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"Si l’on veut être aimé dans le futur, il faut couper.”

Publié le 24 janvier 2012 par Bernard Girard
Le Monde attribue cette phrase à Nicolas Sarkozy évoquant sa carrière après une défaite aux prochaines présidentielles. Défaite qui le mettrait dans la même situation que Valery Giscard d'Estaing, à ceci près qu'il semble vouloir s'y préparer, qu'il aimerait, nous dit-on, gagner de l'argent. Mais pourra-t-il être aimé dans le futur? C'est une ambition que l'on comprend mais qu'il n'est pas si facile à accomplir. Mitterrand et Chirac ont réussi cela, chacun à leur manière, mais d'autres ont échoué. Qui aime Pompidou? ou Giscard d'Estaing, même si derrière le ridicule du vieux monsieur qui écrit des romans à l'eau de rose se dessine une réhabilitation d'un septennat qui sut aérer une France que le gaullisme et le pompidolisme avaient tellement enfermée dans la naphtaline.
Le personnage pourra émouvoir et peut-être susciter quelque sympathie chez ceux qui se souviendront de son dynamisme, de ses échecs amoureux, de sa capacité à entraîner ses pairs dans des aventures militaires, mais que restera-t-il de son bilan? La dégradation de la France s'est sous son quinquennat accélérée, en partie de son fait, en partie par la faute de la crise, beaucoup parce qu'il a agi à contre-temps, n'ayant pas anticipé une catastrophe qu'il était peut-être difficile de prévoir. Beaucoup aussi parce que, à l'inverse de De Gaulle ou Mitterrand, il ne s'est pas placé dans la longue durée. Où sont ses grands travaux, ses réalisations qui laisseront sa marque? A quel musée, à quelle bibliothèque pourra-t-on donner son nom? Que resterait-il dans nos mémoires de Pompidou, le mal aimé, s'il n'avait imposé Beaubourg? Laquelle de ses réformes résistera à l'usure du temps? Celle sur les retraites devra être renégociée, celle sur l'Université n'a pas, c'est le moins qu'on puisse dire, encore porté beaucoup de fruits, pour le reste, on peine à voir…
Il est vrai qu'il n'est pas battu et qu'une improbable victoire arrachée de main de maître pourrait lui valoir d'entrer dans le dictionnaire des grands artistes de la politique, mais qu'en ferait-il?  dans quel état laisserait-il la France après cinq nouvelles années, si elles sont aussi chaotiques que les cinq dernières?
Cette question de l'après se pose d'ailleurs pour de nombreux politiques qui quittent la scène jeunes après avoir occupé les plus hautes fonctions. Elle se pose également pour DSK. Que faire? La tournée des conférences grassement rémunérées comme Clinton et Blair? C'est rémunérateur mais probablement un peu désespérant.
Il est un modèle que tous ces politiques devraient méditer, et peut-être suivre, celui de Schumpeter qui après avoir été ministre des finances a écrit les livres que l'on sait. S'il en a le goût, Nicolas Sarkozy pourrait, une fois passées l'amertume et la déception des premiers mois, amorcer une réflexion sur le pouvoir, son exercice, la personnalité du leader. Son expérience difficile, paradoxale lui donneraient certainement matière à nous enrichir. Mais il est, encore une fois, bien loin d'être battu.

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