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Sarkozy: le sommet "sans précédent" qui fait pschitt !

Publié le 19 janvier 2012 par Letombe
Sarkozy: sommet

Il paraît qu'il est tendu, qu'on paniquerait presque à l'Elysée. La dégradation de la note de la France par l'agence Standard and Poors n'a pas été digérée. On l'a bien constaté, en public, lundi dernier.
Mercredi, le fameux sommet pour l'emploi, rebaptisé sommet pour la crise, s'est donc tenu à l'Elysée. Le Monarque l'avait annoncé, en grandes pompes, le 1er décembre dernier à Toulon. On allait voir ce qu'on allait voir. Il nous avait promis des mesures « fortes et rapides », expliqué que l'inaction n'était pas une option en cette période de crise et d'urgence. Il avait même menacé: que chacun prenne ses responsabilités !
Au lieu d'un sommet, nous eûmes une mascarade, un show médiatique plutôt raté car sans surprises ni annonces.
Micro-sommet pour mini-président
Dès le sommet terminé, Nicolas Sarkozy est allé s'exprimer, dans la grande salle du Palais. Sa courte intervention avait visiblement été préparée à l'avance. En 8 minutes, il résuma ses mesures et son autosatisfaction. Sur la forme, ce sommet ne fut pas l'occasion d'une négociation, malgré un bref échange d'arguments réciproques. Tous les participants syndicaux et patronaux l'ont reconnu. Ils n'étaient là que pour écouter, vaguement répliquer, puis reparti et attendre les grandes décisions.
Le chômage continuait pourtant de progresser. Et Nicolas Sarkozy tentait d'avoir de nouvelles idées. En vain. 
Ces derniers jours, quand on évoquait le spectre d'une augmentation de la TVA, François Baroin et d'autres réclamaient pourtant de la patience: il fallait attendre le sommet, qui donc devait être conclusif. Ce ne fut pas le cas. Le dossier de presse, le relevé de conclusions et le discours avaient été préparé à l'avance, et postés très rapidement sur le site Elysee.fr. Quelle mascarade !
Sur le fonds, il n'y avait pas grand chose non plus. Même les syndicats s'attendaient à mieux. Les deux mesures phares que le Monarque et ses ténors testent et ressassent dans l'opinion, sur toutes les ondes et dans tous les tons, à savoir l'augmentation de la TVA pour alléger les cotisations patronales et l'assouplissement des durées de travail en entreprise, n'y figuraient pas. Jean-François Chérèque (CFDT) dénonça le « flou total » des propositions présidentielles. Bernard Thibault (CGT) déclara que les mesures annoncées n'aurait « d'impact véritable sur l'emploi ». Et Jean-Claude Mailly (Force Ouvrière) a regretté l'absence de propositions « claires ». Devant les syndicats, Sarkozy s'était donc couché ou caché. Il est resté flou.
Pendant que les responsables syndicaux de tous bords exprimaient un à un leur déception sur le perron de l'Elysée, Nicolas Sarkozy parla à quelques journalistes accrédités à l'intérieur.

« Mesdames et messieurs, ... Vient de se conclure un sommet sur la crise ... (...) Nous avons eu plus de quatre heures de discussions dans un climat apaisé, avec un souci réciproque d'écoute, face à une situation économique qui est grave et une situation sur le front de l'emploi qui est extrêmement préoccupante et qui impose la prise de décisions fortes et rapides. »

