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débats à l'Assemblée nationale, 7 février 2012

Publié le 13 février 2012 par Nepigo
Extrait du compte rendu de la séance de l'Assemblée Nationale française du 7 février, et particulièrement la déclaration du député de Martinique Serge Letchimy attaquant les déclarations de Claude Guéant, ministre de l'intérieur français, lors d'une réunion quelques jours auparavant devant un syndicat étudiant soutenant son parti, l'UNI (la photo ci-dessous est tirée de l'album de la section vendéenne dudit syndicat).
 
débats à l'Assemblée nationale, 7 février 2012
Pour mémoire, les propos du ministre étaient les suivants (je n'ai pas trouvé de verbatim exact de la réunion, les citations les plus complètes étant fournies par le site Rue89):
« Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. »
[...]?
« Or il y a des comportements qui n'ont pas leur place dans notre pays, non pas parce qu'ils sont étrangers, mais parce que nous ne les jugeons pas pas conformes à notre vision du monde, à celle en particulier, de la dignité de la femme et de l'homme. [...] En tout état de cause nous devons défendre notre civilisation. »
On voit bien la grosse ficelle : des "comportements" sur le sol national deviennent des "civilisations", ce qui est une manière très claire de critiquer l'immigration et de faire du pied à l'électorat du Front National en période électorale. Le député Letchimy a répliqué en sortant l'artillerie lourde. Si lourde qu'à la suite de son intervention à l'Assemblée, le gouvernement a quitté l'hémicycle (une première depuis l'affaire Dreyfus d'après le Figaro), et des discussions sont en cours pour déterminer d'éventuelles sanctions contre le député. Une pétition initiée par l'écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau circule, nommant bien les enjeux : a-t-on encore le droit de dire, à l'assemblée nationale, à un ministre de l'intérieur en campagne électorale sur des terres d'extrême-droite, que défendre l'inégalité d'"avancement" des "civilisations" est un retour à la barbarie colonialiste et raciste? Décision demain.
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Propos de Claude Guéant

M. le président. La parole est à M. Serge Letchimy, pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.

M. Serge Letchimy. Monsieur le Premier ministre, nous savions que pour M. Guéant, la distance entre immigration et invasion est totalement inexistante (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), et qu’il peut savamment entretenir la confusion entre civilisation et régime politique.

M. Christian Jacob. Manipulateur !

M. Serge Letchimy. Ce n’est pas un dérapage, c’est une constante, parfaitement volontaire. En clair, c’est un état d’esprit et c’est presque une croisade.

Monsieur Guéant, vous déclarez du fond de votre abîme sans remords ni regrets que toutes les civilisations ne se valent pas. Que certaines seraient plus avancées, voire supérieures.

M. Jacques Kossowski. Il n’a jamais dit cela !

M. Serge Letchimy. Non, monsieur Guéant, ce n’est pas du bon sens, c’est simplement une injure qui est faite à l’homme. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP. – Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) C’est une négation de la richesse des aventures humaines. C’est un attentat contre le concert des peuples, des cultures et des civilisations.

Aucune civilisation ne détient l’apanage des ténèbres ou de l’auguste éclat. Aucun peuple n’a le monopole de la beauté, de la science, du progrès ou de l’intelligence. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

Montaigne disait : « Chaque homme porte la forme entière d’une humaine condition. » J’y souscris. Mais vous, monsieur Guéant, vous privilégiez l’ombre. Vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration (Très vives exclamations sur les bancs du groupe UMP), au bout du long chapelet esclavagiste et colonial. (« Voyou ! », « Honteux ! », « Scandale ! » sur les bancs du groupe UMP.)

Monsieur Guéant, le régime nazi (Exclamations prolongées sur les mêmes bancs), si soucieux de purification, était-ce une civilisation ? (Huées prolongées sur les bancs du groupe UMP.)

M. le président. Mes chers collègues, veuillez vous calmer !

M. Serge Letchimy. La barbarie de l’esclavage et de la colonisation, était-ce une mission civilisatrice ? Il existe, monsieur le Premier ministre, une France obscure qui cultive la nostalgie de cette époque. Que vous comptiez la récupérer, avec les thèmes du Front national, c’est un jeu dangereux et une démagogie inacceptable ! (Tumulte. – Les députés du groupe UMP se lèvent et invectivent l’orateur.)

