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258ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, assiégé par la réalité.

Publié le 14 avril 2012 par Juan
258ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, assiégé par la réalité. Le 8 avril dernier, le candidat sortant trônait en couverture du Journal du Dimanche: je sens la vague monter, déclarait-il, sûr de lui. De quelle vague parlait-il ? Comme un coup du sort, sa cote sondagière s'effondra soudainement quelques jours plus tard.
Rien n'était perdu, voulait-il croire. Il en appela à la « majorité silencieuse ». Il se mit à hurler contre François Hollande, promettant la faillite de la France « en deux jours » si son rival l'emportait le 6 mai. Ce regain de hargne cachait mal son doute ou la prise de conscience que la fin du sarkozysme peut-être finalement très proche.
Brice de Nice ?
La comparaison, amusante, est venue de l'un des portes-paroles de François Hollande, Bernard Cazeneuve, mercredi matin au QG du candidat socialiste: Nicolas Sarkozy a deux points communs avec Brice de Nice, le héros déjanté incarné par Jean Dujardin en 2005: il passe son temps à casser tout le monde, et à attendre une vague qui ne vient pas.
Effectivement, la campagne prenait un tour curieux, presque inquiétant pour le candidat sortant.
D'abord, Nicolas Sarkozy semblait ne pas saisir la réalité. Sa campagne « n'imprimait pas ». A force de recul pour cause de re-présidentialisation depuis 2 ans, avait-il perdu tout contact avec le terrain ? Ses propositions n'étaient pas à la hauteur des enjeux du moment, comme celle-ci, dimanche, de faciliter l'accès au permis de conduire. Ou cette autre, lundi, de fusionner les instances représentatives du personnel dans les PME. Ces annonces ne déplaçaient pas l'agenda politique. A Paris, Le Petit Journal de CANAL+ raillait la réunion « Tupperware » organisée par l'épouse Carla avec quelques copines dans son hôtel particulier du 16ème arrondissement de Paris pour les convaincre de voter Sarko.
Parfois, Sarkozy s'égarait dans des mensonges trop grossiers. Le weekend dernier, en meeting, il s'inventa ainsi un déplacement à Fukushima. Dans sa lettre aux Français, il promet un gel des hausses d'impôts pour les classes moyennes. La belle arnaque ! Quelque 45 milliards d'euros d'impôts supplémentaires ont été votés pour 2012-2016 ! Outre la hausse de la TVA, le simple gel du barème de l'impôt sur le revenu doit générer 1,7 milliard d'euros de recettes nouvelles dès 2012, et 3,4 milliards en 2016. C'est la plus forte augmentation de celles incluses dans le chiffrage du programme de Nicolas Sarkozy pour 2012-2017. « Il n’y aura aucune augmentation d’impôt nouvelle pour les ménages durant les cinq prochaines années » disait-il donc.
Ses déplacements restaient trop protocolaires ou mal préparés. Ainsi, mardi, est-il parti à l'improviste à Drancy, une ville de banlieue. Il voulait répliquer, avec trois jours de retard, aux deux jours de visites et rencontres de François Hollande dans quelques banlieues de France. La presse fut prévenue une heure avant. Sa visite dura une cinquantaine de minutes, coincée dans un local fermé avec caméras.
Sarkozy semblait assiégé par la réalité.
Dépassé
Ces derniers jours, son équipe a sombré dans l'outrance. A défaut de convaincre, il fallait faire peur d'un retour de la gauche au pouvoir. La gauche au pouvoir, la Grèce au tournant fut un slogan annonné par Nathalie Kosciusko-Morizet, et rapidement affiché sur des posters de l'UNI, un syndicat étudiant qui fait passerelle avec l'extrême droite.
D'autres proches de Nicolas Sarkozy doutaient de la stratégie: trop à droite, trop de propositions inutiles, pas assez de crédibilité économique. «Je franchis les haies les unes après les autres. D'abord le premier tour. Ensuite le deuxième. » confia-t-il à ses proches pour les rassurer.
Pire, la spéculation a repris en Bourse, sans attendre un éventuel changement de majorité. Lundi, un établissement allemand allait lancer un nouvel instrument de spéculation sur la dette française. L'AMF française s'en est émue, en vain. A 6 jours du premier tour.