Sarkozy nous faisait saliver, sous le crépitement des flashes, le silence d'une assistance attentive. « Nous avons décidé une série de mesures d'urgence, décidées lors de ce sommet ». Combien de fois allait-il prononcer le mot « décision » ? Première mesure « tout faire pour favoriser l'activité partielle » plutôt que le licenciement. Le Monarque n'osa chiffrer publiquement l'effort ainsi « incroyable » décidé pour soutenir le chômage partiel. Il fallait lire le communiqué de presse distribué plus tard: 100 millions d'euros de plus.
« Nous avons aussi décidé un plan sans précédent pour former les chômeurs très éloignés de l'emploi, c'est-à-dire qui ne connaissent plus d'activité professionnelle depuis au moins 2 ans ». Combien la Sarkofrance a-t-elle compté de « plans sans précédent » depuis mai 2007 ? « Tous sans exception se verront proposer soit une formation, soit un emploi, soit un processus de re-socialisation pour ceux qui sont éloignés de l'emploi depuis tant de temps (...), soit un contrat aidé marchant ou non marchant.» Combien sont-ils ? La DARES ne fournit pas d'indication précise dans ses bulletins mensuels. Sarkozy avait promis exactement la même chose usant de quasi-exactement les mêmes termes en février 2009 puis en février 2010. On se souvient qu'en 2007, pendant la campagne, il promettait beaucoup: « Je veux m'engager par exemple sur le plein emploi : 5% de chômeurs à la fin de mon quinquennat. [...] On nous demande une obligation de résultats. [...] Si on s'engage sur 5% de chômeurs et qu'à l'arrivée il y en a 10%, c'est qu'il y a un problème ! »
Il n'annonça que deux autres mesures, la prolongation de l'exonération de charges sociales pour l'embauche de jeunes dans les TPE et l'embauche de 1.000 salariés supplémentaires chez Pôle Emploi. Rappelons que Nicolas Sarkozy, en trois ans de Grande Crise, n'avait renforcé Pôle Emploi que de 1.850 CDD fin 2009, qui ont expiré l'an dernier.
« Cela représente un effort d'un demi-milliard d'euros pour l'Etat, qui sera financé par redéploiement pour ne pas accroître d'un centime le déficit de notre pays ».  Dans le détail, le court dossier concocté par les communicants de l'Elysée nous donnait quelques chiffres de ces « mesures fortes et rapides »: 39 millions d'euros pour les 1.000 salariés de pôle emploi, 100 millions pour « faciliter » le chômage partiel, 100 millions pour le dispositif zéro charge pour l'embauche des jeunes, 150 millions pour la formation des chômeurs de très longue durée...
Total, 430 millions d'euros, un peu rapidement arrondi au « demi-milliard » d'euros supérieur...
Sarkozy se réveille sur l'emploi
Après ces « mesures d'urgence qui ont fait l'objet d'un accord général » (sic!), Nicolas Sarkozy avait autre chose à annoncer. En fait, il s'agissait déjà de Son programme pour l'emploi pour le second mandat présidentiel qu'il convoite. « S'ajoutent les grands chantiers à venir qui comporteront une réforme radicale - j'emploie le mot à dessein - de la formation professionnelle »... Et le voici qui regrette que « seuls 10% des chômeurs puissent être pris en formation. » Mais que font Xavier Bertrand, ministre du Travail, et sa collègue Nadine Morano, en charge de la formation professionnelle ?
Mais qui est président depuis 5 ans ? Il annonça que Gérard Larcher, l'ancien président du Sénat, était missionné pour proposer « sous deux mois » les bases d'une réforme évidemment « radicale » de la formation professionnelle.
« Deuxième chantier important, la nécessité absolue de faire entrer les jeunes en entreprise par le biais de l'apprentissage. Les chiffres ne sont pas bons. » Et bim ! En une formule, voici le bilan de sa ministre de l'apprentissage Nadine Morano qui est fustigé en public par le Monarque lui-même ! « Une entreprise sur deux de moins de 250 salariés a moins de 1% de jeunes en apprentissage » a-t-il complété. C'est vrai que c'est mauvais !
« Troisième chantier, celui du financement de la protection sociale ». Nous avons entendu les remarques des organisations. Sarkozy a promis d'annoncer ses décisions « à la fin de ce mois », tout en précisant que « le premier ministre et le gouvernement poursuivront leurs contacts dans les 10 jours qui viennent avec les parlementaires ».
«Cinquième chantier d'avenir qui fera l'objet d'annonces à la fin de ce mois, le financement de l'industrie, avec la possibilité de créer un établissement dédié au financement de l'industrie ». Au passage, le candidat Sarkozy avait zappé le quatrième chantier. Cette annonce traîne dans les cartons de l'UMP depuis l'été dernier, quand quelques conseillers l'ont emprunté au programme du Parti Socialiste.
« Sixième élément, le lien entre le logement et l'emploi. D'ici à la fin de ce mois, nous prendrons des mesures extrêmement puissantes pour doper l'offre de logements de notre pays, qui permettra de surcroît de soutenir puissamment la croissance. » Voici un candidat, à 90 jours et quelques de son scrutin qui annonce l'ébauche d'un programme sur l'emploi, après 5 ans d'inaction.
Nicolas Sarkozy ne voulait pas en rester là. Il fallait qu'il ajoute à la liste, histoire de montrer qu'il avait plein d'idées. Il sentait bien que son sommet allait décevoir. Il était encore secoué par des tics, les paupières qui se ferment, l'épaule droite qui se dresse.

« Et enfin, avec les ministres des finances et du budget, nous préciserons les contours de notre projet de taxe sur les transactions financières qui fera l'objet d'une proposition précise, qui aura vocation bien sûr à s'appliquer à l'ensemble de la zone euro. Mais la France est décidée à montrer l'exemple.»

Enfin ?
Mercredi soir, Nicolas Sarkozy avait donc livré sa petite avalanche de nouvelles promesses, toutes floues mais chacune « décisives » ou « puissantes ». Il faudra sans doute attendre son livre, promis pour début mars, pour connaître enfin son programme.
« J'ai choisi de dire la vérité, telle qu'elle m'apparait » avait-il expliqué la veille lors de ses voeux à la France rurale.
Vraiment ?

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