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L'imaginaire de l'espace des indiens huichols

Publié le 29 mars 2012 par Regardeloigne

 

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Le pèlerinage est un voyage initiatique : ceux qui ont atteint le degré d'initiation requis auront accès à la révélation. Les « élus » et les chamans ont alors des visions décisives pour leur propre avenir et celui de la communauté. Mais cette initiation est toujours longue, car c'est peu à peu, à chaque pèlerinage, que les dieux et le héros culturel Kauyumâri révèlent aux Huichol les secrets de la tradition et de l'art chamanique. Tout grand chaman a, plusieurs fois durant sa vie, accompli le pèlerinage à la Terre du peyotl, qui consacre ses pouvoirs et semble aussi consolider le prestige de quelques familles .

La route parcourue par les chercheurs du jikuri est jalonnée d'un grand nombre de lieux sacrés, montagnes, collines, sources, rochers et étangs, où les Indiens voient les empreintes d'événements mythiques. Tout en vivant à des centaines de kilomètres de là, ils semblent connaître ces régions mieux que les Mexicains qui y habitent. Leur mémoire remontent aux époques lointaines où la terre était peuplée par les Hommes-Serpents, les Hommes-Coyotes, les Hommes-Loups. Le pèlerinage commémoratif et la réévocation annuelle des récits mythologiques alimentent la vitalité de la tradition, qui peut ainsi se perpétuer. Le long du parcours, les Huichol accomplissent les rituels fixés par Marra Kwarrï, « réactualisant » ainsi les événements mythiques. Arrivés dans un endroit déterminé, ils nettoient leur corps avec les plumes du perroquet vert, qu'ils laissent ensuite sur un arbuste; dans un autre, ils présentent des offrandes à un dieu qui règne sur les agaves, d'où sont extraites les boissons alcoolisées, pour qu'il les préserve de l'ivresse dangereuse.

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« Le paysage est pour eux comme un immense livre où tout est resté intact : à Kwishu Huénie, « Chaise cérémonielle du faucon », ils reconnaissent l'empreinte d'un faucon descendu du ciel pur conseiller Marra Kwarri. A Urû Mutiû, « Lieu des Flèches », les Indiens voient dans les pierres éparpillées sur le sol un bouquet de flèches oubliées là par un Ancêtre distrait, au temps des premières expéditions au peyotl.

Tatéy Matiniéri, « Notre-Mère-qui-existe », est un ensemble d'étangs et de sources disséminés sur une vaste surface marécageuse, que les Huichol atteignent en général après une dizaine de jours de marche 3. H se trouve à quelques heures de marche de la petite ville de Salinas, dans l'État de San Luis Potosi. Tatéy Matiniéri, lieu d'une haute importance religieuse, est, selon les Indiens, « le nombril des eaux, le nombril des mers », le point central des « eaux du monde ».

MARINO BENZI. LES DERNIERS ADORATEURS DU PEYOTL.GALLIMARD

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Les rites ont définitivement consacré la nouvelle personnalité des peyoteros qui sont à présent identifiés aux êtres mythiques qu'ils incarnent.

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Pour arriver à Wirikota, lieu où ils vont cueillir le peyotl, ils devront, selon la tradition, franchir « Cinq Portes » mystiques, qui sont gardées par une divinité-cerf et qui, bien que n'existant pas dans la réalité, sont visibles aux yeux des chamans. Il faut, d'après ceux-ci demander chaque fois la permission à l'exigeant gardien, veiller à ce que tous les pèlerins aient franchi ce seuil dangereux avant de refermer, avec les plumes des muwiéri, la « Porte » derrière eux. .montages, collines, sources grottes jusqu'à la montagne du soleil forment un immense sanctuaire aux limites géographiques imprécises. Au-delà de la première porte « Porte des nuages », le regard des pèlerins sera exposé à la vision constante d'un horizon hautement sacré, hanté par la présence des dieux et des esprits

