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Les réactionnaires, c’est du Ramones (ou l’éloge du bobo)

Publié le 03 janvier 2012 par Vogelsong @Vogelsong

“One, two, three, four” Ramones

La subversion prend d’heureux détours. J. Ramones déclarait lors d’une remise de récompense “dieu bénisse G. Bush, dieu bénisse les USA”. Les Ramones, c’est la ligne nihiliste rock, précurseur du mouvement punk, légataires de ce que la musique de la fin du XXe siècle a fait de plus abrasif, de plus véloce, de plus direct. Ils incarnent l’attitude ravageuse, si tant est que la musique ait pu l’être.

Les réactionnaires, c’est du Ramones (ou l’éloge du bobo)

Christoper Dombres

Le hype dorénavant se niche dans la roideur. Après l’“anar” de droite blasé, place aux réactionnaires “joli teint” dont le phrasé rugueux tient lieu d’authentique pensée révolutionnaire. Aux USA, on voue une haine sans borne aux “latte”*, les bobos version US. Individu honni, être conformiste qui ventile des idées vaporeuses sur le monde “oui-oui”. Les nouveaux réactionnaires, ici et là-bas, sont les nouveaux révolutionnaires au sens primaire du terme, celui du retour aux sources.

Croire penser, ce n’est pas penser. Pérorer, jacasser avec rigidité n’est pas changer la société. L’obscène par ces temps ne s’incarne plus dans le raciste, le corrompu, le conservateur, mais dans le bobo, le bienpensant et mollasse. Dont la vacuité intellectuelle n’a d’égal que son ralliement au modèle dominant. En somme le libéralisme économique dont il a épousé tous les vices. Et dont il se permet d’en critiquer les finalités. Le traitre !

Il faut clore le débat. Le bobo n’existe pas. N’a jamais existé et n’existera jamais. Il sert seulement de projection fantasmatique à la conception étriquée de l’univers pour une sarabande de penseurs omniprésents. De Marianne à Atlantico, du Figaro au Spectacle télévisuel faisant tourner en fractales le nuancier des opinions dites “à rebrousse-poil”.

Car on commet une erreur majeure en opposant ce mouvement de réaction au paradigme libéral. On s’enfonce inexorablement dans le marigot nauséeux de l’assimilation, du parallèle, de la valorisation des hommes et de celle des objets. Que l’on traite d’égale façon. Tout d’abord le libéralisme (économique s’entend) s’accommode parfaitement de la politique des valeurs et de la rectitude imposée par ces réactionnaires. On peut même discerner une tendance à l’épanouissement des classes dominantes en milieu hautement policé. Comme si, sous l’œil des caméras de surveillance et de la “police” privée, les affaires prenaient des allures plus ouatées.

Ensuite, comme dans tout système bien rodé il faut des idiots utiles. En ce sens, les réactionnaires du Spectacle qui vomissent la mondialisation n’ont jamais fait avancer d’un iota les combats contre le libre-échange. Par contre, ils sont largement paraphrasés par les dirigeants au pouvoir dans leurs diatribes anti immigration (du sud), du retour des valeurs (travail, nation). On assiste à une entreprise de dépoussiérage qui pourvoit un argumentaire facile à un gouvernement en manque d’idées et d’initiatives. En somme de la sous-traitance de la pensée de marché.

Un lexique racialiste, un retour fondamental sur l’éducation, et surtout un cynisme envers ce qu’ils appellent “les bons”. Car eux sont les mauvais lucides, les empêcheurs de penser en rond, qui remettent les pendules à l’heure du monde réel. Qui tirent brutalement les « intellos de gauche» du rêve éveillé des utopies.

Alors, la mode est au dandysme nouvelle formule du vachard. Subversif, proche du peuple, car il le comprend, le connait. Il est l’âme du pays. Il tient d’un échange avec une boulangère ou un vendeur de légumes la quintessence de l’esprit gaulois. Bien loin du bouffeur de bio, ou autre adepte de la macrobiotique.

Les nouveaux punks sont dorénavant structurés. Ils récurent les tympans de leurs stridences haineuses. Et comme les (anciens) punks, ils sont recyclés au mieux par la machine à Spectacle. Qui s’entiche de ces défricheurs, hors normes, visionnaires. Des «empêcheurs de penser en rond», ainsi était qualifié joyeusement le contributeur réactionnaire de Rue 89 par son fondateur P. Haski. Ou bien, penseurs à rebrousse-poil qu’on décore de colifichets officiels. Tel E. Brunet, pourfendeur de tabous qui écrit “Être de droite un tabou français”, épinglé pour son oeuvre.

Les Ramones, fabuleux, ne comprenaient en leur sein qu’un seul membre reaganien et antisémite. Unique trublion, fasciné par la violence qui fit fantasmer et défraya la chronique. Un parfait idiot en somme.

*par opposition aux “coffees”, vrais américains buveurs de jus de chaussette. – Cf. Thomas Frank “What’s the Matter With Kansas? How Conservatives Won the Heart of America” 2004

Vogelsong – 3 janvier 2012 – Paris


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