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Keynes le déglobalisateur

Publié le 24 janvier 2012 par Edgar @edgarpoe

Il se peut qu'un calcul financier montre que j'aurais avantage à investir mon épargne dans un coin quelconque du monde habité offrant la plus grande efficacité marginale du capital ou le taux d'intérêt le plus élevé. Mais l'expérience prouve de plus en plus que la distance entre la propriété et la gestion introduit un poison dans les rapports humains, et que celui-ci, à long terme, risque de provoquer ou provoquera à coup sûr des tensions et des inimitiés qui réduiront à néant le calcul financier.

Je sympathise, par conséquent, avec ceux qui souhaiteraient réduire au minimum l'interdépendance entre les nations, plutôt qu'avec ceux qui souhaiteraient la porter à son maximum.

Les idées, la connaissance, l'art, l'hospitalité, les voyages : ce sont là des choses qui, par nature, doivent être internationales. Mais produisons les marchandises chez nous chaque fois que c'est raisonnablement et pratiquement possible ; et surtout, faisons en sorte que la finance soit en priorité nationale. [...] pour ces bonnes raisons, je suis enclin à croire [...qu'un] degré plus élevé d'autosuffisance nationale et un isolement économique entre les pays plus grand qu'en 1914 pourront servir la cause de la paix, plutôt que l'inverse.

J. M. Keynes. L'autosuffisance nationale, juillet 1933.

in La pauvreté dans l'abondance, recueil de textes.

Passage extraordinairement riche de Keynes. Il condamne d'un coup la financiarisation des rapports économiques ("la distance entre la propriété et la gestion introduit un poison dans les rapports humains"). Il ajoute à cela la condamnation de la trop grande dépendance financière entre nations. Dans une vision extrêmement morale de l'économie, il place les arts et lettres au delà de tout. Le commerce de biens matériels étant subalterne, il peut être limité et encadré sans dommage.

Pensée humaniste et réalisme économique sont ici profondément imbriqués. Le lecteur de 2011 pourra penser que lorsque Dani Rodrik rejette l'excès de gouvernance mondiale, il ne fait que poursuivre directement ces réflexions.

Le lecteur de 2011 pourra aussi penser que l'harmonisation forcenée menée dans le cadre des politiques européennes prépare sinon les prochaines guerres, du moins des troubles sociaux gravissimes. Laissons les pays respirer, vivre leurs expériences économiques en évitant de prêter trop de poids à des politiques d'uniformisation économique (et politique) qui n'ont aucun intérêt ; sinon de contraindre la totalité des états membres à adopter des politiques inadaptées.


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