petit coffret qui contient deux bouteilles de Smirnoff et une de Black Label, disposées d'une manière qui ne doit sans doute rien au hasard. Mon ami demande le prix. 400 euros. C'est tout ce qu'il a. Il est d'accord. Le vaudou lui donne une Smirnoff. Mon ami s'emporte, réclame. Pour le prix, il peut tout avoir. Dans ce cas, rétorque le magicien, il doit d'abord jouer une partie d'échecs contre lui. Mon ami joue mal, très mal ; aussi, il me demande de jouer à sa place. J'accepte.
Nous prenons place à la table. Le vaudou apporte un échiquier. Les cases sont très usées, et il est difficile de distinguer les couleurs. Nous commençons à disposer les pièces – une armée blanche, l'autre violette. L'échiquier est tellement abîmé que certaines pièces tiennent à peine debout. Je ne suis pas très attentif – j'accomplis machinalement les gestes requis et prends garde que rien ne tombe. Mais plus le temps passe, plus j'ai le sentiment très étrange que jamais je ne pourrai finir la mise en place ; puis je m'aperçois que j'ai disposé un cheval à la place d'une tour ; que je me suis trompé entre le roi et la reine ; pire, voilà que plusieurs de mes pions sont de la couleur opposée. Je corrige. Mais je n'ai pas fini de corriger que voilà que mes fous sont inversés avec des pions. Je tente de me ressaisir. Et puis je saisis d'un regard bref la main du vaudou qui va, très vite, dans mon camp, et je me lève, balaie l'échiquier, hurle et l'insulte, pars. 
Et partant, sous les cris du vaudou qui s'insurge, je tourne la tête seulement pour le voir se lever,
se servir une énorme rasade de vodka et venir à pleine bouche embrasser mon ami, le liquide s'échappant de l'étreinte, puis s'emparer d'un tableau blanc, couverts de caractères que de loin je ne peux déchiffrer, encadré de noir, et – à l'instant où sur mes pas je reviens – planter un petit poignard courbe dans sa gorge et l'ouvrir en criant « Tu n'avais pas le droit ! ». Pris de panique, je recule devant le magicien qui lâche le corps et la toile et s'élance sur moi. Je cours, appelle au secours, écarte quelques badauds. Un vigile surgit et plante une capsule dans la langue de l'homme, qui s'effondre.


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