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Le Bourdon

Publié le 19 février 2008 par Victorclaass
Enfants liés par la main, se regroupant contre une horreur qu'ils ne comprennent même pas, mais qu'ils sentent intimement. Ils grelottent, se regardent l'air hagard. Leurs yeux brillent d'une curiosité qui ne veut pas vraiment être satisfaite. Les plus grands - qui en savent peut-être un peu plus, qui comprennent davantage - tentent de les rassurer, sans vouloir les renseigner.

On tend l'oreille, et l'on perçoit quelques sonorités mélodieuses et rythmées, pleines de gaieté au milieu des aboiements de gardes rendu fou de rage par leur peur et leur honte. Un chant s'échappe comme par lui même d'un de ces corps frêles. Les autres rejoignent ce chant qu'ils connaissent tous. La plupart d'entre eux ne connaîtront plus de la vie que cette expérience de fraternité un peu solenelle, provoquée par la haine qui les entoure. La peur du garde serait-elle aussi grande que celle du prisonnier? Les a-t-il cru, toutes ces choses qu'on lui a dites sur ces enfants qui lui semblent pourtant si innocents et terrifiés?

Ils racontent une histoire, ces enfants qui chantent, celle de Brundibar, qui leur a été apportée par Hans Krasa. Brundibar, c'est l'histoire de deux enfants qui veulent porter du lait à leur mère souffrante. Un méchant joueur d'accordéon ambulant - Brundibar - tente de les empêcher de chanter des chansons dans la rue pour gagner quelques sous afin d'acheter du lait. Par jalousie, par logique de marché.

Si Brundibar porte un symbole, il est celui des contes éternels qui ne parlent jamais que par énigme, pas par message. Bien que l'on se soit engouffré par la suite dans ce réflexe commun, il ne faut surtout pas y chercher de message. Ce serait trop simple, trop logique, trop historique. L'histoire ne se peut pas construire aussi hâtivement. L'on peut invoquer ce qu'on veut à postériori, il n'est pas d'analyse trop facile à faire de Brunidbar, pas de graine dissidente évidente.

Hans Krasa a écrit l'orchestration de son opéra pour piano seul, jetant toutes ses forces dans un nouveau projet, un qui le maintienne en vie, lui transmette un souffle vital. Il n'est pas un enfant, lui, il comprend. Il sait que l'on n'entre dans un tel endroit qu'avec un numéro et l'on n'en ressort que pour rejoindre d'autre endroits plus sombres. Pas de corps à pleurer pour des familles qui de toute façon n'existent plus. Pas de mémoire, non plus. Plus d'histoire.

Après qu'on ait autorisé les représentations de Brundibar, les enfants, libérés d'une certaine façon, ont pu se lancer dans la fabrication des costumes, de décors sommaires, apprendre les chansons. N'ont-ils pas d'âme ces enfants qui donnent vie à l'art alors même qu'on leur prend la leur?

Et l'on chante, dans ce qui fut avant une ville normale. Quand les enfant jouent Brundibar à Tereziensdtadt, ils ont l'autorisation d'enlever leur étoile jaune. Qu'est-ce qui agite leur conscience, à ceux qui sont censés ne pas comprendre ce qui les attend, mais qui comprennent la portée d'une telle chose?

Une nouvelle fois, pas de symbole dans l'œuvre, ils sont trop volatils. Le symbole, ce sont ces enfants qui chantent dans ce couloir froid qui mènera beaucoup d'entre eux vers leur fin.


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