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Aviation et DD: Renversons les points de vue…?

Publié le 04 mars 2008 par Anne-Sophie

Aujourd’hui, nous allons vous parler du rôle d’une association oeuvrant dans le sens du développement durable… au sein de l’aviation civile. Eh oui, cela existe, et vous pensez bien que cela m’a un peu fait sourire initialement lorsque j’ai découvert l’initiative l’été dernier! C’est donc non sans titiller Loïc Chappoz, le fondateur de l’Association pour le Développement Durable dans l’Aviation Civile (ADDAC), que j’en ai appris un peu plus à ce sujet…

Avion

Pour bien commencer, il faut avoir en tête que 20 % des appareils les plus anciens sont responsables de 60 % des émissions. Les émissions aériennes contribueraient à hauteur de 3% environ au réchauffement. Depuis 1990, les émissions des vols intra-européens ont augmenté de 87%. Avec la croissance annoncée sur ce secteur, ces émissions pourraient représenter 5% en 2050. D’autant que vous consommez en un simple aller-retour Paris-New York une fois et demi l’équivalent des émissions annuelles par personne qu’il faudrait respecter pour la concentration en CO2 dans l’atmosphère… Sans parler de tout ce qui peut aussi être amélioré chez les différents acteurs de la filière aérienne, en amont, mais aussi en aval…

L’ADDAC : dans quoi s’embarque-t-on?

L’ADDAC cherche à réduire l’impact de l’Aviation Civile sur l’environnement et à promouvoir le développement durable au sein de la multitude d’entreprises et d’organismes qui la composent.

Créée en mai 2006, et donc sans attendre les recommandations du Grenelle*, elle est constituée aussi bien de pilotes de ligne, d’ingénieurs d’Airbus, de gestionnaires d’aéroports ou encore de contrôleuses aériennes ou de membres d’équipage de cabine (hôtesses et stewards). L’équipe souhaite, via cette diversité, “toucher l’ensemble de l’aviation civile mais aussi de comprendre les contraintes propres à chaque métier“, nous explique Loïc. Elle s’adresse essentiellement aux personnes travaillant en lien avec l’aviation civile et compte actuellement 25 membres.

Lorsqu’on lui demande comment l’idée a été accueillie dans le milieu, Loïc explique que cela s’est relativement bien passé:

“Beaucoup de gens sont conscients du caractère polluant de l’aviation et ont la volonté d’agir pour améliorer les choses. Jusqu’ici ils ne savaient pas trop comment faire, maintenant il y a l’ADDAC”…

Lors de sa première année d’existence, l’association s’est avant tout concentrée sur sa structuration (mise en place du site Internet, prises de contact avec les différents acteurs de l’aviation civile, définition des différents projets à mener, etc).

“Ce début de deuxième année s’inscrit résolument dans l’action”, assure donc Loïc. “Les différents projets que nous proposons suscitent souvent l’enthousiasme, parfois l’indifférence mais nous n’avons pas encore du faire face à des réactions hostiles“, ajoute-il.

ADDAC Grand Format

Une attente… avant le DDécollage!

Nombreux sont ceux, dans le milieu, qui auraient voulu voir l’ADDAC émerger plus tôt :

“C’est particulièrement vrai pour les pilotes qui voient au quotidien quelles sont les quantités de carburant consommées en comment faire des économies”, nous explique Loïc.

Bizarrement donc, l’étonnement face à l’existence d’une structure comme l’ADDAC vient de personnes qui, comme vous et moi, sont extérieures au monde de l’aviation !

Dans les faits, l’association axe son action sur 3 dimensions majeures : la réduction des émissions gazeuses en vol, leur réduction sur et autour des aéroports qui permettra d’améliorer la qualité de l’air respiré par les riverains, et la limitation des nuisances sonores. Explications :

“Concernant les émissions gazeuses en vol, nous souhaitons travailler en étroite collaboration avec les organismes de contrôle aérien en suivant plusieurs pistes comme la mise en place d’approches à descente continue qui éviteraient des paliers à basse altitude bruyants et polluants, un raccourcissement plus systématique des trajectoires lorsque cela est possible ou encore une optimisation des techniques de contrôle privilégiant les réductions de vitesses plutôt que l’allongement des trajectoires quand les aéroports sont encombrés à l’atterrissage. Nous nous intéressons aussi à la réduction des vitesses de croisière des avions qui permettrait de diminuer les volumes de gaz à effet de serre rejetés par kilomètre.”

