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Aristagogie

Publié le 05 février 2012 par Malesherbes

François Hollande propose, s’il est élu,  de baisser de 30%, le salaire du président et  des ministres. Aussitôt la droite s’écrie « C’est de la démagogie ! », comme si c’était là un argument décisif propre à clore toute discussion. Connaît-elle le sens du mot démagogie ?

>Ce mot est apparu en 1791, forgé à partir des mots grecs demos (peuple) et agogos (qui conduit, guide), pour désigner l’art de mener le peuple particulièrement en captant sa faveur. Je dois dire que j’ai du mal à déceler ce que la proposition de François Hollande apporte comme satisfaction individuelle à une personne du peuple, si ce n’est, pour certaines, une joie mauvaise suscitée par la jalousie. Si nos dirigeants sont si prompts à s’imaginer les mesures de l’opposition comme le fruit de démagogie, c’est assurément parce qu’eux-mêmes pratiquent sans retenue ce que j’appellerai l’aristagogie, le souci constant de favoriser un petit nombre. 

Lorsque, dès le début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy élargit le domaine d’application du bouclier fiscal, ce n’était pas de la démagogie, puisqu’il ne s’adressait pas au peuple, considéré plutôt comme une populace, vouée à la précarité. Bien au contraire, en parfait aristagogue, il agissait pour s’attirer les faveurs de la frange la plus fortunée de ceux qui l’avaient élu.

Lorsqu’en 2009, il sacrifiait 2,4 milliards de rentrées fiscales en abaissant de 19,6% à 5,5% le taux de la TVA due  par les restaurateurs, oserait-il prétendre que, acceptant sans garanties une diminution des ressources de l’État, il ne cherchait pas à séduire un secteur de son électorat, qui plus est prescripteur d’opinion ?  La justification de cette mesure était paraît-il de permettre aux restaurateurs de baisser leur prix, d’embaucher, d’améliorer la condition de leurs employés et de moderniser leurs établissements. Il semble bien que ces engagements n’aient guère été tenus et surtout pas la baisse des prix. Inversement, la récente élévation du taux de la TVA de 5,5% à 7% a elle été instantanément et intégralement répercutée sur les prix.  
 

La mesure proposée par François Hollande a une première conséquence évidente, une réduction des dépenses de l’État. Un gouvernement qui considère comme normal de diminuer les revenus de salariés frappés par la crise devrait être capable de porter le même jugement sur ses propres revenus. Ses membres oublient par trop le sens du mot ministre, serviteur. Participer à la direction de la cinquième puissance mondiale devrait être en soi la plus belle des  récompenses. Et dans cette France gérée comme une entreprise, pourquoi ceux qui se sont révélés incapables de lutter efficacement contre les conséquences de la crise ne les subiraient-ils pas ?

Nos ministres ressentiraient certainement l’effet d’une baisse de leur salaire. Mais elle affecterait  davantage le superflu que le nécessaire. On ne peut en dire autant de millions de leurs administrés, confrontés à la misère. Et s’il fallait que nos gouvernements renoncent de ce fait à certains éléments de leur train de vie, cela les rendrait peut-être plus sensibles au sort des chômeurs et des mal-logés. Il est vrai que notre président ne donne pas le meilleur exemple, lui qui envoie un appareil de l’État rapatrier son fils Pierre victime d’une gastro en Ukraine et qui s’estime quitte en réglant 7000 euros un déplacement ayant coûté 4000 euros. Il n’a pas bien compris la devise de notre République. On y trouve Fraternité, pas Paternité !


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