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Mon ami de demain (extrait)

Par Deathpoe

Je me suis simplement dit que je parlerai au premier des deux qui me répondrait. Ce n’était pourtant pas compliqué, mais j’avais hésité avant d’envoyer ce simple message Comment vas-tu?. Tellement banal, anodin, vide de sens et pourtant important. Ça signifiait tout et rien: je pense à toi; est-ce que tu penses à moi? ; je pourrait être nous. Enfin bref, ça ne nous concerne pas et toujours est-il que je ne me souvenais plus des six premiers chiffres: 06-91-51-xx-xx? C’est le premier numéro auquel j’ai jeté mon espoir. Et puis, iMessage ne me disant pas que le texto a été distribué, j’ai douté: et si je m’étais gouré de chiffres? Alors j’ai tenté l’inverse: Comment vas-tu? 06-51-91-xx-xx voir si iMessage tout ça tout ça.
J’ai laissé l’iPhone sur le canapé et je suis allé à la fenêtre. Le studio d’étudiant que je louais depuis déjà deux mois donnait plein vue sur le centre ville. J’ai allumé une clope en attendant un passant, un combat de clochards ou des flics passer. Qu’importe. juste quelque chose qui démente l’endormissement de Metz à cette heure. Je tendais l’oreille pour percevoir ou non le vibreur du portable. Que dalle. J’avais l’impression que cette attente pouvait durer des heures. J’ai pris ma veste sur le porte-manteau de l’entrée, y ai cherché mon paquet de Gitanes brunes avec filtres. A la place j’ai déniché une tablettes de Klipal, que j’ai avalée avec un fond de vodka. Certainement, je me la jouais trop jeune-trou-du-cul à la manque, mais qu’est-ce que ça pouvait foutre? J’ai trouvé le paquet bleu, ai craqué une allumette et suis retourné à la fenêtre. A Metz, je pouvais être L’Etranger. Mes yeux se perdaient au-dessus de la cathédrale, où la Lune montrait sa tronche à moitié. Aboiements de chiens et cris de soulards. Je me suis contenté de sourire. J’ai écrasé ma brune sur le bord de la fenêtre, ai remis le vinyle des Doors au début: break on through to the other side, yeah
Peut-être aussi que j’étais au bout du rouleau et que parler avec quelqu’un m’aurait sûrement aidé. Bon. j’ai attendu, mis le portable dans ma poche pour être sûr de ne pas rater une éventuelle réponse. J’avais mal au dos, pour ne pas changer. J’ai avalé d’autres bonbons et allumé la télé sans le son. Sur toutes les chaînes des personnages jouant et feignant la réalité. Et je n’étais pas mieux à essayer de recontacter une fille que j’avais perdue de vue. Certainement il y a quelques années on savait où retrouver une personne avec qui les liens avait été rompus par le temps: son bar préféré, son banc fétiche voire son boulot. Maintenant tout ce qu’il nous restait, après avoir effacé tous les sms, les mails, les messages Facebook et supprimé la personne du carnet d’adresse, des appels passés, des appels manqués, de Facetime, il reste une chose que l’on ne peut pas effacer: le numéro inscrit dans notre mémoire. On ne sait pas pourquoi, surtout avec tous les moyens de fausse communication qu’on a à disposition, mais l’on apprend le numéro presque par coeur. Peur que ça se termine mal plus rapidement que prévu? Peur que la Déesse Technologie nous fasse faux-fond au mauvais moment? Enfin toujours est-il qu’invariablement on finissait par retenir certains numéros et que, un jour comme celui-ci où on ne sent pas bien, on essaie de se raccrocher à quelques poussières.
«De toutes manières, je parlerai à la première personne qui me répondra.»


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