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Le premier ministre inculpé, le pays paralysé

Publié le 14 février 2012 par Journalpakistan @journalpakistan

La décision de la Cour suprême à l’encontre du premier ministre lundi est le dernier épisode d’une guerre ouverte qui paralyse l’Etat.

Publié sur le Point.fr et dans la Tribune de Genève le 14 février.

D’un pas tranquille, Yousuf Raza Gilani entre dans la salle d’audience. Il est 9 h 30 en ce lundi froid et pluvieux. Il salue les ministres et les politiciens venus le soutenir. Il n’est ni paniqué ni tendu, alors que la Cour suprême s’apprête à l’inculper pour outrage. “Ça ne lui fait pas peur. Il a déjà été emprisonné. Il en a vu d’autres”, confie l’un de ses proches conseillers. Depuis deux ans, la justice lui ordonne d’envoyer une lettre à la justice suisse pour rouvrir une enquête sur les comptes bancaires du président Zardari. Le chef de l’État est soupçonné de corruption. Yousuf Raza Gilani refuse, au nom de l’immunité présidentielle. Son obstination lui coûtera son poste, voire 6 mois de prison, s’il est condamné.

Vingt minutes plus tard, la séance commence. “Plaidez-vous coupable ou non coupable ?” demande le président d’une voix solennelle après la lecture de l’acte d’accusation. “Non coupable”, répond le prévenu. S’ensuit alors une passe d’armes entre les juges et l’avocat, qui cherche à repousser la prochaine audience. Depuis que la Cour suprême poursuit le Premier ministre, son parti, le PPP (Parti du peuple pakistanais), cherche à faire traîner la procédure jusqu’aux élections en 2013. La prochaine audience n’aura lieu que le 22 février. Le verdict ne devrait pas être rendu avant trois semaines. Et Gilani peut faire appel.

Réformes suspendues

Il s’accroche au pouvoir, constate, amer, un député du PPP. Pendant ce temps, aucune réforme n’est entreprise. Rien ne se fait. On vit dans l’incertitude la plus totale.” Cette paralysie intervient alors que la situation économique et politique est tendue. Les pénuries d’énergie paralysent les entreprises. 15 % de la population active est au chômage. Sur le plan diplomatique, depuis une bavure américaine qui a tué 24 soldats pakistanais à la frontière afghane en novembre, les relations entre Islamabad et Washington sont suspendues. Une commission parlementaire pakistanaise a émis des recommandations sur la politique à adopter avec les Américains. “Le texte est prêt. Mais il ne peut pas être appliqué, parce qu’il n’a pas été voté. Le gouvernement n’a pas convoqué le Parlement. À cause du conflit avec la Cour suprême, il n’a pas le temps !” se désespère un haut responsable du ministère des Affaires étrangères qui souhaite rester anonyme.

Pire, avec son inculpation, Yousuf Raza Gilani perd sa légitimité, et ses actions sont de plus en plus contestées. Il y a quelques jours, la Haute Cour de justice à Islamabad a annulé sa décision de nommer un nouveau secrétaire à la Défense. Et si Gilani est condamné, le PPP pourrait perdre sa coalition au Parlement. Le MQM, un allié-clé à l’Assemblée nationale, n’a d’ailleurs envoyé personne pour soutenir le Premier ministre à l’audience ce matin.

Cette instabilité aura peu de conséquences sur le processus de paix en Afghanistan où le Pakistan tient un rôle important. La politique afghane d’Islamabad est dirigée par l’armée. Le mois dernier, les services de renseignement ont autorisé des talibans afghans à quitter le Pakistan pour se rendre au Qatar et discuter avec les Américains.


Classé dans:Politique Tagged: Asif Ali Zardari, corruption, Cour supreme, Yousuf raza Gilani

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