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Sarkozy sur TF1 nous a fait peur.

Publié le 13 mars 2012 par Letombe
Sarkozy sur TF1 nous a fait peur.

Lundi soir, Nicolas Sarkozy poursuivait son opération reconquête de l'électorat de droite. Un sondage IFOP pour Europe 1 sur quelques centaines de Français le donnait devant son rival socialiste, enfin !
Inutile de penser à au-delà. L'antisarkozysme avait de beaux restes. Mais Sarkozy avait grignoté les quelques points nécessaires sur le dos de Marine Le Pen.
Nicolas Sarkozy voulait surtout convaincre son propre camp.
Il nous a fait peur. Le prochain quinquennat, s'il avait lieu, serait quelque chose entre la guerre civile ou la faillite.
Ou bien.
Les affaires, enfin à la télé ?
Laurence Ferrari démarra très fort, en questionnant le candidat sortant sur l'affaire Karachi. Mediapart avait révélé, le jour même, comment le clan Kadhafi avait financé la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007: « Selon un document consulté par Mediapart, le marchand d’armes Ziad Takieddine, organisateur en 2005 et 2007 des visites de Nicolas Sarkozy et de ses proches en Libye, aurait mis en place les « modalités de financement » de sa campagne présidentielle de 2007 par le régime de Kadhafi, en lien avec Brice Hortefeux, alors ministre des collectivités locales, et Saïf al-Islam. Un montant de 50 millions d'euros, une banque suisse et un compte à Panama sont évoqués dans ce document. » L'affaire était même sortie jusqu'au New-York Times.
Le Monarque dérapa, dès la 8ème minute. Il était sorti de ses gonds: « J'suis désolé pour vous que vous soyez porte-parole de Kadhafi ! »
Il fallut ensuite attendre 22 heures et 25 minutes pour qu'un autre intervenant, en l'occurrence Michel Field, s'inquiète du climat « délétère » des affaires. C'était déjà énorme, nous étions reconnaissant. Nicolas Sarkozy s'énerva. Il évoqua les écoutes sous François Mitterrand, l'affaire du Rainbow Warrior. Il promit d'aller « plus loin dans la République exemplaire ».
Sarkozy avait besoin de remonter loin dans l'histoire pour se défendre.
Et le pouvoir d'achat ?
Autre sujet, une mère de famille s'inquiète du pouvoir d'achat. Le monarque dérive sur tout ce qu'il a fait pour les petites retraites et les statistiques de l'INSEE. La dame voulait savoir ce que le candidat du Fouquet's pouvait faire contre la hausse du prix du carburant.
« Le prix de l'essence augmente à cause du contexte international.» L'explication était courte. Il sombra. Il avait sa solution: « il faut faire jouer la concurrence ». Il oubliait que le prix de l'essence va flamber parce que les ressources fossiles sont limitées. Il enquilla ensuite sur le prétendu caractère bon marché du nucléaire. La Cour des Comptes venait de démonter le mythe d'un nucléaire peu cher.
A un jeune artisan qui se disait étranglé par les charges sociales de ses employés, il lâcha sa première annonce du jour. Le candidat sortant avait « 250 millions d'euros pour traiter les artisans comme les auto-entrepreneurs». Il proposa que les artisans ne payent de charges sociales que dès qu'ils dégagent un chiffre d'affaires. L'affaire serait financée par le nouvel impôt minimum des grandes sociétés annoncé voici 5 jours. Les artisans sont 3 millions, Sarkozy leur proposait donc 85 euros par an.
Fantastique.
« Vous avez raison » déclara Sarkozy à l'artisan qui venait de lui dire qu'il avait tort.
Sarkozy perdit ses nerfs sur la banlieue
Sarkozy voulait maîtriser ses nerfs. Un jeune Thibault, noir et de banlieue, dénonçait l'image que Nicolas Sarkozy et son gouvernement propageait sur les banlieues.
Thibaud était grand, il était magique. « Vous proposez le CV anonyme. J'ai jamais vu de fiches de paye anonymes ! » Sarkozy était déstabilisé puisqu'il s'énerva. L'émission démarrait incroyable.

« Vous êtes Français, Thibaud?»  
« Bien sûr, mais on fait partie de cette deuxième France, on est Français de papier. (...) Vous dites souvent 'la France, tu l'aimes ou tu la quittes', mais est-ce que vous nous aimez, vous?» 
«C'est pas moi qui ai dit ça, vous vous trompez! »