Ces dernières nouvelles étaient gravissimes. Nicolas Sarkozy fut accusé de souffler sur les braises. Il s'était lâché un peu vite et beaucoup trop fort contre l'Espagne, pays qu'il qualifia de « perdu ». Madrid protesta. Les marchés s'inquiètent au contraire de la faible relance de l'activité, qui rend illusoire tout redressement des comptes publics. Agiter le spectre de la spéculation mondiale en cas de victoire de la gauche était tout aussi irresponsable. Il s'en défendit. Surtout, quelque 300 des 500 milliards d'euros de dettes publiques supplémentaires accumulés depuis 2007 ne sont pas dues à la crise mais à l'irresponsabilité économique de Nicolas Sarkozy...  De qui se moque-t-on ?
Hargneux
Jeudi soir sur France 2, il eut droit à sa quinzaine de minutes, comme les autres candidats. Il faisait pâle figure. Trois sondages coup sur coup lui prédisaient un décrochage de 3 points au premier tour, et une large victoire encore du candidat Hollande au second. Sarkozy fut hargneux, quand on l'interrogea sur ses menaces de faillite si Hollande l'emportait. Confronté aux sondages, il restait mauvais joueur (« Les sondages, tout le monde s'en moque »).
Il fut en rage quand on lui rapporta les accusations d'Eva Joly sur le financement de sa campagne de 2007. « Sur les ragots, sur la médisance, sur la méchanceté, sur la volonté de détruire et de démolir, permettez-moi de vous opposer le mépris le plus cinglant ». Nicolas Sarkozy ne voulait pas répondre aux révélations: Bernard Accoyer, président UMP de l'Assemblée nationale sortante, avait confirmé que le fameux prêt de trois millions de francs qui permit à Nicolas Sarkozy de boucler le financement de l'acquisition de son duplex à Neuilly sur Seine en 1997 n'émanait de l'Assemblée nationale comme il l'avait prétendu en 2007 lors de sa déclaration de patrimoine. Et Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt soupçonné d'avoir remis 800.000 euros en espèces à la campagne de Sarkozy en 2007 restait en détention.
Sarkozy a certainement encore un destin après le 6 mai, mais judiciaire.
Vendredi, le Monarque semblait toujours accuser le coup, le matin sur iTélé. La voix grave, le regard souvent fuyant, il répondait à côté, sauf pour fustiger la « politicaille » d'Anne Lauvergeon. L'ancienne présidente d'Areva publiait un livre où elle accusait Sarkozy et sa bande d'incompétence et de manoeuvre. Elle soulignait l'insistance de Sarkozy à vendre de la technologie nucléaire au colonel Kadhafi, jusqu'à l'été 2010.
L'après-midi venue, Sarkozy utilisa un jet présidentiel pour jouer au Monarque en Corse, flanqué de deux ministres. Puis, en meeting, il promit 900 millions d'euros d'investissements publics pour l'Île de Beauté pour le prochain quinquennat, dont 500 millions pour développer l'approvisionnement en énergie: « Je ne viens pas ici faire le touriste » . Joli cadeau à 9 jours du premier tour de scrutin... Il a même joué la fibre locale: « Je ne suis pas un Pinzutu ! »), évoquant ses deux fils nés de son premier mariage avec une Corse. En 2010 déjà, le Monarque flattait beaucoup, à quelques semaines des élections régionales. L'UMP finit quand même par perdre la région.
Diversions
Mercredi, pour un ultime et inutile conseil des ministres, Nicolas Sarkozy adopta ses « nouvelles nouvelles » mesures contre le terrorisme suite à l'affaire Merah. C'était une diversion électoraliste, évidemment. L'Assemblée est fermée pour cause de scrutins présidentiels puis législatifs.
Mercredi 11 avril, un sans-papier a été arrêté en sortant de l'audience de conciliation à Nanterre au Conseil des Prud’hommes. Le lendemain, dans un rapport d'observations provisoires révélé par le Monde, la Cour des comptes s'inquiète de la progression des inégalités scolaires. L'éducation n'est plus nationale, résume ma consoeur CeeCee.
La Sarkofrance ne change pas.
Ce dimanche, quelques centaines de bus amèneront ce qu'il reste des plus motivés du camp sarkozyste place de la Concorde. 
Amis sarkozystes, soyez là.
Vous verrez, votre mentor n'a pas changé.


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