Lutte des classes 2.0

Publié le 10 février 2012 par Copeau @Contrepoints

La lutte des classes 2.0 n’est rien qu’une nouvelle offensive de communication sur la même ligne directrice: désigner un traître qui doit être livré à la vindicte publique. Ce traître, c’est l’indépendant et le patron de PME. Le monde évolue. Pas les syndicats.

Par Fred Wauters depuis la Belgique.

La semaine dernière, une chronique publiée sur ce petit coin de toile faisait grand bruit et incitait la CSC à promettre la modification d’une page web controversée sur les indépendants. La page est aujourd’hui modifiée. Mais rien n’a changé…

Entendons-nous bien, quand je dis “rien n’a changé”, je ne parle pas de la correction par la CSC des erreurs factuelles publiées sur son site. Mais tout ce qui n’est pas erreur factuelle est resté tel quel sur la page incriminée. La CSC ignore donc superbement tous les arguments avancés dans ma précédente critique. Voilà une bien curieuse manière de répondre aux réactions suscitées par sa prose haineuse.

Seul ajout, un petit morceau de propagande publié en fin de site :

Ça ne veut pas dire que les indépendants et les dirigeants de PME ne sont pas touchés par les mesures d’assainissement. Tout comme les salariés, ils sont aussi confrontés, par exemple, à l’augmentation de la fiscalité sur les voitures de société et à la diminution ou la suppression de certaines réductions fiscales.  Le vrai problème réside dans la part d’efforts qui leur est demandée par rapport à ce qui est exigé d’autres groupes (cf. les autres profils), y compris à l’intérieur du groupe des indépendants  :

- le petit indépendant qui cotise proportionnellement beaucoup plus pour son statut social que l’indépendant plus fortuné (qui profite du plafonnement des cotisations);

La logique de la CSC: diviser pour régner. Puisque les indépendants se rebiffent, séparons-les entre “gentils” et “méchants”. Les gentils, ce sont ceux qui paient beaucoup. Les méchants, ce sont ceux qui paient moins. Mais en fait, les gentils ne sont pas si gentils que ça, car quand même, la liste de leurs turpitudes est longue. Et attention, la définition “CSC” de la turpitude est vaste. Pour s’en convaincre, il suffit de relire la prose de la CSC, et surtout de s’arrêter sur la suite de son petit codicille:

- le petit indépendant qui paie correctement des impôts élevés sur son revenu professionnel, par rapport aux chefs d’entreprise qui ont placé leurs avoirs dans une société et multiplient les astuces pour limiter au maximum les impôts qui leur restent à payer.

Voilà, le coupable est désigné : c’est le salaud d’indépendant qui a crée une société. Parce que forcément, la création d’une société ne peut correspondre, dans la vision étriquée de la CSC, qu’à une volonté délibérée de fraude fiscale.

Or, rien n’est plus faux. Les sociétés existent pour de multiples raisons, qui n’ont rien à voir avec la fiscalité. Entre autres :

1°) Elles offrent une structure juridique commune lorsque plusieurs personnes décident de mettre des moyens financiers, des compétences et du travail au service d’une nouvelle activité

2°) Lorsqu’elles sont dotées de la personnalité juridique, ce qui est le cas pour les S.A. et les S.P.R.L., les formes de société les plus répandues, elles offrent à l’entrepreneur une sécurité bienvenue. En effet :

la société, personne de droit à part entière, possède un patrimoine distinct de celui de l’entrepreneur. Celui-ci peut dès lors établir une séparation claire entre son patrimoine privé (ses économies, sa maison…) et celui de son entreprise. Cette séparation est essentielle pour lui éviter, par exemple, de voir les créanciers de son entreprise saisir ses biens privés.

La société, personne juridique indépendante, peut s’engager valablement vis-à-vis des tiers : ouvrir un compte en banque, effectuer des paiements, conclure un prêt, signer un contrat de travail, passer commande auprès d’un fournisseur. L’entrepreneur peut ainsi distinguer clairement les actes qui relèvent de son activité et ceux qui concernent sa vie privée.

Ces deux atouts pèsent lourd dans la balance : voilà pourquoi de nombreux indépendants, même petits, choisissent de créer une société pour exercer leur activité professionnelle. Or, la CSC les omet dans son argumentaire. Il ne peut y avoir que deux explications :

  • soit elle ne connaît vraiment rien au sujet, auquel cas elle ferait mieux de s’abstenir de toute critique, car critiquer sans connaître est, au mieux, stupide et au pire, méchant.
  • soit elle connaît le sujet et travestit délibérément la vérité.

Difficile, bien sûr, de connaître le fond de la pensée de la CSC sans débattre avec ses représentants. Or, ces derniers ont décliné trois appels à la discussion: un premier fait ici-même; un deuxième, initié par les journalistes de Bel-RTL, qui ont tenté vendredi de convier un représentant de la CSC à débattre avec moi; un troisième envoyé par e-mail à Marie-Hélène Ska, secrétaire nationale de la CSC, que j’ai eu l’occasion d’interviewer dans le cadre de mes activités de journaliste.

Cette absence totale de volonté de dialogue m’incite à conclure que la CSC travestit effectivement la vérité. L’objectif de cette organisation est clair : stigmatiser certaines catégories sociales, désignées comme boucs-émissaires. Les indépendants et dirigeants d’entreprise en font clairement partie, quel que soit le niveau de leurs revenus. La CSC applique sur son site internet une invention du philosophe et économiste Karl Marx : la lutte des classes. Remise au goût du jour et enrobée d’un petit vernis “nouvelle économie” du plus bel effet, certes. Mais identique à ce que pratiquait l’organisation à la fin du 19ème siècle : les  syndicats contre les associations de patrons. Car à chaque fois qu’elle s’adresse directement aux indépendants, la CSC n’a qu’un mot à la bouche : “vos représentants”.

La lutte des classes version 2.0 n’est donc rien d’autre qu’une nouvelle offensive de communication sur la même ligne directrice : désigner un traître, un coupable, qui doit être livré à la vindicte publique. Ce traître, c’est l’indépendant et le patron de PME. Le monde évolue. Pas les syndicats.


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