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A votre écoute coûte que coûte

Publié le 21 février 2012 par Jotbou

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A votre écoute coûte que coûte
lors que le passage de Philippe Vals à la tête de France Inter n’est pas des plus harmonieux et cela en dépit de belles audiences réalisées récemment par le vaisseau amiral de la radio publique, la station continue de proposer de nouveaux projets qui restent dans l’ADN d’une station comme France Inter. Dernier exemple en date, “A votre écoute, coûte que coûte”.

Depuis le 16 janvier dernier, les auditeurs de France Inter ont pu constater que l’émission de Isabelle GiordanoLes Affranchis” s’était faite raccourcir de dix minutes au profit d’un tout nouveau programme dont l’absence de communication à son égard n’avait d’égal que la déferlante de commentaires que chaque diffusion provoque.

A votre écoute, coûte que coûte” est une émission qui est présentée ainsi par la station : “Nouveau rendez-vous sur France Inter Présenté par le docteur Philippe de Beaulieu et la psychothérapeute Margarete de Beaulieu du lundi au vendredi à 12h20”. Aucune mention de catégorie, ni rien qui puisse permettre de déterminer le périmètre de ce programme si ce n’est que les deux présentateurs nous sont annoncés comme “docteur “ et “psychothérapeute”. Au final, il va s’agir de répondre à des interrogations médicales portées par des (faux) auditeurs au standard.

Jusque là, l’émission n’a pas à déchaîner la colère des auditeurs. Cependant, lorsque l’on prend le temps d’écouter le programme on se rend compte effectivement “A votre écoute, coûte que coûte” est tout sauf une émission de service et que l’humour noir et le cynisme sont les piliers de cette émission drapée dans les plus anciens codes radiophoniques.

Ainsi, étant donné que rien à l’antenne ne prévient qu’il s’agit d’une émission d’humour que ça soit avant, pendant ou après le programme, de nombreux auditeurs s’offusquent dans les commentaires de l’émission qu’une radio publique puisse laisser diffuser sur ses ondes de pareils propos qui prodiguent des conseils faux, traitent les auditeurs par le mépris, etc.

Ce qui est sans doute la cerise sur le gâteau de cette farce grand-guignolesque est qu’un médecin d’Etampes envisage d’intenter un procès à France Inter pour “exercice illégal de la médecine et mise en danger de la vie d’autrui”.

Au delà de la procédure de non sens (comique) intentée par ce médecin, la réflexion va beaucoup plus loin vis à vis de cette émission et surtout de la perception que le public peut en avoir. En effet, l’époque (sans doute) ainsi que les habitudes médiatiques du public font que désormais, une émission doit correspondre en tous points à une sacro-sainte promesse de l’émetteur vers le récepteur. En d’autres termes, le public consomme par promesse, regarde par promesse, écoute par promesse. De fait, agir de la sorte, c’est soustraire totalement et délibérément à la condition de public sa fonction de réflexion, d’interprétation, de mise en perspective.

Dans le cas qui nous concerne ici, s’offusquer de l’émission “A votre écoute, coûte que coûte” en proférant que les conseils donnés peuvent mettre en danger la vie du public, c’est admettre que le public est stupide, niais, infantile et que la parole médiatique possède une vertu tutélaire telle qu’elle abolit toute notre éducation et notre bon sens.

L’humour existe et l’intelligence également et parfois même ils font bon ménage. Remettre en question l’existence de cette émission c’est également donner du crédit à toute une industrie audiovisuelle dominante qui par la forme et le contenu prête de plus en plus le flanc à des concepts faibles, aux finalités évidées où la sagacité du public est réduite à néant. Trop souvent, le public interrogé souhaite que les médias se portent vers une quête de sens dans leurs programmes, que l’on stoppe les programmes sans fond pour privilégier des œuvres à valeur augmentée. Dès lors, si l’on considère que cette demande est légitime et fondée, alors la fronde menée contre l’émission de France Inter s’apparente quant à elle à un refus des nouvelles formes narratives dans le fond et la forme.

Ainsi, dans cette spirale édifiante il est clairement établi que le média idéal du futur sera celui qui apportera du fond (attendu) au travers de formes éculées et sans saveur. Ou plutôt une saveur intellectuellement confortable, celle de la perpétuelle redite dans les traits d’une marionnette cérébrale balisée de toutes parts. Encore “merci” à tous ceux qui défendent ces thèses et renient le renouvellement médiatique et l’apport de sensations perceptives inhabituelles.


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