Le paysage remémore constamment à leur esprit des faits mythiques; souvent il leur rappelle les erreurs commises par les ancêtres lors des premières expéditions à la Terre du peyotl, surtout celle de Marra Kwarri. Près des villages mexicains de Troncoso et de Salitral Potosi, les pèlerins peuvent contempler les monts où se réfugièrent les compagnons de Marra Kwarri après l'avoir vainement attendu; « Queue-de-Cerf » était en effet parti vers la mer de l'Ouest pour chercher les offrandes exigées par les dieux. Ce funeste voyage fut à l'origine de la mort de sa femme bien-aimée et coûta aux générations futures le privilège de l'immortalité. Dès lors ces montagnes reçurent le nom des deux compagnons de Marra Kwarri, «Ancêtre-Colibri» et « Ancêtre-Épervier ». Ainsi, en approchant des sources et des étangs de Tatéy Matiniéri, les pèlerins ont-ils peut-être présentes à l'esprit les fautes de Marra Kwarri.MARINO BENZI. LES DERNIERS ADORATEURS DU PEYOTL.GALLIMARD

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Après une dizaine de jours, les Indiens arrivent aux étangs et aux sources de Tatéy Matiniéri, où pour eux, de nombreux êtres surnaturels manifestent leur présence. C'est là qu'ont lieu des ablutions rituelles et qu'un prêtre-chaman « soigne » les pèlerins pour les libérer de toutes les impuretés du voyage et les préparer à l'arrivée dans la terre des cactus.

Agua Hedionda à quelques heures de la ville de Salinas dans l'État de San Luis Potosi, est un tout petit hameau ou habitent quelques familles de métis on y rencontre quelques bergers suivent de maigres troupeaux. Ceux ci sont loin d'imaginer que leurs pauvres habitations se trouvent dans l'un des « centres » les plus prestigieux de l'univers indien et que les terrains marécageux qui constituent leur monotone horizon furent les témoins d'événements primordiaux. Pour l'observateur, la contrée est dépourvue de tout charme : rien n'est en apparence plus banal que cette terre marécageuse et ingrate, parsemée d'étangs et de points d'eau, dont la végétation se réduit à quelques bouquets d'arbustes et quelques plantes épineuses.

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C'est pourtant le haut lieu de la tradition huichole auquel ils donnent le nom de Tatéy Matiniéri, « Notre Mère qui existe», situé, pourtant selon leurs croyances, au centre des mers, il est «le nombril des eaux du monde ». Le mythe transfigure ainsi le paysage : Tatéy Matiniéri est pour les Huichol une terre merveilleuse, un immense temple avec ses oratoires. En ces lieux, les dieux et les déesses se réunirent souvent pour évoquer la destinée du monde; c'est ici qu'ils décidèrent comment donner une forme stable et définitive à leur création, comment diviser les eaux et répartir les nuages dans le ciel, comment organiser la vie sur la terre. Lors de leur dernière «réunion», les dieux annoncèrent à Marra Kwarri la venue d'un grand chaman, Tâta Cristo, ( !!)qui devait apporter des rites religieux nouveaux et de nouvelles formes de gouvernement. . Les dieux de la saison sèche et les divinités de la saison humide vivent ici côte à côte dans une profonde entente. Ainsi, dans cette terre, symbole de la vie et de la fertilité, se trouvent réconciliés les éléments opposés.

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Les pèlerins préparent les offrandes qu'ils déposeront dans l'eau des étangs et des sources, près du rivage : chandelles ornées de fleurs et de rubans en papier, flèches votives, bols décorés de perles et de morceaux de papiers de couleur, petits tableaux ornés de figurines en laine et en cire. Chaque dieu reçoit ses « dons », chaque étang, chaque source s'orne peu à peu des vivants symboles de la prière. Le chef de l'expédition verse sur la tête de chaque pèlerin quelques gouttes d'eau bénite, en se servant d'une fleur jaune qu'il trempe dans un bol rituel; plus tard, les chamans passent et leur effleurent la tête avec les offrandes et les bâtons sacrés . Pour un mara'akâme, nul endroit n'est plus propice, pour exercer ses pouvoirs de chaman et de guérisseur, que ce haut lieu de la tradition. Le rite est célébré sur les bords d'un étang à l'eau claire, où les Indiens se sont rassemblés après les multiples dévotions qui les ont plongés dans une sorte d'excitation et de ferveur religieuses. C'est l'état d'âme idéal pour la thérapeutique du chaman. Tous, en diverses occasions, ont déjà été soignés et guéris par lui; tous ont donc déjà fait l'expérience de ses dons exceptionnels et ils s'abandonnent à ses soins avec une absolue confiance.

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« Le pouvoir du chaman réside dans sa connaissance des techniques traditionnelles et dans la force que les dieux confèrent à ses actes.

