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L'historien, le politicien, le citoyen... et le génocide arménien

Publié le 03 janvier 2012 par Lgdeluz

Premier billet invité de l'année, par Jérôme Lurie, dans la rubrique Tribune Libre.

Pierre VIDAL-NAQUET grande figure de la lutte contre le négationnisme, affirmait encore jusqu'à sa mort en 2006 « qu'il est évident que dans le cas du massacre des Arméniens, l’État turc est négationniste » dénonçant dans le même temps, avec d'autres historiens de renom, « les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens [...] », rappelant que « dans un État libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique ».

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Le 22 décembre2011, l'Assemblée nationale française adopte le projet de loi sur la « Répression de la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi ». Bien que portant sur tous les génocides, les débats des députés ont surtout concerné le génocide arménien. On peut ainsi parler d'une symétrie d'attitude dans l'opposition entre la Turquie et la France. Il y a dans les deux cas un dépassement des prérogatives de l'appareil exécutif.

Les citoyens blogueurs dont certains que je connais bien, se sont offusqués de l'attitude gouvernementale française voyant encore ici une loi liberticide, un engrenage pouvant aboutir à contrôler ce qui peut être pensé. Étant moi-même fervent lecteur de ORWELL, j'y ai été également fort tenté.

Puis, j'ai découvert les discours de Jean JAURES devant la chambre de députés le 3 novembre 1896 et le 15 mars 1897 sur les premiers massacres d'Arméniens..., j'ai lu l'expression de sa honte de la complaisance des états européens envers le « grand saigneur », le sultan rouge Abdülhamid II.

Savoir d'où l'on vient, permet de comprendre où on va. Si la démocratie allemande s'est relevé aussi brillamment des cendres du nazisme, elle le doit essentiellement à son travail de mémoire. Les lois mémorielles existent aussi outre-Rhin, il est par exemple interdit de proposer Mein Kampf à la vente ou de commercialiser des objets nazis.

Pourquoi la France s'intéresse-t-elle alors à un génocide qui n'intéresse qu'une communauté minoritaire mais influente au sein de la République ?

Beaucoup de choses m'attriste ici : qu'une communauté puisse avoir voix au chapitre plus facilement qu'une autre. Ensuite, je me dis que l'humanité vit des instant bien sombres pour que des bourreaux avérés, morts depuis un siècle, puissent par la bouche de leurs petits-enfants continuer à cracher sur les tombes de leurs victimes.

Même si ils sont minoritaires en leur pays, des turcs essayent d'éveiller les consciences. Taner Akçam ou Fethiye Cetin sont des figures de proue qui invitent au devoir de mémoire, cette élite intellectuelle a besoin plus que jamais du soutien des vielles démocraties, ces gens-là sont menacés.

Est-ce la bonne forme de soutien ? Je ne sais pas. Mais quand un blogueur dominant la blogosphère s'offusquant de cette loi, me dit de la même humeur que si un historien avance des propos négationnistes, il suffit de le virer, je voudrais juste lui demander sur quelle loi dois-je m'appuyer ?

Je ne sais pas si Jean JAURES aurait approuvé cette loi, mais je suis certains qu'il aurait été ulcéré de l'attitude du Président ERDOGAN envers la France.

J. LURIE


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