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Analogie du chalet et Amphithéâtre de Québec

Publié le 27 mars 2012 par Espritvagabond
Voici une autre analogie (1).
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Contexte
La démagogie est une faiblesse intellectuelle (2). J'affirme donc aux démagogues la chose suivante:
Je déteste le discours du gouvernement du Québec qui dit ne pas avoir d'argent (voir le discours du budget, l'argument principal de la "juste part" dans le dossier de la hausse des frais de scolarité, l'importance de la dette, etc) mais qui trouve facilement 200 millions pour financer un amphithéâtre à Québec, édifice qui sera entièrement géré par une entreprise privée.
Mais non, je ne suis pas contre la construction d'un amphithéâtre à Québec, je ne suis pas contre un retour éventuel des Nordiques (dont j'étais un fan à la belle époque), et je ne suis pas contre les entreprises privées, ni contre l'idée que ces entreprises fassent du profit, au contraire! Enfin, je ne suis même pas contre l'investissement public dans un tel projet (mais pas n'importe comment). Voici comment s'explique ma position, sous la forme d'une analogie, comme si j'avais à l'expliquer à un enfant de 10 ans.
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Analogie du chalet
Vous avez hérité, d'une arrière-grand-tante que vous n'avez jamais connue, d'une somme de 300 000 $. Vous décidez d'investir cette somme dans l'immobilier et achetez un chalet au bord de l'eau, au Lac des Huards.
Pour rentabiliser votre investissement, vous cherchez quelqu'un pour vous aider et venez me voir. Voici ce que je je vous propose: Nous signons une entente de 20 ans.
Dans le cadre de cette entente, je m'occuperai de tout: Je loue, organise des activités sportives, j'entretien, je fais de la publicité, bref, je prends tout en charge pour vous.
Annuellement, si je fais un profit en opérant votre chalet, je vous en verserai 20%.
Après 20 ans, je vous redonne les clefs et le chalet en bon état.
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Faites-vous une bonne affaire?
Ce qui est fascinant avec cette affaire, c'est que...
Oui... vous faites peut-être une bonne affaire...
Mais seulement si moi, j'en fais une très bonne. Car vos profits (20% de mon profit avant répartition) est un quart des miens (puisque je conserve 80% du profit d'opération).
Ainsi, si vous faites 200 000 $ sur les 20 ans, ce n'est pas une mauvaise affaire, sur un investissement initial de 300 000 $, j'imagine.
Mais dans ce cas, j'en aurai fait 800 000 $ sur la même période.
Rappel: Je n'ai pas mis un sou dans l'achat du chalet.
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Financement public et profits privés
Vous aurez compris de cette analogie que je parle ici de financement collectif (public) et de profits privés. Dans mon analogie, vous êtes le public, vous avez financé et payé le chalet à 100%. Moi, en l'opérant, j'engrange 80% des profits réalisés sur ses opérations.
Dans le cas de l'amphithéâtre de Québec, le financement est assuré à 100% par le public (Ville et Province de Québec) et l'entente avec Québécor prévoit que la compagnie privée de PKP empochera un % appréciable du profit d'opération... sans avoir mis un sou dans l'immeuble en question. Si jamais il s'avère que l'affaire est rentable pour la ville de Québec, tant mieux, mais ça voudra aussi dire que Québécor aura empoché plus encore que la ville, et sans mettre un dollar dans l'investissement initial.
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La stupidité des calculs sur les profits
Une dernière considération, qui s'applique également au Plan Nord actuel du gouvernement du Québec.
On parle de part de profits pour l'amphithéâtre, on parle de redevance sur les profits dans le cas du Plan Nord, c'est souvent la même option avec les PPP.
Sans vouloir tomber dans une explication technique, je veux au moins souligner que ces calculs avantagent définitivement celui qui "contrôle" le calcul des profits. Par exemple, dans mon analogie ci-haut, si je réalise un profit préliminaire de 12 000 $ la première année, je peux toujours décider que je verse à ma soeur 5 000$ d'honoraires de gestion pour son "aide" à exploiter votre chalet. Celle-ci payera évidemment de l'impôt sur son revenu, mais cette "transaction" fait baisser mon profit à 7 000 $. Je vous verse donc 1 400 $ (20%). Cette "transaction" avec ma soeur m'a fait économiser 1 000$ de "redevances" que je vous aurais autrement versé.
[Si je veux être plus agressif, je demande même à ma soeur de me redonner "entre nous" le 5 000$ et je paye ses impôts sur le 5 000 $ donc elle n'est pas incommodé par la transaction, autrement parfaitement légale].
Toutes les minières du Plan Nord ont des compagnies "soeurs", dont plusieurs sont à l'étranger (donc à l'abri de l'impôt du Canada et du Québec, en plus) et Québécor en a aussi. Je ne dis pas que PKP userait d'une telle manoeuvre - qu'il est facile de mettre en place et même de justifier légalement (ma soeur m'aurait préparé une facture, elle aurait été présente quelques jours au chalet pour prouver qu'elle me rend service). Je souligne simplement la stupidité de baser des systèmes de redevances sur les profits et non sur les revenus (ou sur la quantité de minerai dans le cas des minières; puisque c'est la ressources qu'elles vont vendre).
Un exemple facile à comprendre pour illustrer ce propos: Quand j'étais gérant de salles de cinéma, nous payions toujours les redevances aux distributeurs de films en % des billets vendus, et non de nos profits; on nous aurait offert de payer des % de nos profits que nous aurions été morts de rire.
Malheureusement, les pouvoirs publics sont "conseillés" par leurs "experts", des firmes privées - quand ce ne sont pas carrément des gens de l'industrie avec laquelle ils négocient les ententes (c'est le cas des minières et gazière, par exemple).
Portant, si vous mettez deux entreprises privées qui négocient une répartition de redevances, aucune ne voudra accepter de recevoir une redevance sur les profits, à moins d'être dirigée par un imbécile.
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(1) Je ne sais pas si c'est parce que j'ai récemment reçu un commentaire de Megan sur ce blogue, mais l'envie d'expliquer mes positions à certaines personnes comme je le ferais à une enfant de 3 ans m'est apparue fort intéressante, soudainement. Ce billet est donc dans la lignée de celui sur le Plan Nord et celui sur le budget de l'État.
(2) Je souligne la différence entre expliquer son désaccord avec les positions du gouvernement et chialer pour rien, tare dont plusieurs démagogues accusent ces temps-ci toute personne qui semble en désaccord avec certaines projets; Plan Nord, gaz de schiste, etc.
(J'ai lu plusieurs commentaires - dans les journaux et sur les réseaux sociaux - déplorant que les Québécois (ou les gens en général) chialent tout le temps, sont négatifs, ne veulent rien payer, veulent tout gratuitement, etc. Que quand on se compare (aux pires) aux États-Unis, on devrait être content de ce qu'on a au lieu de chialer. Je déteste ce genre de commentaire pour deux raisons. La première me semble évidente: si se comparer aux États-Unis nous permet de voir à quel point nous sommes mieux placés, alors il semble évident que nous devrions nous battre pour garder ce que l'on a et non accepter les politiques qui vont dans la direction prise par les américains. Ceci est vrai en éducation (débat actuel) ou en santé (débat sur la contribution santé), par exemple. La seconde raison c'est que la plupart de ces commentaires veulent faire croire que les gens qui s'opposent à certaines politiques sont des chialeux. Désolé, mais je maintiens que j'ai le droit d'être en désaccord avec certaines politiques, et le droit d'exprimer ce désaccord, sans passer pour un chialeux qui est contre tout et qui veut tout gratuit).

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