M. le président. Mes chers collègues, calmez-vous ! Asseyez-vous ! Je vous en prie !

M. Serge Letchimy. Il existe une autre France, celle de Montaigne, de Condorcet, de Voltaire, de Césaire, et d’autres encore. (Le tumulte couvre progressivement les propos de l’orateur qui deviennent à peine audibles.) Une France qui nous invite à la reconnaissance de chaque homme dans son identité et dans sa dignité. (Huées prolongées sur les bancs du groupe UMP. – M. le Premier ministre et les membres du Gouvernement quittent l’hémicycle.)

M. le président. Merci, monsieur Letchimy ! (Les députés du groupe SRC et certains députés du groupe GDR se lèvent et applaudissent l’orateur. – Les députés du groupe UMP descendent de leurs travées en protestant.)

Mes chers collègues, je vous prie de vous calmer !

Monsieur le ministre des relations avec le Parlement, cette intervention appelle-t-elle une réponse du Gouvernement ?... (« Non ! » sur les bancs du groupe UMP.)

Mes chers collègues, je vous demande de vous calmer, faute de quoi je devrai interrompre la séance. (Le tumulte se poursuit.)

La séance des questions au Gouvernement est terminée.

Suspension et reprise de la séance

M. le président. La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à quinze heures quarante-cinq, est reprise à seize heures quinze.)

M. le président. La séance est reprise.

2

Rappels au règlement

M. le président. Mes chers collègues, je suis saisi de plusieurs demandes de rappels au règlement.

La parole est à M. Christian Jacob, pour le groupe de l’Union pour un mouvement populaire.

M. Christian Jacob. Monsieur le président, mon rappel au règlement se fonde sur l’article 58 de notre règlement.

Nous avons tout à l’heure entendu l’un de nos collègues interpeller le ministre de l’intérieur en ces termes : « Vous, Monsieur Guéant, vous privilégiez l’ombre, vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration ». (Murmures sur les bancs du groupe UMP.)

Monsieur le président, ces propos sont inacceptables dans notre hémicycle. Ils sont d’une gravité extrême. (Applaudissements sur les mêmes bancs.) Jamais de tels propos n’y avaient été tenus.

Par ailleurs, ce sont des propos prémédités. Ils ne sont pas dus à un coup de colère : ils figuraient dans un texte lu par un parlementaire expérimenté. On ne peut pas accepter de tels propos.

M. Camille de Rocca Serra. C’était prémédité !

M. Jean Auclair. Il n’y a que les socialistes pour faire cela !

M. Christian Jacob. Monsieur le président, je vous demande d’exiger de la part de ce parlementaire et de sa formation politique des excuses publiques immédiates ! (« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)

M. le président. La parole est à M. Jean-Marc Ayrault, pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.)

M. Jean-Marc Ayrault. Il est temps de ramener un peu de sérénité dans notre pays. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

Je ne sais pas si M. Jacob nous a parlé calmement, mais pour ma part, je le ferai.

Si nous n’assistions pas chaque semaine à des provocations réitérées du ministre de l’intérieur (Protestations sur les bancs du groupe UMP), nous n’aboutirions pas à une dégradation du climat que l’on ne peut que regretter.

M. Jean Auclair. Ce n’est pas ce que l’on vous demande ! Des excuses !

M. Jean-Marc Ayrault. On va souvent loin dans les commentaires, dans les amalgames, dans les mises en cause. M. Jacob a cité un extrait du texte de M. Letchimy, que j’ai sous les yeux. En aucun cas quiconque ici n’a été traité de nazi ou de concentrationnaire. Il faut lire entièrement le texte, et je l’ai, pour ma part, relu.

M. Jean Auclair. Vous l’aviez lu avant !

M. Jean-Marc Ayrault. Nous pouvons être d’accord ou non avec la forme, mais n’oublions pas l’extrême sensibilité de nombre de nos concitoyens.

Serge Letchimy,...

M. Philippe Cochet. Des excuses !

M. Jean-Marc Ayrault. ...qui est le successeur d’Aimé Césaire à la mairie de Fort-de-France, est aujourd’hui président de la région de Martinique. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.)

M. Philippe Meunier. Ça suffit !

M. le président. Je vous en prie, mes chers collègues.

M. Jean-Marc Ayrault. Il parle de ce qu’il sait et de ce qu’il ressent comme beaucoup de nos compatriotes qui en ont assez des provocations répétées qui opposent les Français. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.) Personne n’a oublié le discours de Grenoble.

Nous appartenons tous à la République Française, celle des valeurs de la Révolution et des Lumières, avec l’obligation pour les citoyens de respecter les droits et les devoirs.

