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Internet n’existe pas

Publié le 02 avril 2012 par Jujusete

Du moins, Internet, tel que vous le concevez, n’existe pas. Le terme s’en approchant le plus est probablement « Minitel », en réalité. Ce vénérable et antique réseau était conçu pour donner l’accès à tous à des services (comme les pages jaunes, pour éviter l’exemple du Minitel rose). Et il faut reconnaître que beaucoup de gens utilisent Internet de cette façon : un moyen de se connecter à des services en ligne (réseaux sociaux, courrier électronique, météo…). Mais considérer qu’il s’agit là d’Internet est aussi incorrect que dire que ce qui existe au-delà de sa porte d’entrée est seulement un chemin vers son lieu de travail. Internet, ce n’est pas ça.

internet, cats

Reprenons les bases

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Internet. Inter (« entre ») et network (« réseau »). Internet est un réseau de réseaux : le protocole IP existait avant Internet, et était utilisé dans certains réseaux privés, reliant un nombre définis de machines (par exemple, des réseaux universitaires). Mais, même si ces réseaux partageaient, pour certains, les protocoles qui régissent aujourd’hui Internet, ils n’étaient pas Internet, mais seulement des networks.

La différence, vous l’aurez compris, est dans le inter : Internet relie tout le monde, et est ouvert. Le terme de « web » prend toute son ampleur ici : en observant une toile d’araignée, on peut s’imaginer être un des croisements, et chercher à en joindre un autre. Si on fait un trou dans la toile, on peut toujours rejoindre l’autre, d’une autre façon. Même si on taille sauvagement dans le tas, on perdra peut-être le contact avec l’autre point (si la toile est coupée en deux), mais on aura quand même accès à tous les autres points de notre bout de la toile. C’est pourquoi on dit d’Internet qu’il a été conçu pour résister aux attaques nucléaires : on peut en casser un (gros) morceau, Internet existe toujours, et continue à fonctionner, car il n’a pas de « centre ». Seulement, et il s’agit là d’une subtilité sémantique, le web n’est pas Internet.

Le web est une application d’Internet, conçu pour diffuser des documents hypertextes. Le web, c’est ce que vous voyez en allumant votre navigateur. De la même façon que, lorsque vous lancez votre client de courrier électronique (si vous avez le bon goût de ne pas utiliser de webmail, vous utilisez les protocoles qui définissent l’e-mail, qui est également une application d’Internet. Bien que ces applications soient aujourd’hui vaguement définies, elles ne sont pas figées : il peut naître demain une application nouvelle, dédiée par exemple au commerce en ligne (qui s’appuie aujourd’hui sur le web), elle pourra être implémentée sans aucune modification du réseau : elle nécessitera le développement d’applications serveurs et clients, mais sera directement utilisable sur le réseau. On appelle ça « l’intelligence en bordure de réseau » : le réseau en lui-même est fonctionnel et solide, mais il est en soi très bête, il ne sait rien faire, car c’est une tâche qui incombe aux « nœuds » du réseau. Et chaque utilisateur du réseau, qu’il soit un machinbox prêté par son fournisseur d’accès à Internet, ou bien un serveur bien au chaud dans une salle blanche, a la responsabilité des applications d’Internet. C’est pour cela que la formulation « se connecter à Internet » est, en réalité, fausse.

On ne se connecte pas à une grosse boîte appelée Internet, mais, dès lors que l’on est sur le réseau, on devient un point d’Internet, parmi beaucoup d’autres. Car on dispose d’une adresse IP, qui est alors joignable par toutes les autres sur Internet, et, théoriquement, on peut héberger soi-même un serveur, et, pourquoi pas, publier un blog depuis son propre ordinateur. Pourquoi théoriquement ? Parce que malheureusement, tout n’est pas rose chez les acteurs du net. Vous avez récemment pu lire ici un avertissement sur les danger qui menacent Internet, comme l’ACTA qui fait parler de lui en ce moment. Ce qui est menacé, c’est la neutralité du net, valeur qui garantit justement cette possibilité que tout point de l’Internet puisse être un serveur s’il le souhaite, sans que son fournisseur puisse y dire quoi que ce soit.

Prenons l’exemple des accès mobiles, qui sont tout sauf de l’Internet. Je vous mets au défi de parvenir à héberger un serveur sur un tel accès (par exemple, via une clé 3G) accessible depuis n’importe où sur Internet. C’est tout bonnement impossible, car les opérateurs mobiles ne fournissent pas d’adresse IP publique. Au lieu de ça, ils utilisent une technique qui relie 2 réseaux : des routeurs font le lien avec un tas de terminaux (smartphones, clés 3G…) et l’Internet. Mais sans distribuer d’adresses IP publiques aux terminaux : seul le routeur est effectivement sur Internet, et celui-ci « transmet » les messages. Il est donc impossible de « parler » directement, à un terminal particulier connecté en 3G via ce routeur.

Comment réagir ?

Il existe un large panel de gens luttant pour préserver un Internet neutre et ouvert. Tout d’abord, La Quadrature du Net milite activement contre toutes ces attaques, et il est important de les soutenir. Sur un autre plan, il faut savoir qu’il existe des fournisseurs d’accès associatifs, peu connus, et garantissant un Internet libre. Y participer et y souscrire un abonnement est un acte non seulement militant, mais qui permet aussi de s’affranchir de gros fournisseurs commerciaux pour qui la neutralité du net peut être plus gênante qu’autre chose (par exemple, le FAI Orange possède un site de diffusion commerciale de musique, et aurait tout intérêt à ce que ses clients n’aillent pas écouter leur musique ailleurs. Vous voyez ce que je veux dire ?). Ce genre de FAI se crée peu à peu à échelle locale, et, s’il n’en existe pas dans votre ville, pourquoi ne pas en créer ?

Crédits photo : Icanhascheezburger.com, CC-by Laura Bassett

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Merci à Gordon de s'être prêté au jeu du blogueur invité pour nous expliquer un peu mieux comment fonctionne Internet !

Gordon est un super-héros hacktiviste, qui code le jour, et, heu… code aussi la nuit, mais avec un masque. Blogueur, il a récemment fondé un FAI associatif, NDN, et participé à la création du premier hackerspace de la Côte d’Azur (le Nicelab).


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