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le Figaro, toujours du bon côté du manche…

Publié le 27 mars 2012 par Gédécé @lesechogaucho

le Figaro, toujours du bon côté du manche…Si vous êtes blogueur politique, de gauche j’entends, et que vous êtes en panne d’inspiration, j’ai un tuyau increvable pour vous. Il suffit d’aller faire un tour sur le site du Figaro, et vous y trouverez à coup sûr un sujet d’indignation, ne serait-ce que dans la manière dont le sujet le plus banal est traité. Démonstration : l’emploi. je prends au hasard ou presque ce titre et vais voir ce que contient l’article. ça commence bien :

“La crise économique et le pessimisme ambiant qui en découle ont du bon. Pour les employeurs tout au moins… Les salariés se disent en effet prêts à travailler plus pour sauver leur emploi.”

Voilà qui en dit long sur la dimension sociale dudit journal. Je ne suis pas certain que le salarié lambda apprécie l’entrée en matière… N’y aurait-il que des patrons qui liraient ce journal – très – à droite ? La suite est tout aussi intéressante :

Les salariés se disent en effet prêts à travailler plus pour sauver leur emploi. C’est le résultat d’un sondage des Éditions Tissot, réalisé par OpinionWay (*)”.

Il fallait bien un sondage pour asséner l’évidence et lui donner la vertu d’une assertion tout à fait partagée par tous, histoire de vous préparer psychologiquement à travailler plus pour gagner moins. On remarquera au passage que ledit sondage a été réalisé par Opinion Way, ce qui est une garantie de sérieux… : cet honorable (ou pas) institut est en effet suspecté d’être une boîte à sondages à la solde de l’Élysée, dont les recours fréquents aux travaux à caractère manipulatoire envers les masses populaires ont été dénoncés par la Cour des Comptes pour leur coût prohibitif…  ça fait rien, c’est bibi qui paie. Poursuivons.

“Face au terrible spectre du chômage, 73% des sondés se disent prêts à travailler plus.”

Vous avez remarqué l’habile utilisation de l’adjectif “terrible”, soigneusement placé devant la figure hautement fantomatique (qui donc doit inspirer la peur) du mot spectre ? C’est donc clairement établi : les français sont prêts, mûrs et à point pour laisser tomber leurs prérogatives honteuses de temps maximal hebdomadaire de travail et autres billevesées gauchistes à hauteur de 35 heures qui comme chacun le sait depuis Sarkozy sont responsables de tous les malheurs du monde. Si après ça vous n’avez pas compris, il va vous falloir au moins, tout comme à moi, un stage de plusieurs mois dans un camp de rééducation aux frais du Medef assorti de cours particuliers de Laurence Parisot. J’exagère ? La suite vous prouvera le contraire, tant elle vaut son pesant d’idéologie droitière poussée à son expression la plus délicatement aboutie :

À travers cette étude, le sociologue Ronan Chastellier ¹ perçoit «une attitude “survivaliste” du salarié, à qui il manque une dimension entrepreneuriale». Celle-ci lui permettrait en effet d’agir plutôt que de subir.

Tout est dit.  Il nous manquait effectivement al caution scientifique sans laquelle la démonstration serait apparue incomplète. Les salariés ont donc clairement vocation à tous créer leur entreprise personnelle, sans la moindre exception, qui ne saurait être socialement acceptable. Les autres sont des infirmes de la créativité, des rabougris du bulbe, des neurasthéniques en puissance qui méritent amplement le sort qui leur est réservé par le dieu du grand marché libre et non faussé… Au point de s’auto-transformer en marchandise économiquement exploitable à outrance.  Le licenciement est une punition divine, sorte de sida économique qui viendrait frapper l’inactif potentiel. (“Bien fait pour ta gueule, sale assisté !”).

Couronnement final de l’idéologie droitière dans toute sa splendeur, la fin de l’article est à encadrer dans son salon pour ne pas oublier que si l’on est au chômage un jour, il conviendra de culpabiliser et d’en rechercher la cause dans sa seule crasse passivité et son intolérable négligence :

Et si malgré tout cela les salariés perdaient leur job, à qui la faute selon eux? Ils évoquent en tête la mauvaise gestion des dirigeants (41%), l’avidité des actionnaires (32%), cet ennemi invisible qu’est la mondialisation (22%) ainsi que les clients (19%) qui auraient leur part de responsabilité à force de réduire les marges. Leur propre responsabilité n’arrive que loin derrière.(c’est moi qui ai surligné exprès)

Maintenant, vous savez pour qui est fait le Figaro… et où piocher quand vous ne savez pas quoi écrire. Une mine inépuisable, vous dis-je !

¹ sociologue autoproclamé dont une brève recherche dans un quelconque moteur de recherche vous renvoie davantage à un paysage commercial qu’à des études approfondies sur la vie quotidienne des ouvriers spécialisés de l’industrie automobile…


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