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Le jour où Sarkozy fut sifflé.

Publié le 02 mars 2012 par Juan
Le jour où Sarkozy fut sifflé. On lui avait promis que les courbes  sondagières « se croiseraient » en février, qu'il dépasserait, et pour de bon, son rival Hollande. Nous étions le 1er mars, les courbes ne s'étaient pas croisées. Bien au contraire, après un léger sursaut de lancement, Sarkozy rechutait à nouveau.
Jeudi matin, premier jour de mars 2012, Nicolas Sarkozy était quand même arrivé avec sa proposition du jour. Le « sauvetage »très provisoire du fourneau P6 de Florange. Il était sur France Inter, le matin, et il voulait reprendre la main. Sa journée était tout entière consacrée à sa campagne de candidat.
Mais il fut sifflé. Et il perdit ses nerfs.
Divagations radiophoniques
Il n'était pas si tôt, 8h20, et pourtant, Sarkozy semblait mal à l'aise, déjà sur la défensive. « Ce n'est pas exact » « attendez, attendez..», «mais que voulez-vous ?» « pourquoi faudrait-il ? » furent quelques-unes de ses expressions favorites. Il inventa à François Hollande de prétendues hésitations (quotient familial, déclaration sur les riches, etc). Il n'était pas combatif, il était hargneux, presque mauvais perdant. Surtout, et c'était bien le plus grave, il n'était pas convaincant.
1. Sur l'Education, il tenta de vendre ses dernières propositions. Les Echos venaient de publier un énième baromètre selon lequel il apparaissait que Sarkozy n'avait convaincu personne, un « flop », commenta le quotidien économique. Le Monarque s'embrouilla: d'un côté, il faudrait continuer de réduire le nombre de prof, car sinon, la France serait « comme la Grèce », en faillite. Mais, dans le même temps, payer 25% de plus celles et ceux des enseignant(e)s du secondaire qui accepteraient 8 heures de présence supplémentaire par semaine ne coûteraient que 210 millions d'euros par an, un surcoût financé par la suppression de 7.000 nouveaux postes dans le même secondaire.
Comment faire des économies si tout est dépensé en heures supplémentaires ? 
Autre contradiction du discours, Sarkozy évoqua 40.000 enseignants concernés ses heures sup. Comment ce faible volume d'heures supplémentaires pourrait-il changer quoique ce soit au manque d'encadrement des élèves ?
2. Contre la proposition de nouvelle tranche d'IRPP à 75% pour les revenus supérieurs à un million d'euros, le candidat sortant raconta franchement n'importe quoi. Il additionna d'abord la CSG (8%) au taux nominal marginal de 75% pour effrayer l'auditoire d'un gigantesque (sic!) 83%. Puis il s'inquiéta de la fuite des cinéastes et des comédiens. Il oubliait qu'un acteur français n'ira pas tourner à l'étranger pour de simples raisons fiscales... L'argument était bien grossier. « Quelqu'un qui a un revenu de cette nature, à 83%, vous imaginez bien qu'il ne va pas rester...» s'exclama le Monarque.  Patrick Cohen précisa: « 83% au-dessus de un million d'euros ». Sarkozy s'énerva: « Ah non, parce qu'on ne comprend pas puisque la position de François Hollande a changé 3 fois en 3 jours.» De quoi parlait-il ? Il divaguait.
Pour illustrer la fuite des riches, il poursuivit: « Et M'sieur Mittal, vous savez combien il emploie d'gens en France ? 20.000 ! » Mais Patrick Cohen était perdu: « Mais il n'est pas domicilié en France... » Et Sarkozy de continuer, comme si de rien n'était... en accusant le PS de vouloir forcer Mittal à vendre Florange: « J'ai vu qu'il y a une proposition du PS pour obliger M. Mittal à vendre Arcelor. Mais à qui ? A qui va-t-on vendre ? A un financier russe ? » Nouvelle caricature! Une proposition de loi existe bien, mais elle est différente: elle vise des établissements abandonnés.
Sarkozy répéta aussi quelques mensonges, comme sur Gandrange: « Les engagements qui ont été pris sur Gandrange ont été scrupuleusement tenus ». Vraiment ? Tous les salariés n'ont pas été reclassés. Sarkozy n'a pu convaincre Mittal de poursuivre l'exploitation et l'établissement n'a pas été repris non plus. Autre fumisterie, il s'agaça qu'on le questionne sur son comportement. Candidat des riches, « c'est une formule ».
«Je me suis toujours méfié des gens qui aimaient passionnément l'argent.»
Sa grande annonce fut donc une promesse pour Florange. Le président Sarkozy semblait avoir forcé la main au sidérurgiste Arcellor-Mittal pour aider le candidat Sarkozy. Serait-ce du trafic d'influence ? «J'ai eu mercredi une longue réunion de travail avec Lakshmi Mittal (le PDG du groupe, ndlr). A la demande de l'Etat français, ArcelorMittal va investir maintenant 17 millions d'euros à Florange.» Sur cette somme, quelque 2 millions seraient débloqués pour « ».