Header Addac

“Pour réduire les émissions au sol, notre principal projet consiste en la promotion de nouveaux systèmes permettant de faire rouler les avions entre les pistes et le parking sans utiliser les réacteurs. Pour le moment, les pilotes sont contraints d’utiliser les moteurs pour rejoindre la piste au départ et le parking à l’arrivée, ce qui représente plusieurs centaines de litres de carburant par vol qui pourront être économisés grâce à ces nouveaux systèmes.”

“Si l’amélioration des trajectoires d’approche permettra de diminuer de manière sensible les nuisances sonores subies par les riverains des aéroports, ce n’est pas la seule mesure à l’étude. Limiter l’utilisation des inverseurs de pousser à l’atterrissage, notamment pour les vols arrivant tard le soir ou tôt le matin, pourrait améliorer la qualité de vie des foyers vivant a proximité immédiate des pistes d’atterrissage. Les finales “moindre bruit” constituent une piste qui devrait être étudiée prochainement. En clair, il s’agit de ne sortir les volets que partiellement pour l’atterrissage. Ceci devrait diminuer le bruit aérodynamique et réduire le régime moteur nécessaire pendant la dernière ligne droite avant l’atterrissage. Mais la longueur nécessaire pour stopper l’avion après l’atterrissage s’en trouvera allongée, ce qui pourrait être problématique pour des avions lourds…”

Naturellement, le plus gros défi de l’ADDAC est de rendre l’aviation civile la moins polluante possible… Un défi énorme qui ne sera relevé que par “l’addition d’une multitude de projets!”. Mais si tout ce qui peut être amélioré l’était rapidement, les membres de l’ADDAC seraient déjà fort satisfaits.

Et dans la tête d’un pilote de ligne écolo alors…?

Essayons d’en savoir plus maintenant sur les motivations de Loïc lui-même… En tant que pilote de ligne, on peut légitimement, en effet, s’interroger sur son engagement et sa sensibilité

Loïc assure pourtant que ses proches “subissent” sa “passion pour le développement durable” depuis de nombreuses anné ! Il ne saurait fournir d’explication ou d’élément déclencheur pour décrire les origines de sa sensibilité, mais déjà ado, il avait poussé ses à acheter une voiture roulant au GPL plutôt qu’a l’essence. “Ils ne l’ont d’ailleurs pas regretté”, souligne Loïc !

Désormais, il essaye de pousser ses proches à “avoir les bons gestes au quotidien : économies d’énergies, fruits et légumes de saison locaux, recyclage…”.

Quand on lui demande s’il n’a pas un peu “fait le grand écart” pour concilier sa sensibilité environnementale et le choix d’un tel métier, il répond honnêtement que cela fut un “cas de conscience difficile à résoudre”.

“Ce choix se résumait à deux possibilités : choisir d’abandonner un rêve d’enfant parce que contraire à mes préoccupations environnementales, ou choisir de réaliser ce rêve et tenter de changer l’aviation civile de l’intérieur. J’ai choisi la seconde option et aujourd’hui je suis convaincu que c’était le bon choix.”

Au niveau professionnel donc, Loïc adopte “un état d’esprit au quotidien”:

“J’essaye de minimiser la consommation de carburant (en demandant des raccourcis aux contrôleurs aériens, en volant à l’altitude ou l’avions fonctionne le mieux) et de montrer a mes collègues qu’on peut agir concrètement même si on est assez vite bloqué par des contraintes extérieures au cockpit”.

Et c’est précisément pour agir sur ces contraintes que Loïc a décidé de créer l’ADDAC. Par la suite, les réactions ont souvent été positives, mais parfois agacées parmi ses proches… Il se définit comme têtu lorsque quelque chose le passionne! Nous n’en doutons pas:-)

Couverture revue Pilote de ligne

Les perspectives?

En discutant avec Loïc, il est aussi intéressant d’apprendre que les aspects environnementaux ne sont PAS ENCORE évoqués dans la formation des pilotes. “C’est pour cela que l’ADDAC souhaite mettre en place des modules qui pourraient être intégrés à la formation des pilotes mais aussi des contrôleurs aériens qui ont un grand rôle à jouer”. L’association pourra donc sensibiliser un peu les jeunes pilotes ou personnel de bord en formation à ce sujet.

Autre projet de taille d’ailleurs, après l’évolution des mentalités, le passage à l’acte: “un partenariat avec la société WheelTug qui conçoit le système qui permettra de rouler réacteurs éteints, des projets avec l’Aéroport de Lyon Saint-Exupéry.”

