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Sarkozy: 32 mesures, connues, imprécises ou incomplètes.

Publié le 10 avril 2012 par Pscauxcailly
Sarkozy: 32 mesures, connues, imprécises ou incomplètes.

Jeudi 5 avril 2012, Nicolas Sarkozy a bien livré son programme. Mais il l'a à peine commenté. Il fallait donc s'y mettre, sans davantage de commentaires ou d'explications que le livret remis ce jour-là.



« Mon objectif est clair, je veux, pour les 5 années qui viennent, construire une France assez forte pour protéger les Français »

Les 32 propositions, pour l'essentiel, avaient déjà été annoncées. La vraie surprise, la véritable épreuve, fut de découvrir quelques chiffrages qui prouvaient l'imposture des grandes annonces. Et sur nombre de propositions, nous nous répétions la même question: Mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ?

« 1. Rendre la parole aux Français, en sollicitant leur avis par référendum quand ce sera nécessaire pour surmonter les blocages. » C'était la première et seule annonce de son entrée en campagne le 15 février dernier. Depuis, il s'est efforcé de fustiger les syndicats pour montrer combien la France était effectivement bloquée. Après 5 ans de faux dialogues et de propos douceureux à l'égard de la CFDT et de la CGT, un bras de fer « inhabituel » commenta le Figaro. Cherchez l'erreur,... ou l'hypocrisie.

« 2. Réduire le nombre de parlementaires et réserver un certain nombre de sièges à la proportionnelle aux élections législatives, pour que tous les grands courants de notre vie politique soient représentés au parlement.» Sarkozy évoqua deux fois 10%: 10% de parlementaires en moins, et 10% de proportionnelle... pour après le scrutin de juin. Président, il avait lui même augmenté le nombre de sénateurs à la faveur de la réforme constitutionnelle de 2008. Et toujours refuser une quelconque dose de proportionnelle.

« 3. Revenir à l’équilibre de nos comptes publics dès 2016, en associant les grandes collectivités locales à l’effort de réduction de la dépense.» C'était le gros morceau. On était impatient d'en connaître les modalités.

Il y avait du matière, 125 milliards d'euros « d'effort» d'ici 2016, rapidement décomposés en 75 milliards d'économies et 40 milliards d'impôts supplémentaires ! Vous avez bien lus... 40 milliards d'euros d'impôts supplémentaires.

Sarkozy répéta, jusque dans son document, que l'essentiel était déjà voté. Les critiques avaient raison: le projet de Sarkozy, c'était la « même chose mais en pire »: dans le document remis en séance, le candidat sortant expliquait qu'il lui restait 53 milliards d'euros d'effort à « documenter ».

La « documentation » qu'il fournit en séance restait bien floue: certes, il promit de réduire de 13 milliards d'euros (sur 5 ans) notre protection sociale. Le candidat sortant rechignait à préciser quels services publics allaient subir ces gigantesques coupes. Il préféra se cantonner à quelques grands agrégats: 7 milliards de moins sur les frais de personnel fonctionnaires, 16 milliards de moins sur les dotations aux collectivités locales (école ? collège ? culture ? équipements ?)

« 4. Alléger les charges patronales qui pèsent sur le travail de 14 millions de salariés, notamment dans l’industrie et l’agriculture.» Bizarrement, le Monarque ne précisa pas une autre de ses promesses implicites, le relèvement de la TVA pour tous au taux record de 21,2% à compter du mois d'octobre prochain. Poche droite, poche gauche...

« 5. Donner aux entreprises la possibilité de conclure, avec les représentants des salariés, des accords sur le temps de travail et l’emploi, pour leur permettre de faire plus facilement face à des baisses ou à des pics d’activité.» On espérait en savoir plus. C'était l'une des mesures phares et secrètes du candidat, les fameux accords compétitivité-emploi rapidement dénoncés par la gauche. Dans l'esprit du candidat sortant, il s'agissait de laisser aux employeurs ou aux filières le soin de négocier des assouplissements de la législation du travail (durée hebdomadaire, etc) contre le maintien de l'emploi...