A Florange, nulle effusion de joie. Les salariés d'Arcelor-Mittal restèrent prudents.
Lucide, Patrick Cohen lui demanda, pour conclure, quand connaîtrons-nous l'intégralité de votre programme ? Le candidat sortant grimaça... Il faudra attendre le 11 mars et son meeting à Villepinte.
Manipulation à Bayonne
Quelques instants plus tard, rue de la Convention, le président-candidat se montrait « déterminé à défendre la France des usines » s'enthousiasmait une journaliste d'iTélé. Certains confondaient à nouveau leur job avec la lecture des communiqués du QG de campagne.
Les communicants de la cellule de campagne avaient concocté cet « évènement », une intervention publique de Nicolas Sarkozy sur le trottoir de son QG de campagne juste après la tenue de son « comité stratégique » de campagne. C'était la première fois qu'on entendait réellement parlé de ce machin. Une pièce de plus dans la mise en scène du Sarkoshow.
Il n'y avait « que du lourd »: François Fillon, Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Brice Hortefeux, Thierry Mariani, etc. Roulez les tambours ! Les caméras des chaînes d'information étaient branchés. Les envoyés spéciaux s'impatientaient; les photographes mitraillaient de leur flash les moindres allers et venues.
Quand le Monarque déboula sur le trottoir, il répéta ses propos radiophoniques du matin sur Florange, mensonges compris: il a été décidé d'investir tout de suite 2 millions d'euros, rien que sur le haut-fourneau, pour qu'il reparte, le groupe Mittal fixant le redémarrage du haut-fourneau au deuxième semestre.
ça sentait l'embrouille, et c'en était une. Ce n'étaient plus 17 millions d'euros « immédiatement » investi (comme le claironnait à tort l'un des présentateurs de BFM en direct), mais seulement 2 millions d'euros. Et ce n'était pas de l'investissement mais de la maintenance. Pire, le groupe Arcelor-Mittal se montra tout bien moins catégorique que le candidat sortant: « Le groupe industriel a confirmé l'investissement de 17 millions mais a néanmoins conditionné cette annonce à une reprise économique », précisa le Parisien jeudi soir.
Plus tard, le Monarque fila à Bayonne. Un peu avant 16 heures, à l'arrivée de sa voiture, une foule nombreuse de plusieurs centaines de personnes était là, grondant, huant, sifflant. L'assistance était calme mais le bruit était assourdissant. Quand le candidat sortant s'engagea dans la rue, des CRS furent dépêchés pour le protéger. De petits bulletins de vote de Batera, un collectif indépendantiste furent jetés. En fin de cortège, loin derrière, des militants PS tractaient.
On nous expliqua que Sarkozy dut se réfugier dans un bar. Il y resta coincé, le temps que la police dégage la voie. «Sarkozy a attendu dans un café assiégé que les forces de l'ordre viennent le dégager» commenta l'envoyé spécial de Libération. Furibard, il dérapa gravement: « M. Hollande a annoncé l'épuration de tous les magistrats, de tous les fonctionnaires, qui ne lui conviendront pas, forcément ça échauffe la base ». Sa porte-parole NKM accusa le PS d'avoir organisé la manifestation. Blafard, le candidat sortant convoqua quelques journalistes présents pour un point presse improvisé. Il accusa Hollande: « C'est inadmissible. Ces manifestations sont le fait d'indépendantistes basques et de militants socialistes. Si c'est cela que nous propose Monsieur Hollande, on n'a pas envie de les voir venir. »
Il oublia qu'il n'était pas en visite présidentielle: « Le Président de la République française doit pouvoir se rendre partout dans la République française ».
Il oublia surtout de mentionner l'ampleur de sa propre manipulation: le bar où le Monarque s'était réfugié était le lieu choisi par l'équipe de campagne pour cette visite mal préparée. Mieux, le maire de Bayonne avait déconseillé à Sarkozy de venir sur place. La presse locale s'était fait l'écho d'une grosse mobilisation de Batera, un collectif basque qui milite pour la création d'une collectivité territoriale.
Bref, le clan Sarkozy savait qu'il venait dans une zone de tension. 
Mais il fallait jouer l'affrontement. Et portraiturer François Hollande comme le candidat du désordre, faire peur à l'électeur indécis. La manoeuvre est grosse et grossière.Sarkozy a été surpris des réactions locales, il pensait que les sifflements et la mobilisation suffisamment importants pour qu'on en parle, suffisamment modestes pour qu'il conserve la main.
Pour une fois, les habituels figurants de la France fictive n'avaient pas conviés en nombre suffisant.
Le fiasco était total.


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