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C’est la faute à Maggie !

Publié le 19 janvier 2012 par Copeau @Contrepoints

Il semble difficile, voire impossible, de voir l’épisode Thatcher tel qu’il fut, c’est-à-dire un succès salutaire pour le Royaume-Uni.

Par Anton Wagner

« Naturellement, la Dame de fer ne dévia pas du chemin qu’elle s’était tracé. »

Jacques Leruez

C’est la faute à Maggie !
Au Royaume-Uni, vient de sortir dans les salles le film retraçant la vie de Margareth Thatcher. L’occasion de revenir sur cette personnalité politique hors norme, comme le fait Jacques Leruez dans un entretien pour Atlantico.

Jacques Leruez est présenté comme un spécialiste de la vie politique britannique et auteur de Thatcher, la Dame de fer, à paraître. On peut donc s’attendre à ce qu’il maîtrise son sujet. Évidemment, je ne lui retirerai pas ce crédit, mais une petite chose m’étonne.

Il semble difficile, voire impossible, de voir l’épisode Thatcher tel qu’il fut, c’est-à-dire un succès salutaire pour le Royaume-Uni, sans immédiatement chercher à en assombrir le tableau. Fût-ce de manière invraisemblable – je dirais même : surtout de la manière la plus invraisemblable possible. C’est ainsi que pour Jacques Leruez, Thactcher est responsable de la crise actuelle. Bien sûr, elle n’est pas seule : elle en partage la triste paternité avec, on s’en serait douté, Ronald Reagan… Rocard aurait pu signer l’article !

Alors on se frotte les yeux et puis l’on réfléchit. La crise est née, aux  États-Unis, en 2007, dans le secteur immobilier : en quoi ce que Thatcher a pu faire au Royaume-Uni vingt ans auparavant peut y être pour quelque chose ? Leruez ne donne aucune explication claire, ne détaille aucun mécanisme précis, ne fournit aucun exemple concret. En lieu et place, il invoque des généralités (comme la financiarisation et la globalisation) et prétend que les privatisations de Thatcher affaiblirent l’État britannique face aux spéculateurs et aux multinationales (qu’est-ce qu’elles viennent faire là, celles-là ?). « Son slogan de « moins de gouvernement » a été dévastateur », écrit-il. J’ai peine à voir un lien avec la crise des subprimes.

C’est encore plus affligent à la fin de l’entrevue, lorsque la City, accusée d’être un paradis fiscal, est comparée à un État dans l’État. Il est étrange et peu convainquant qu’à l’appui d’assertions aussi graves, l’auteur ne fournisse aucune donnée précise et se contente de rester dans le vague. La suggestion rhétorique est évidente : il faut faire peur et indigner.

L’article d’Atlantico n’est, finalement, qu’une nouvelle occasion de mettre en accusation le libéralisme et ses acolytes mondialisation, concurrence et finance, le tout dans un bel amalgame enfumé, rien de bien neuf. Même lorsque l’on fait mine de concéder quelques succès au libéralisme, on s’empresse de suggérer qu’ils n’étaient finalement qu’illusion.

Cependant, il faut être bien conscient que l’objectif n’est pas d’éclairer un moment passé. Il ne s’agit pas d’histoire. L’objectif est de donner des leçons pour les temps présents. Car, la politique à suivre aujourd’hui n’est pas si éloignée de celle de Thatcher (baisse des dépenses publiques et des impôts en particulier). Vous comprenez alors ce qu’il faut en penser : c’est une méthode dangereuse.


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