Si, sans cesse, le ministre de l’intérieur comme les plus hautes autorités de l’État donnaient l’exemple et rappelaient que telle est la ligne de conduite de tous ceux qui dirigent et exercent des responsabilités, la politique et la République s’en porteraient mieux.

C’est là, je crois, l’essentiel, et c’est l’appel que je lance maintenant. (Huées sur les bancs du groupe UMP.)

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Brard, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

M. Jean-Pierre Brard. Il est temps de revenir au calme. Quand on est sûr de ses convictions et de ses valeurs, on n’a pas besoin d’avoir recours aux décibels excessifs.

M. Jean-Michel Fourgous. Cela vous va bien !

M. Yves Censi. C’est une véritable mutation de votre part !

M. Jean-Pierre Brard. Il faut être très attentif non seulement au texte, mais aussi au contexte.

Les dérives sont de plus en plus fréquentes. Cela a commencé, rappelez-vous, avec le discours de Dakar et « l’homme africain ». (Protestations sur les bancs du groupe UMP.) Est-ce vrai ou non ?

Notre collègue Serge Letchimy vient d’un département français où, pendant des siècles, a régné l’oppression, fondée sur la différence des civilisations. Que cela plaise ou non, ainsi en a-t-il été.

M. Yves Censi. C’est faux !

M. Christophe Guilloteau. Cela n’a rien à voir !

M. Philippe Meunier. Quand on est stalinien, on se tait !

M. Jean-Pierre Brard. Les responsables politiques, surtout quand ils occupent une place importante dans notre État, devraient faire preuve de retenue.

M. Céleste Lett. C’est à Letchimy qu’il faut le dire !

M. Jean-Pierre Brard. Dans notre pays, nous avons eu des théoriciens qui ont glosé sur la différence des civilisations et des races.

Rappelez-vous Gobineau. Il servit d’alibi à d’autres qui non seulement ont théorisé sur la différence des races et sur les discriminations, mais sont passé à la pratique en poussant leurs théories jusqu’aux horreurs que nous connaissons.

M. Jean-Luc Reitzer. Incroyable !

M. Philippe Cochet. C’est un amalgame honteux !

M. Jean-Pierre Brard. Notre collègue Letchimy n’a pas parlé d’équivalence, il a donné une explication.

Mes chers collègues, je ne connais pas de différences entre des civilisations, car je n’en connais qu’une : la civilisation humaine, assise sur des valeurs universelles. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.)

M. le président. Veuillez conclure, monsieur Brard.

M. Jean-Pierre Brard. J’en termine monsieur le président en soulignant simplement que M. le ministre Ollier, qui dodelinait de la tête, appelait vos amis et vos collègues à la raison et à la République.

M. Guy Teissier. Les bolcheviques qui donnent des leçons de morale !

M. le président. La parole est à M. Michel Hunault, pour le groupe Nouveau Centre.

M. Michel Hunault. Je tiens à souligner au nom du groupe Nouveau Centre que le groupe socialiste n’a pas l’exclusivité des valeurs auxquelles M. Ayrault fait référence.

Je suis solidaire de l’intervention de M. Jacob : les propos tenus par notre collègue sont proprement inadmissibles. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe UMP.)

Aussi, monsieur le président, je ne vois pas comment nous pourrions continuer nos travaux dans la sérénité sans que ces propos fassent l’objet de retrait et d’excuses. (Applaudissements sur les bancs des groupes NC et UMP.)

M. le président. La parole est à M. le ministre chargé des relations avec le Parlement.

M. Patrick Ollier, ministre chargé des relations avec le Parlement. Monsieur le président, mesdames, messieurs, les propos tenus dans l’hémicycle ne pouvaient que provoquer des réactions. Ils sont inacceptables pour l’opinion publique et le Parlement.

Je ne parlerai que de l’incident qui vient de se produire, sans refaire l’histoire ou revenir sur le passé, pour demander que, lorsque l’on pose des questions, on évite d’utiliser des mots susceptibles de provoquer des réactions légitimes.

M. Bernard Roman. Lorsque l’on répond aussi !

M. Patrick Ollier, ministre. La majorité et le Gouvernement se sont sentis insultés – excusez-moi d’employer ce mot – par l’assimilation entre les civilisations européennes et les camps de concentration. Devant de tels propos, je considère comme légitime que l’on puisse réagir en quittant l’hémicycle.

Il ne s’agit pas ici de refaire l’histoire, ni même de parler de personnes qui ne se sont pas exprimées dans l’hémicycle : je n’ai pas entendu le ministre de l’intérieur s’exprimer – il n’a d’ailleurs pas pu le faire.