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Conscient de ses pouvoirs, il est stimulé dans son action par la foi et la soumission des pèlerins. Son visage et celui du patient traduisent une profonde tension intérieure, une grande concentration. Ses gestes sont brefs, précis; tenant dans sa main droite les sceptres de plumes, il se sert de sa main gauche pour imposer à la tête du pèlerin les mouvements voulus. Le contact physique renforce la participation émotive du patient : le fluide passe du guérisseur au malade et réciproquement. Le mara'akâme ne parle pas, mais touche celui qu'il soigne, effleure sa tête, son corps de ses plumes, souffle sur son visage; ses mouvements sont toujours rapides, sûrs, vigoureux. Il utilise abondamment l'eau sacrée de l'étang dont il emplit sa bouche pour la faire ensuite jaillir de ses lèvres, d'un jet parfois violent, parfois doux, sur le front et le visage du patient.

Ce qui frappe, c'est la sûreté de ses gestes, la parfaite maîtrise avec laquelle il manie les sceptres chamaniques imprégnés de la puissance du lieu, et l'expression du visage des Huichol qui reflète l'abandon le plus total.

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Le vieux chaman soigne un à un les pèlerins en répétant les mêmes gestes rituels, sans qu'à aucun moment ils paraissent mécaniques. Chaque fois, il semble engager une nouvelle lutte contre les obscures forces du mal, avec une conviction passionnée et une vigueur renouvelée. Il vit intensément son rôle, conscient de ses pouvoirs et de ses responsabilités. Les pèlerins ont besoin d'être rassurés : le mara'akâme est là pour dissiper les inquiétudes qui se sont accumulées au cours du voyage. Il doit protéger le groupe confié à ses soins, apaiser les anxiétés et les craintes, purifier les corps et soulager les esprits, rendre les Indiens aptes à accomplir leur mission. Tant que les gens croient en lui, la thérapeutique du chaman donne d'excellents résultats; les maladies des pèlerins sont essentiellement de nature psychique. Une fois les soins terminés, ils sont tous sereins et gais ». MARINO BENZI. LES DERNIERS ADORATEURS DU PEYOTL.GALLIMARD.

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Dans les récits mythologiques, le Terre du peyotl est la « Terre blanche », la « Terre fleurie », l'Orient lumineux où se sacrifia jadis l'Enfant-Soleil et où naquirent les premiers cactus, des cornes du cerf divin, le Frère-Aîné Paritzika.

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La montagne Lehûnar, témoin du sacrifice primordial, est le centre mystique de la Terre du jikuri, le lieu par excellence du culte solaire. Pour accéder à l'autel suprême où fut consommé le sacrifice, les pèlerins doivent gravir les « marches » de cet immense temple naturel, que la tradition décrit comme une sorte de grande pyramide. C'est un horizon de massifs et de collines dénudées, royaume totalement minéral ; nulle trace d'existence humaine n'est visible; quelques touffes d'herbe, quelques arbustes et cactus du désert agrippés aux dunes de pierre, aux flancs calcinés des montagnes.

Dans l'esprit des pèlerins, le paysage est le reflet de l'ancien drame cosmique, qui déchaîna la violence destructrice des éléments : explosions terrifiantes, incendies, vent brûlant qui assécha les cours d'eau accompagnèrent l'agonie de l'Enfant-Soleil et changèrent à jamais le visage de la région. Dès lors, les torrents se sont taris, les arbres n'ont jamais plus poussé. C'est peut-être à ces lointains événements que pensent les Huichol tandis qu'ils cheminent en silence vers la montagne du Soleil. Le paysage est d'une désolation impressionnante : les collines et les montagnes, d'une aridité absolue, ressemblent à d'énormes dunes pétrifiées. A deux heures de marche à peine de l'ancien village minier de Real de Catorce,au milieu de ce paysage sauvage et inhospitalier, surgit le cône de la Montagne du Soleil, que les Mexicains appellent Cerro Quemado, Mont Brûlé.

 

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D'un petit promontoire situé au pied de Lehûnar, le regard embrasse l'aride étendue de montagnes et de collines qui se perd au loin, là où commence la vallée de Wirikôta. Les pèlerins saluent l'apparition de la Terre divine : l'un à côté de l'autre, tournés vers Wirikôta, ils remercient le Soleil, le Feu et le Frère-Aîné Kauyumâri d'avoir guidé leurs pas, de leur avoir permis de contempler une nouvelle fois la terre où fleurit la Plante de la vie.ce qui s'offre au regard n'est pourtant qu'une une steppe monotone, sans arbres et sans ombres; le royaume des plantes épineuses qui, grâce à leur obstination, ont réussi à prendre possession du désert et à atténuer par leur présence la désolation du paysage. Mais cette contrée aride apparaît aux yeux des chamans comme un jardin de fleurs, une étendue de champs de maïs, comme de riches pâturages où paissent des cerfs aux grandes cornes. L'identification mystique du peyotl au maïs et au cerf permet en effet d'expliquer ces visions que seuls les «initiés » peuvent avoir dans la terre où pousse la plante divine.

