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N’accusez pas votre éditeur !, par Thierry Rollet

Par Dedicaces @Dedicaces

   Tout auteur publié doit être conscient que tout éditeur gère son fonds et son catalogue comme il l’entend. En outre, 90% des éditeurs du monde se diffusent eux-mêmes et impriment à flux tendu, c'est-à-dire selon les commandes qu’ils reçoivent – ils peuvent bénéficier pour cela de la grande souplesse et du professionnalisme avéré de leur imprimeur.

C’est pourquoi tout éditeur ne saurait être tenu pour responsable des méventes que peuvent connaître certains des ouvrages qu’il publie.

Les conditions citées au 1er paragraphe de cet article se retrouvent dans la plupart des contrats d’édition. On peut les supposer claires pour toute personne disposant d’une intelligence normale et ayant eu la patience de lire le contrat jusqu’au bout avant de le signer. En outre, il est conforme aux usages de la profession d'éditeur :

  • de ménager une période de quelques mois entre la signature du contrat d’édition et la sortie du livre, afin d’effectuer une pré-publicité ; le livre étant ainsi susceptible de pré-commandes, il est faux de dire qu’il n’a pas été exploité dès la signature du contrat ;
  • de disposer ou non d’un diffuseur ; la plupart des éditeurs se diffusent d’ailleurs eux-mêmes, y compris parmi les plus importants, parce que les diffuseurs ont aujourd'hui une mauvaise réputation évidente due surtout aux marges exorbitantes qu’ils exigent de la part des éditeurs et qui équivalent souvent pour ceux-ci à des ventes à pertes ; on rappellera que le Code du Commerce, en France, interdit les ventes à perte ;
  • d’effectuer la diffusion comme bon lui semble, puisque, selon chaque contrat, l’éditeur devient propriétaire de la totalité des droits d’auteur patrimoniaux sur ledit ouvrage pour toute la durée du contrat. Cela revient à dire que l’éditeur dispose de l’ouvrage comme il l’entend pendant toute la durée du contrat ; il doit rester cependant ouvert à toute suggestion de la part des auteurs, sans pour autant s’engager à les accepter.

C’est pourquoi l’éditeur ne peut accepter d'être accusé des méventes d’un livre, du moment qu’il a fait son travail – précisé dans le contrat – et que l’auteur a fait le sien, car la promotion est toujours un partenariat auteur-éditeur. Par conséquent, auteurs, ne considérez jamais votre éditeur comme un adversaire qu’il faut cravacher ou menacer pour en obtenir quelque chose.

Il est en effet arrivé – rarement – que certains auteurs malmènent leur éditeur en l’accusant franchement de saboter la promotion de tel ou tel ouvrage. Une telle accusation ne peut relever que de la plus haute fantaisie et témoigne de la sottise de l’accusateur, qui se laisse alors dominer par son dépit. L’éditeur comprend évidemment ce dépit, voire cette colère qui peut saisir un auteur lorsqu’il voit ainsi son ouvrage méprisé par le public. L'éditeur est d'ailleurs directement intéressé par les ventes, d'où le caractère absurde de l'accusation précitée. Mais précisément, c’est bien le public qui est alors en cause, puisque c’est lui qui achète ou non, quelle que soit la publicité faite à un livre.

Je défends les éditeurs ? Oui, toujours. Ceux qui font leur travail avec compétence et professionnalisme. Je suis éditeur moi-même et agent littéraire ; en tant que tel, je fais confiance à mes partenaires éditeurs. Enfin, je suis auteur : c'est ce qui me permet d'avoir un aperçu complet du problème. J'incite tout auteur à réfléchir et à s'instruire des problèmes de l'édition avant de critiquer négativement, voire de se retourner contre son éditeur, sciant ainsi la branche sur laquelle il est assis.

Thierry Rollet 


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