M. Bernard Roman. Il est parti !

M. Patrick Ollier, ministre. Il s’agit, ici, de revenir à des questions et à des réponses mesurées.

En tant que ministre chargé des relations avec le Parlement, je vous demande de prendre conscience que de tels dérapages provoquent des situations inqualifiables et inadmissibles.

Mesdames, messieurs, je vous appelle à la raison. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)

M. Noël Mamère. Que le Gouvernement en fasse preuve !

M. Alain Marty. Voilà cinq ans que cela dure ! Cinq ans d’insultes !

M. le président. La parole est à M. Christian Jacob.

M. Christian Jacob. Monsieur le président, je vous remercie de me redonner la parole dont je n’abuserai pas.

Ma question est simple : M. Letchimy présente-t-il oui ou non ses excuses pour les propos inacceptables qu’il a tenus ?

M. Noël Mamère. Non !

M. Christian Jacob. M. Ayrault, au nom de sa formation politique, les cautionne-t-il...

M. Noël Mamère. Oui !

M. Christian Jacob. ...ou les désapprouve-t-il ?

M. le président. La parole est à M. Jean-Marc Ayrault.

M. Jean-Marc Ayrault. Monsieur le président, je me suis exprimé et je crois avoir été clair. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

Pour avoir entendu à l’instant le ministre chargé des relations avec le Parlement, il semble, lui, avoir du mal à se faire entendre des députés de la majorité !

Je vous invite, mes chers collègues, à lire le texte de la question de M. Letchimy. Vous comprendrez mieux ce qu’il a dit, plutôt que d’interpréter et de déformer ses propos dans le brouhaha comme celui qui s’ensuivit.

M. Éric Berdoati. Ne reformulez pas les choses !

M. Jean Auclair. Vous l’aviez validé avant !

M. Jean-Marc Ayrault. Il a également écrit une très belle lettre qui est à votre disposition et qui explique exactement ce dont il doit être question concernant la notion de civilisation. Si nous menions des débats à ce niveau, nous éviterions les incompréhensions.

Serge Letchimy, je le souligne, est aussi le président d’un parti politique, le parti populaire martiniquais, créé par Aimé Césaire. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

M. Jean-Michel Ferrand. Raison de plus !

M. Jean-Marc Ayrault. Son parti est apparenté au groupe socialiste, c’est un allié.

Je le rappelle, parce vous auriez tendance à l’oublier, c’est au nom de la civilisation que la France et plus généralement les nations occidentales ont justifié le commerce triangulaire et l’esclavage. (Vives protestations sur les bancs du groupe UMP. – De nombreux députés du groupe UMP se lèvent.) Écoutez-moi donc !

C’est l’Assemblée nationale, c’est-à-dire vous comme nous qui avons eu le courage de reconnaître par notre vote à l’unanimité que l’esclavage était un crime contre l’humanité. Nous l’avons dit, au nom de la République Française, et c’est cela le plus important. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

M. le président. Mes chers collègues, une nouvelle fois j’appelle votre attention sur la gravité de certains propos qui peuvent assez rapidement dériver vers des amalgames historiques inappropriés.

M. Noël Mamère. Demandez des excuses à Guéant !

M. Jean-Paul Bacquet. C’est la guerre !

M. le président. Je demande à chacune et à chacun d’entre vous d’y prêter la plus grande attention, en particulier lors des questions au Gouvernement, qui se déroulent, vous le savez, sous le regard de nos compatriotes, mais tout autant lors de nos débats, et d’utiliser des propos qui se réfèrent à ce que nous devons assumer ici, c’est-à-dire l’affrontement des idées et en aucun cas celui des personnes.

Plusieurs députés du groupe UMP. Des excuses !

M. Christian Paul. Que Guéant s’excuse !

M. le président. Cet incident, que je considère comme particulièrement grave, donnera lieu à une saisie du bureau lors de sa prochaine réunion, qui se tiendra le 22 février.

Suspension et reprise de la séance

M. le président. La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à seize heures vingt-cinq, est reprise à seize heures trente-cinq.)

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À titre de rappel historique, un commentateur du site Rue89 a posté un extrait d'un discours de Clémenceau datant de... mars 1885 et qui illustre assez bien la longévité du débat.

« Races supérieures ! Races inférieures ! C’est bientôt dit. Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! [...]                          

Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! [...] Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l’Européen apporte avec lui : de l’alcool, de l’opium qu’il répand, qu’il impose s’il lui plaît. Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l’homme !                          

Je ne comprends pas que nous n’ayons pas été unanimes ici à nous lever d’un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. »


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