«6. Augmenter le salaire net des 7 millions de salariés qui gagnent entre 1000 et 1400 euros nets, notamment grâce l’intégration à leur fiche de paie de la prime pour l’emploi : permettre ainsi une revalorisation de 840 euros nets par an au niveau du Smic. »

« 7. Rendre obligatoire pour les bénéficiaires du RSA d’effectuer 7 heures d’activité d’intérêt général par semaine.» La mesure coutera 500 millions d'euros de coûts. Pour 1,4 million de bénéficiaires du RSA « socle », cela représenterait 360 euros... par an. Quelle mesure !

« 8. Instaurer un droit à la formation pour tous les chômeurs et l’obligation pour eux d’accepter un emploi qui correspondra à la qualification qu’ils auront acquise.» Voici l'une des grandes nouvelles du jour. Sarkozy avait été flou, le 15 février dernier, quand il avait promis un référendum sur la formation des chômeurs (cf. proposition n°1). Le projet se dessine: primo, récupérer le budget de la formation professionnelle pour les chômeurs, quitte à forcer le transfert par le biais d'un référendum. Secundo, imposer aux chômeurs des formations sur les métiers en besoin, puis à prendre les jobs de leur nouvelle filière.

« 9. Généraliser l’alternance en dernière année de baccalauréat professionnel et de CAP, année au cours de laquelle les élèves passeront 50 % de leur temps en entreprise.» Nous avions une question: mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ?

« 10. Exonérer de charges patronales l’embauche des personnes de plus de 55 ans. » Comment Sarkozy pouvait-il fustiger la proposition de François Hollande, plus complète, du contrat de génération ?Après avoir précipité un nombre grandissant de seniors au chômage, par le biais de mesures anachroniques en pleine crise, le voici qu'il a des remords...

« 11. Compenser toute création d’une norme par la suppression de deux normes
anciennes.» Il y a un an, Sarkozy se félicitait du nombre records de lois et décrets promulgués sous son quinquennat. Il y a 10 jours, il a promis trois nouvelles lois après l'affaire Merah.

« 12. Exiger la réciprocité dans les échanges commerciaux entre l’Europe et le reste du monde. Si les négociations n’ont pas abouti d’ici un an, la France réservera ses marchés publics aux seules entreprises européennes, jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé.» Encore une fois, nous avions une question: mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ? Il avait bien présidé l'Union européenne, n'est-ce-pas ? Cette annonce a provoqué une rage sourde de sa meilleure alliée Angela Merkel.

«13. Réserver une partie des commandes publiques aux PME européennes, comme le font les Etats-Unis pour leurs propres PME.»Mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ?

« 14. Instaurer un impôt sur les exilés fiscaux français, qui s’installent à l’étranger exclusivement pour des raisons fiscales.» (annonce du 13 mars). Comment ferait-il la différence entre expatriés et évadés ? Nicolas Sarkozy a été avocat d'affaires. On sait qu'il a notamment conseillé quelques scabreux montages d'évasion fiscale pour ses clients.

« 15. Créer un impôt minimal sur les grands groupes, assis dans un premier temps sur le chiffre d’affaires mondial.» Mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ? Il découvrait la chose. Il espérait 3 milliards d'euros de recettes nouvelles. Il ne précisa pas les modalités

« 16. Payer les retraites le 1er du mois au lieu du 8, pour que les retraités ne soient plus pénalisés par ce décalage.» NOUVEAUTE!Grande annonce, un cadeau de trésorerie qui coûte à peine. Les cadeaux gratuits, c'est toujours mieux. Sarkozy se félicitait d'avoir augmenté de 25% le minimum vieillesse. Quel effort, 777 euros par mois, quelques centaines d'euros sous le seuil de pauvreté.

«17. Ne plus accepter qu’un seul enfant rentre au collège sans savoir lire, écrire et compter, en prenant systématiquement en charge les élèves de maternelle ou de CP en grande difficulté.»

« 18. Au collège, accroître la présence des professeurs en dehors des heures de cours pour soutenir les élèves qui en ont besoin, en contrepartie d’une augmentation de leur rémunération.»

Ces deux idées ont été soufflées par Jean-Louis Borloo, contre lequel ce dernier échangea son ralliement. Depuis, l'ancien rival centriste accompagne Sarkozy dans tous ses déplacements jusqu'à la Réunion. Dans son programme, le candidat sortant n'a prévu que 200 millions d'euros sur 5 ans pour ce soutien scolaire. Une misère.