Dans le futur, Loïc nous confie qu’il n’envisage peut être pas de faire ce métier toute sa vie….

“Si nous avons, comme certains scientifiques le pensent, atteint le pic de pétrole, il faudra envisager sérieusement une reconversion. A moins que d’autres énergies soient développées pour propulser les avions, ce qui est non seulement souhaitable mais aussi fort probable”!

“Je dois aussi avouer qu’après avoir consacré un certain nombre d’années ma première passion, il est fort probable que je consacre la suite à ma seconde passion à savoir le Développement Durable.”

Histoire de compenser encore plus peut être!;-)

Lorsqu’on lui demande si une taxe sur le kérozène, à l’heure où 80000 vols ont lieu par jour, pourrait être une solution, il estime que cela ne changerait pas vraiment la donne…

“Ces dernières années, les compagnies aériennes ont du à plusieurs reprises augmenter le prix de leurs billets en raison la flambée des cours du pétrole. Mais cela n’a pas entamé ni la croissance ni les prévisions de croissance du transport aérien”.

Peut être faudrait-il réfléchir néanmoins sur cet aspect, notamment face à la croissance des vols à bas coûts (low costs)… Il faudrait aussi et surtout réfléchir, pour Loïc, sur l’équilibrage entre usage du train à grande vitesse pour les déplacements courts, et usage de l’avion pour les trajets beaucoup plus longs.

Enfin, question compensation… Cette idée qui marche bien pour rassurer certains clients qui ne peuvent faire autrement, notamment dans un cadre professionnel… Le site de l’ADDAC met en avant une proposition allant dans le sens de la reforestation… En étant un peu fou, mais pas si utopistes que cela tant il sera difficile dans un siècle de prendre l’avion, de toute manière, je suggère à Loïc que nous pourrions imaginer une reconversion des boîtes aériennes dans le business de matériel de vidéo-conférences ou quelque chose du genre… Une idée que Loïc trouve “rigolote”…

Le billet d’avion est suffisamment cher pour que les compagnies utilisent le téléphone ou la vidéo-conférence au lieu de l’avion quand c’est possible. Mais le contact humain reste parfois indispensable… et heureusement !”

Certes… Difficile question…

Tout comme lorsque l’on parle écologie politique et Grenelle… Loïc estime qu’il n’y a plus de temps à perdre. Il attend les actes, après les discours séduisants… “L’écologie française est en train de se décomplexer et de se structurer (…) Elle est passée en quelques années du statut d’idéologie souvent ridiculisée à celui de réalité collective. Les solutions sont là, nombre d’entre nous sont prêts à les appliquer, encore une fois il ne manque plus qu’une solide volonté politique…”

Vous l’aurez compris donc… Loïc Chappoz et son équipe de l’ADDAC ont bel et bien les pieds sur terre!

Avion Passage Alpes

Notes:

*Il y a un mois, le 28 janvier dernier, Jean-Louis Borloo et différents acteurs du secteur aérien (Air France-KLM, le groupement des Industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), l’Union des aéroports français ou encore le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara)) signaient ensemble une convention d’engagement à maîtriser l’impact du secteur aérien sur le réchauffement climatique et plus largement sur l’environnement. Au menu des engagements : la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la limitation des nuisances sonores.

Les avions conçus dans l’avenir devront être plus propres, et l’on mise beaucoup sur l’amélioration des techniques de navigation et le renouvellement de la flotte.

Loïc, en quelques bouquins?
Graines de possibles, de Pierre Rabhi et Nicolas Hulot.

Pour toi, Ecolo-Info, c’est…?
“Une excellente idée qui permet de simplifier l’écologie au quotidien : une multitude d’infos jusqu’ici dispersées sur le net y sont regroupées. La rubrique Consom’action permet de gagner un temps fou lorsqu’on veut acheter la version écologique d’un produit de la vie courante !”

++ Pour aller plus loin ++

  • Le Monde, 28 janvier 2008, Le secteur aérien français s’engage à maîtriser son impact sur l’environnement
  • Métro, 29 janvier 2008, CO2, le secteur aérien s’engage
  • Sur le projet Clean Sky, Développement Durable Le Journal, 6 février 2008
  • Le récent vol de Branson (Virgin) en usant d’agro-carburants… Ainsi que celui d’Airbus.

Crédits Photos:

  • Grand Format, de Bob Lescaux, page d’accueil du site de l’ADDAC
  • Couverture de la revue “Pilote de Ligne” de décembre 2007
  • Photo trouvée chez Bien et Bio, article de Geoffroy Barre

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