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 Le vieux Tûri Témai montre aux peyoteros, émus et attentifs, les lieux sacralisés par les événements primordiaux. Il les initie à la complexe géographie des signes et des symboles dont le paysage est l'immense livre et que les grands chamans sont seuls à pouvoir déchiffrer. Après avoir préparé les offrandes destinées au Soleil, les Huichol gravissent en file la montagne. Le petit Marra Témai, la jeune femme 'Utziâma et les autres novices demeurent en bas, car il n'est pas permis aux non-initiés de voir l'autel où se sacrifia jadis le Soleil. Bien que cet événement ait, selon la tradition, bouleversé la région et le monde, seules la foi des pèlerins et la parfaite connaissance des chamans peuvent leur permettre d'identifier l'endroit où s'immola l'Enfant divin. L'« autel » n'est en réalité qu'une cavité circulaire parsemée de quelques plantes épineuses. Ce lieu, en apparence insignifiant, exerce sur les pèlerins une intense fascination. Une fois accompli le tour cérémoniel de droite à gauche, les Indiens se mettent en position de repos pour orner et décorer les objets votifs. De nouveau, les deux chamans effleurent la tête des pèlerins avec les bâtons 'ITZU, ainsi que les offrandes qui seront ensuite déposées et laissées au centre de la cavité sacrée.
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Le grand chef religieux et civil Tùri Témai présente au Soleil les bâtons 'ITZU : les nouvelles autorités les porteront comme symbole de leur pouvoir quand elles seront élues au retour des peyoteros. Il supplie Tau d'éclairer leur choix et de consacrer les 'itzû dans leurs futures fonctions, car c'est lui, le « Seigneur Resplendissant », qui institua jadis le premier « Gouvernement ». Avant d'élire leurs guides civils, les Indiens de la communauté de San Andrés, qui est sous la protection du Soleil, attendront un signe manifeste de sa volonté, respectant ainsi l'ordre voulu et créé par lui. »
MARINO BENZI. LES DERNIERS ADORATEURS DU PEYOTL.GALLIMARD

Après avoir gravi la montagne sacrée Lehùnar et déposé des offrandes dans le «cratère» où jadis l'Enfant-Soleil se sacrifia dans le bûcher urificatoire pour donner sa lumière au monde, les Huichol descendent en file par les étroits sentiers qui serpentent au flanc de montagnes désolées. Arrivés dans la plaine de Wirikôta, lieu où ils vont récolter le peyotl, les Indiens allument le feu et passent la nuit à prier et à célébrer leurs rites. Pour entrer dans ce lieu privilégié où, selon la tradition, les cactus « sont plus magiques que nulle part ailleurs », les chamans demandent au dieu cerf Huakùri la permission de franchir la dernière « Porte » mystique, visible aux seuls élus. Les cérémonies, les prières et les privations ont purifié les pèlerins; ils peuvent à présent pénétrer dans le sanctuaire de Wirikôta. Ce lieu, célébré dans les mythes et évoqué dans les chants chamaniques, suscite en eux des échos profonds et immédiats. Tout prédispose les pèlerins à percevoir, dans cette terre chargée de puissance et de magie, le merveilleux et le sublime : les récits des chamans, les apparitions que des Indiens racontent avoir eues, le souvenir des événements mythiques dont elle fut le théâtre et qui chaque année est ravivé par le pèlerinage.