C'était faux. Sarkozy avait la mémoire courte. On s'était vite rappelé de sa formule de 2006: « S'il y en a que ça gênent d'être en France, je le dis avec le sourire mais avec fermeté, qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas ».
A une proviseur de banlieue, il eut une formule raccourcie:  « Nos enfants ont changé, l'école n'a pas assez changé. Pardon, Dominique, je résume très mal. » Mais il n'avait pas de propositions.
L'évasion fiscale ?
A un autre participant, il lança, presque gourmant, sa seconde proposition. Aux « deux millions de Français qui vivent à l'étranger », les « expatriés », il voulait les aider. Mais pour les autres, les « évadés » fiscaux, il avait une sale mesure en tête. C'était trop gros. Sarkozy voulait rassurer une clientèle: expatriés, je ne vous confond pas !
Sarkozy ne reprit pas à son compte l'idée de supprimer la nationalité française à celles et ceux qui fraudent le fisc pour l'étranger. Mais il promit, s'il était réélu, que toute personne qui partait à l'étranger pour des raisons fiscales devrait déclarer ses revenus mondiaux en France et payer la différence éventuelle d'imposition. Comment ferait-il la différence entre expat et évadés ? C'était presque une proposition de Jean-Luc Mélenchon. Dur...
Nous étions rassurés.
L'insécurité, un échec démasqué
La propriétaire d'un bar-brasserie d'un petit village témoigna de ses propres braquages. «  C'est un échec pour vous ? » s'inquiéta Laurence Ferrari. « J'vais y venir. » la coupa Nicolas Sarkozy. « Nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour faire baisser la délinquance.» Et bien il était donc nul. Il accusa Hollande de vouloir être plus clément. C'était faux, l'ancien ministre de l'intérieur de 2002 était simplement accusé d'inefficacité.
L'insécurité était aussi sociale. Un ouvrier s'étrangla contre son patron-voyou.« Le patron voyou doit être traité comme un voyou. C'est encore pire d'être un voyou d'en haut de l'échelle » déclara le Monarque. Nicolas Sarkozy avait-il proposé quelque chose pour aggraver les sanctions contre la délinquance en col blanc depuis 2007 ? Non, il ne pensait qu'aux bandes.
Il s'énerva. Il tenta de prendre cette buraliste à témoin. Son échec n'était pas le sien. C'était celui de la «bien-pensance ». Il cherchait cette « France silencieuse » qui l'aimerait, une France qui n'existe pas. TF1 en fait le constat ce soir. Sarkozy se croyait encore en 2002. 


Face aux journalistes
Vers 22 heures, le candidat sortant était confronté à des journalistes. A celui de TF1, François Bachy, le président des Riches se permit de ne pas répondre en le qualifiant de pro-Hollande (on souriait). A Françoise Fressoz, il était mal à l'aise. « Vous n'avez pas détaillé pas votre programme ». Mais, s'exclama-t-il , il y a encore deux mois de campagne.
Il a aussi récusé avoir été « brutal » sur le rétablissement des frontières. Il avait pourtant affirmé, en début d'émission, qu'il avait prévenu Angela Merkel de ses oukazes à l'Europe lors du discours de Villepinte. « Ce qu'il faut, c'est rétablir les frontières ».
Il avait besoin de jouer au candidat du peuple contre des journalistes. Cela faisait partie de son plan de campagne: «  Vous pensez que nos comptes sociaux peuvent supporter l'arrivée sans contrôle, sans frontières...» il ne termina pas son outrance. « Vous sortez la Grèce du système ? » demanda la journaliste du Monde. « Oui » répondit le candidat sortant. « Votre méthode n'est pas communautaire, vous faites des coups de menton ».
Un autre journaliste s'inquiéta de la taxation nouvelle pour les exilés fiscaux: L'exit-tax n'est pas en place depuis un an. « L'exit-tax, elle marche!! » s'écria le Monarque. «  Euh,... mais non! » le journaliste précisa: « les décrets d'application ne sont pas là ». Boum.
Sarkozy, hors sol.
Sarkozy avait des formules presque passionnées et hors sol.
1. « Je suis passionné par mon pays, je ne vends rien.» C'était drôle... ou triste...
2. « Nous n'avons pas baissé les impôts » dut-il reconnaître...
3. « Je crois au progrès dans la concurrence. » Mais, « je ne crois pas à la concurrence déloyale ». Ah...
4. Quatre jours après la journée de la femme, Nicolas Sarkozy expliqua aussi que l'ouverture du commerce le dimanche, c'était la faute des femmes qui travaillent.
5. « Je n'ai pas voulu faire la réforme de la dépendance.» Il y avait quelques aveux, ce soir, avec un an de retard. Pas grave, on le savait déjà. Il n'y avait plus d'argent dans les caisses. L'auditeur qui s'inquiétait du pipo des promesses de lutte contre Alzheimer en fut pour ses frais.
6. Un médecin tacla le président sur la tarification à l'activité. « La naissance n'est pas une activité rentable ». Le Monarque répondit à côté, sur l'augmentation prétendue des moyens de l'hôpital (« c'est de l'argent public ») et l'afflux aux urgences. « Pas chez nous, nous sommes une maternité ». Sarkozy ne répondit pas. 
Et le Monarque répéta combien nous étions finalement bien loti en France.
Ce soir, Nicolas Sarkozy avait besoin du modèle social qu'il n'a pas créé pour se sauver.
Ami sarkozyste, ne pars pas.
Ce n'est pas fini.

Sarkofrance


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