« 19. Créer une « banque de la jeunesse » qui se portera caution pour les jeunes et leur permettra de financer leurs études ou un projet de création d’entreprise.» En 2007, il promettait le prêt à taux zéro. En 2012, c'est la banque. Son rival socialiste propose une caution solidaire, plus précise, plus efficace.

«20. Accroître de 30 % dans les trois prochaines années les droits à construire pour augmenter l’offre de logements et faire ainsi baisser les prix. » C'est un comble ! La mesure est ... déjà en place, adoptée en début d'année. On croit rêver.

« 21. Diviser par deux sur cinq ans les droits de mutation sur les résidences principales.» Toujours la même question: mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ?

« 22. Réduire de moitié l’immigration.» C'est dit comme ça. On ne sait pas comment ni pourquoi. Allait-il expulser la moitié des immigrés présents sur le territoire ?

« 23. Conditionner le regroupement familial à la connaissance préalable de la langue française et des valeurs de la République.» On croyait que Brice Hortefeux, Eric Besson ou Claude Guéant, tour à tour en charge de l'identité nationale en Sarkofrance, avaient déjà mis en oeuvre la chose. Effectivement, un dossier de presse du ministère de l'intérieur l'an passé expliquait l'ensemble.

« 24. Exiger de l’Europe un meilleur contrôle de ses frontières. Si dans un an la situation n’est pas réglée, la France rétablira des contrôles ciblés à ses frontières.» On savait que l'Europe s'était déjà saisie du sujet, que Claude Guéant avait séché une réunion décisive en mars dernier; que nos partenaires avaient été stupéfaits de ce mauvais chantage.

« 25. Réformer en profondeur la justice des mineurs pour endiguer la montée de la délinquance des moins de 18 ans.» La promesse date de ... 2007. Mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ?

« 26. Donner aux victimes le droit de faire appel des décisions des cours d’assises et des tribunaux correctionnels, ainsi que des décisions de remise en liberté.» L'extension de cette expérimentation, coûteuse en temps et moyens, n'a pas été chiffrée dans le programme du candidat.

« 27. Engager la réforme de la dépendance à partir de 2013, année où le déficit passera sous la barre des 3 % du PIB.» Grande réforme de sa dernière année de quinquennat, Sarkozy l'abandonna en quelques mois, quand il comprit l'hostilité générale à favoriser l'assurance privée. Pire, son chiffrage 2012-2017 ne prévoit que ... 700 millions d'euros en 5 ans. Une misère !

« 28. Créer 200 000 places de garde d’enfants supplémentaires. »Depuis 2007, il a créé 200.000 fausses places en augmentant en fait le nombre d'enfants autorisés par assistante maternelle. Cette fois-ci, il assume 1 milliard d'euros de dépenses sur 5 ans. Mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ?

« 29. Renforcer l’accueil des étudiants handicapés au lycée et dans les universités.» Mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ?

« 30. Achever la rénovation urbaine en lançant un second plan de rénovation de 18 milliards d'euros. » Achever la rénovation urbaine ? Le précédent plan datait d'avant son quinquennat, en 2004. Il représentait 12 milliards d'euros. Pour gonfler la note à 43 milliards, Sarkozy y agrège d'autres dispositifs, sur lesquels il n'avait rien décidé (1% logement, Devenu président, il a doté le PNRU de ... 350 millions d'euros supplémentaires, mais lui a attribué des ressources du 1% logement. Une belle arnaque dénoncée par le Sénat.

« 31. Créer 750 maisons de santé pluridisciplinaires supplémentaires pour lutter contre les déserts médicaux.» Pire, cette mesure n'est pas chiffrée dans le programme. Mais pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ?

« 32. Confirmer le choix du nucléaire, énergie qui émet le moins de gaz à effet de serre, pour ne pas augmenter le prix de la facture d’électricité, tout en poursuivant le développement des énergies renouvelables.» Quelle surprise ! Cette promesse est un syndrome Fukushima. Et le caractère bon marché du nucléaire est contesté par la Cour des Comptes.

Nous étions déçus, il n'avait pas prévu de grande loi sur le permis de conduire. Il paraissait qu'il voulait en simplifier l'accès. 

Ami sarkozyste, toi aussi, contribue au programme de ton candidat sur Facebook.

Il te reste encore 16 jours.


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