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C'est après le lever du soleil au-dessus des montagnes et des collines qui entourent Wirikôta, que les commencent la longue recherche du peyotl . la plus magique des plantes du désert est en fait une des plus humbles et se confond avec le sol rocailleux et la végétation hostile, presque invisible aux yeux profanes. Le premier cactus, dans la vision du chaman,chef de l'expédition apparait pourtant sous la forme d'un grand cerf vers lequel il pointe sa flèche, la flèche de Tatewari.;Les pèlerins avancent en silence dans sa direction . Arrivés au lieu signalé par leur guide, ils forment un demi-cercle. Le Cerf-Peyotl alors s'évanouit, laissant sur le sol son empreinte,le cactus , le précieux «jikuri ». Sur cet «autel» où s'est accompli le sacrifice symbolique du cerf-peyotl, les chamans célèbrent un ensemble de rites destinés à rendre les dieux favorables; Prières et invocations sont adressées aux dieux des Cinq Régions du Monde et à la divinité qui habite la plante. Ils purifient avec leurs plumes le corps et le visage des pèlerins, leurs habits, leurs instruments musicaux et leurs offrandes. Puis, les deux cactus sont déracinés, coupés en tranches et offerts en communion aux pèlerins. : « Vous qui êtes venus chercher la vie Voilà la vie ! C'est là votre vie».
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Les Indiens, surtout les novices, éprouvent toujours une certaine appréhension face à ce premier contact avec cette substance hautement sacrée et dangereuse; mais les chamans sont là pour les rassurer et les conseiller» Ceux qui communiquent avec la plante sans avoir atteint l'état d'initiation et de pureté requis, s'exposent à la colère des dieux qui peuvent les punir par la maladie, la famine, la folie, la mort.

« Dispersés sur une vaste étendue, les Huichol poursuivent, pendant de longues heures, leur quête. La nuit, dans le grand silence, dans la solitude glacée du désert, les pèlerins se retrouvent autour du feu du campement pour célébrer le rite ancien et mystérieux de la communion avec le «jikuri»; ils ont alors les visions déterminantes pour leur vie sociale et religieuse. Au cœur de la nuit, le héros culturel Kauyumàri apparaît aux pèlerins sous forme d'un cerf bleu et leur offre des chants magiques qui révèlent aux chamans et aux « élus » les mystères de la création et l'origine divine de la tradition. Les Huichol peuvent alors comprendre la signification profonde de l'identité du peyotl avec le cerf et le maïs, la miraculeuse participation du «jikuri» à la nature du cerf. Ils peuvent comprendre pourquoi la brume surgit du peyotl et retombe en pluie féconde, ils peuvent voir les dieux qui, sous forme de tourbillons, passent par la plaine de Wirikôta parmi les guirlandes de «jikuri» en fleurs. L'univers s'anime, des montagnes, des collines et des sources sacrées monte le chœur des voix divines. Les paroles de ces chants, que personne n'avait jusque-là entendus, sont parfois obscures pour les Indiens eux-mêmes. Mais il suffit de les répéter pour que se manifeste leur miraculeux pouvoir : attirer la pluie, assurer la fécondité de la terre » M.B. OP.CITE.

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Les chants de Wirikôta et les récits de visions évoquent des guirlandes de fleurs lumineuses qui traversent l'obscurité, tandis que les collines et les montagnes retentissent des chœurs des voix divines. Les initiés voient des cactus et des épis de maïs aux cinq couleurs, des cerfs aux cornes fleuries, des divinités qui sont d'abord des points lumineux et qui, en s'approchant, deviennent des cristaux de roche à l'apparence humaine et dont l'éclat est presque insoutenable. Les Indiens disent reconnaître chaque divinité à ses sceptres chamaniques, ses objets magiques et ses attributs. Dans les visions des Huichol apparaissent, réguliers et obsédants, les symboles de la fertilité et de l'abondance : la « trinité » nourricière cerf-peyotl-maïs, l'humidité féconde, la pluie aux cinq couleurs, les épis jaunes et épanouis.
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Quand le divin se manifeste, il suscite chez le croyant une intense émotion religieuse, qui se traduit par une gamme complexe de sentiments; exaltation, fascination, mais aussi crainte et frayeur sont les attitudes des Huichol face aux manifestations du sacré. Les Indiens redoutent la colère divine, car chaque péché oublié, chaque transgression, même involontaire, peuvent être punis. Cela explique l'anxiété qui accompagne les différentes phases de l'ivresse et la peur quand, dans les visions, font irruption des serpents, des monstres terrifiants et d'autres présences menaçantes.

 

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Où les Rosés naissent

Où les Rosés s'épanouissent

Guirlandes de Fleurs, Tourbillons de Vent

Wirikôta.

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Là, au pied de Lehùnar

Respirent les Fleurs

Souffle divin, Rosée.

Du cœur du Jikuri monte la brume

Cerf-Bleu monte

La Pluie tombe

Cerf-Bleu descend.

Le Maïs germe, la Fleur s'épanouit

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Et chante la Fleur : Je suis le Cerf Et chante le Cerf : Je suis la Fleur.

