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Bernard Tapie, supplétif médiatique de la Sarkozie

Publié le 20 mars 2012 par Variae

Sacré Nanard ! A 69 piges bien frappées, l’œil vif, la carrure massive, la répartie gouailleuse, le poil sombre et le teint halé, il est toujours prêt à venir vous causer dans le poste, distribuant bons et mauvais points et sentences définitives. Tour à tour chanteur, entrepreneur, magnat du foot, ministre, taulard, comédien, écrivain, il fait partie de ces quelques pipoles qui finissent par exister hors de toute case, produit inoxydable valant par sa seule pittoresque présence.

Bernard Tapie, supplétif médiatique de la Sarkozie

Dimanche soir, Super Nanard était l’invité de Laurent Delahousse dans la dernière partie de son journal télévisé. Pour quelle raison ? On ne sait plus trop : à la fin de l’interview, au bout de 15 minutes de palabres, on évoque in extremis un livre qui va sortir (« je fais un livre, et pour pas influencer, je le sors juste après l’élection ») … mais en mai. Ah et puis « J’vous signale que j’étais venu pour vous indiquer que je commence au théâtre le 25 avril ». Deux échéances qui laissaient le temps de venir en parler plus tard. Et qui de fait préoccupent bien peu l’ancien patron de l’OM, à en croire la physionomie de l’émission.

Car pendant 10 grosses minutes, on ne parle pas de littérature ou de dramaturgie, oh non. Passées quelques considérations initiales sur la forme du championnat de France de football, on entre dans le dur : la politique.

Séquence émotion. D’abord un florilège vidéo des grandes heures de Tapie dans les gouvernements de gauche et de la bagarre avec Le Pen, il y a vingt ans. Split screen avec, sur le côté, le visage ému de notre Nanard national, tout spécialement à la vue de Mitterrand. Le message est assez clair : Tapie, c’est la gauche, la gauche qui gagnait les élections nationales, par-dessus le marché. Mais qu’on se rassure : « la politique c’est fini, c’est interdit », Madame Nanard ayant « tellement souffert » ; « le rêve est fini ». Il faut croire qu’il se prolonge quand même un peu, ce beau rêve, puisqu’il ne faut que quelques secondes pour  entendre le touche-à-tout sévèrement burné nous livrer malgré tout son analyse politique de la situation en 2012.

Qu’on se le dise, ce pauvre Bernard est un socialiste contrarié : en 2007 comme en 2012, il avait un candidat – Strauss-Kahn – mais à chaque fois on le lui a retiré, par la faute à pas de chance. Et toujours par le plus grand des hasards, il se trouve qu’en 2012 comme en 2007, « y a pas photo » entre les candidats qui restent en lice – c’est toujours Nicolas Sarkozy qui se détache. Hollande ? « Je ne vais certainement pas appeler à voter » pour lui, car « il n’a pas bien compris la crise ». C’est qu’il « fait le cake », le père Hollande, contre les financiers qui paient les salaires de nos fonctionnaires, à nous autres salauds d’endettés ! Et pour la monnaie chinoise qui serait trop chère, imagine-t-on le socialiste de taille à négocier avec le président de l’Empire du Milieu, « vous savez celui qui n’a pas voulu le recevoir » (bon, c’était Fabius, mais on n’est plus à ça près) ? « L’autre va lui dire : vous êtes qui vous ? » Bref, il faut être « lucide sur la réalité : on n’a pas les moyens d’agir de cette manière-là ». De Tapie à TINA. Ah ma bonne dame, c’est pas DSK « qui aurait fait ces conneries-là », parce que « il les fréquente, il les connait », lui, les grands de ce monde !

Laurent Delahousse fait timidement mine de résister. Évoque pour la forme l’affaire du Tribunal arbitral. Puis s’interroge à voix haute sur le langage de Tonton Nanard. Tout ça, « c’est pas un peu caricatural ? ». Non, « c’est la vérité Monsieur, c’est la vérité ! ». Autre vérité, « le mec [Sarkozy] il a sauvé l’économie, il a sauvé mon épargne, votre épargne ». Bref, Tapie va appeler à voter Sarkozy.

C’est drôle, les hasards de la vie, on vient faire de la pub pour sa pièce de théâtre de dans un mois et pour son livre de dans deux mois, et on se retrouve, comme ça, sans s’en rendre compte, à entonner à la chaîne, avec gourmandise, les éléments de langage du candidat sortant, au mot près. Hollande sans expérience et sans carrure, Sarkozy rempart contre la crise … Ah oui, mais attention : « Sarkozy il a fait plein de choses qui ne m’ont pas plu, et je ne suis pas UMP ». Ouf ! Pendant un moment, on a failli le croire. Allez, un dernier coup de pied de l’âne pour terminer. Mélenchon ? « Fabuleux », et à la différence de Besancenot, « lui, il est du système ; ça c’est une stratégie possible », il n’a pas envie « de faire la même chose en moins bien ». Ça a quand même plus de gueule que le vote Hollande, non ?

Vestige tenace de l’ouverture de 2007, Bernard Tapie est au show-biz ce que Claude Allègre est à la science. L’un et l’autre, en temps de campagne, viennent étaler dans les médias complices la compatibilité entre leur prétendue identité de gauche, et le soutien à Sarkozy.  N’existant que par le faux contraste qu’ils sont censés incarner entre leur histoire socialiste (révolue) et leur choix actuel, ces supplétifs médiatiques de la sarkozie, sortes de sophismes vivants, incarnaient en 2007 l’illusion d’une France rassemblée autour de l’ex-maire de Neuilly ; aujourd’hui, ils ne participent plus que d’une stratégie d’enfumage sur la réalité calamiteuse des cinq dernières années. Décidément, le sarkozysme dégrade tout.

Réussir  sa vie, c’est d’être un président, ou bien n’importe qui, et de prendre le temps, d’aider un ami …

Romain Pigenel


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