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Les prédictions facétieuses de M. Buisson

Publié le 24 avril 2012 par Delits

« François Hollande est à peu près au niveau de premier tour où les instituts situaient Ségolène Royal en 2007 à pareille époque et tout indique qu’il rassemblera moins de suffrages que celle-ci ». Telle était la prédiction de Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy, le 14 mars dernier dans les colonnes du Monde. Le moins qu’on puisse dire est que l’oracle s’est quelque peu trompé. Dimanche dernier, le candidat socialiste a rassemblé 10,2 millions de voix contre 9,5 millions pour la candidate de 2007, soit 700 000 de plus !

« Il n’y a aucune dynamique en faveur du candidat PS », ajoutait-il, avant d’affirmer : « La tendance en faveur de Nicolas Sarkozy, depuis son entrée en campagne, est non moins incontestablement haussière ». Le 12 mars, deux jours avant ces prophéties, l’intention de vote moyenne des principaux instituts ressortait à 28,1 % pour François Hollande et 27,5 % pour Nicolas Sarkozy. Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle a donné les résultats suivants : 28, 6 % pour le candidat socialiste et 27,2 pour le Président sortant. La réalité s’est montrée têtue.

Méthode Coué ou erreur de stratégie ?

En réalité, la poussée enregistrée dans les intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy, à la mi-mars, confirmée par la séquence dramatique des attentats de Montauban et Toulouse, était probablement circonstancielle et, peut-être, tirée vers le haut par quelques sondages d’instituts considérés comme proches du pouvoir par certains observateurs. Le problème des enquêtes pré-électorales est qu’elles font appel à des techniques de « redressement » éprouvées mais laissant une part à l’appréciation des experts. Celle-ci est respectable mais, par là-même, discutable. En l’occurrence, la fameuse inversion des courbes en défaveur de François Hollande n’a pas été confirmée dans les urnes.

Sans doute faut-il y voir aussi la conséquence d’une stratégie de campagne du Président sortant qui a tout misé sur la conquête des électeurs du Front national et qui, au bout du compte, se retrouve avec un score de Marine Le Pen proche de 18 %, le meilleur résultat frontiste à une élection présidentielle. Cette conséquence était perceptible dans les dernières études d’avant premier tour (notre chronique du 18 avril). L’arroseur arrosé, d’une certaine façon, a travaillé contre ses intérêts en créant une situation qu’il aura beaucoup de mal à gérer pour le second tour.

La droite à un niveau historique ?

Pour tenter de justifier la stratégie adoptée, les éléments de langage de Nicolas Sarkozy et de l’UMP consistent désormais en un glissement sémantique qui valorise le total des voix de droite au premier tour, en incluant bien volontiers celles du Front National. La manœuvre est habile qui permet d’opposer un bloc de 47 % (avec Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan) au total des voix de gauche qui représente 44 % (François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly et les deux candidats trotskystes).

On objectera d’abord qu’en 2007, quand bien même ces additions seraient pertinentes, si le total droite aboutissait à 45 % (en incluant les résultats du chasseur Nihous), le total gauche n’était que de… 36,5 %, compte tenu du score élevé de François Bayrou. Par rapport à il y a cinq ans, la dynamique est donc clairement à gauche. On objectera surtout que pareilles additions n’ont guère de sens quand on sait que les reports de voix ne sont pas du tout de même nature dans les deux camps. Les électeurs trotskystes, du Front de gauche ou écologistes apportent massivement leurs voix au deuxième tour au candidat de la gauche. Ceux du Front National se divisent dans des proportions qui, au vu des derniers scrutins, se situent pour un quart vers la gauche, pour une grosse moitié vers la droite et pour le reste vers l’abstention.

L’élection présidentielle de 2012 contredira-t-elle cette arithmétique ? Les abstentionnistes du premier tour viendront-il massivement au secours du Président sortant ? C’est le pari de la campagne de deuxième tour de Nicolas Sarkozy qui persiste et signe dans sa volonté d’attirer un électorat protestataire séduit par Marine Le Pen. A ce jour, cependant, les derniers sondages publiés pour le deuxième tour donnent toujours François Hollande largement gagnant.


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