A Wirikôta on entend le chant

Chantent Nos-Pères, Nos-Mères

Les Montagnes, les Collines chantent

Et chantent les Fleurs.

Là seulement, à Wirikôta, on entend le chant de la vie

La voix de la vie

Seulement là à Wirikôta

Seulement là on l'entend.

 

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Les pèlerins vont consacrer trois jours à remplir leurs hottes, car la provision doit être suffisante pour toute une année. Pendant le long voyage du retour, ils consomment du peyotl qui les aide à surmonter les fatigues et les privations. Mais ils ne pourront entrer dans leur territoire qu'après avoir tué un certain nombre de cerfs, selon le désir des dieux qui sont apparus en rêve aux prêtres-chamans de l'expédition pour exprimer leur volonté. Lorsque enfin ils entreront dans lse temples, après avoir accompli jusqu'au bout leur mission divine, ils seront accueillis comme des héros par ceux qui sont restés et qui leur adresseront leurs remerciements émus et chaleureux. Car les pèlerins ont apporté à leur communauté la Plante de la Vie et avec elle l'assurance de moissons abondantes et la bénédiction des Grandes Puissances qui gouvernent le monde.

Nul n'a peut être parmi les occidentaux mieux compris le sens profond du rite indien qu'Antonin Artaud, dans un texte sur les TARAHUMARAS , autre peuple indien du Mexique adepte de l'hallucinogène. Il y célèbre la puissance mais aussi les dangers à réveiller ainsi l'imaginaire humain. On comprend à le lire pourquoi chez les indiens, l'usage de la drogue n'existe qu'au sein d'un long processus de préparation, inséré dans une quête initiatrice et intégré 0 une toute une culture mythique ancestrale. (Acculturée, cette recherche des visions les fait, par contre, sombrer facilement dans l'alcoolisme comme tous les peuples à tradition chamanique.)

   

« Cela m'a inspiré sur l'action psychique du Peyotl un certain nombre de réflexion.

Le Peyotl ramène le moi à ses sources vraies. — Sorti d'un état de vision pareille on ne peut plus comme avant confondre le mensonge avec la vérité. — On a vu d'où l'on vient et qui l'on est, et on ne doute plus de ce que l'on est. — il n'est plus d'émotion ni d'influence extérieure qui puisse vous en détourner.

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Et toute la série des lubriques phantasmes projetés par l'inconscient ne peuvent plus brimer le souffle vrai de L'HOMME, pour cette bonne raison que le Peyotl c'est L'HOMME non pas né, mais INNÉ, et qu'avec lui la conscience atavique et personnelle entière est alertée et étayée. — Elle sait ce qui est bon pour elle et ce qui ne lui vaut rien : et donc les pensées et les sentiments qu'elle peut accueillir sans danger et avec profit, et ceux qui sont néfastes pour l'exercice de sa liberté. — Elle sait surtout jusqu'où va son être, et jusqu'où il n'est pas encore allé OU N'A PAS LE DROIT D'ALLER SANS SOMBRER DANS L'IRRÉALITÉ, L'ILLUSOIRE, LE NON-FAIT, LE NON-PRÉPARÉ.

Prendre ses rêves pour des réalités voilà ce dans quoi le Peyotl ne vous laissera jamais sombrer. Ou confondre des perceptions empruntées aux bas-fonds fuyants, incultes, pas encore mûrs, pas encore levés de l'inconscient hallucinatoire avec les images, les émotions du vrai. — Car il y a dans la conscience le Merveilleux avec lequel outrepasser les choses. Et le Peyotl nous dit où il est et à la suite de quelles concrétions insolites d'un souffle ataviquement refoulé et obturé le Fantastique peut se former et renouveler dans la conscience ses phosphorescences, son poudroiement. Et ce Fantastique est de qualité noble, son désordre n'est qu'apparent, il obéit en réalité à un ordre qui s'élabore dans un mystère, et sur un plan où la conscience normale n'atteint pas mais où Ciguri nous permet d'atteindre, et qui est le mystère même de toute poésie. — Mais il y a dans l'être humain un autre plan, celui-là obscur, informe, où la conscience n'est pas entrée, mais qui l'entoure comme d'un prolongement inéclairci ou d une menace suivant les cas. Et qui dégage lui aussi des sensations aventureuses, des perceptions. Ce sont les phantasmes éhontés qui affectent la conscience malade. »

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