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La finance contre la démocratie ? Enjeu de l'élection présidentielle

Publié le 25 avril 2012 par Raphael57

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Passé le choc du 1er tour de l'élection présidentielle qui a secoué quelques certitudes chez nos politiques, voilà que les Cassandre annoncent une attaque spéculative sur la France. Le Cassandre en chef de la finance, le très médiatique Marc Fiorentino, affirmait déjà il y a quelques semaines dans la Tribune que "le 7 Mai la France sera attaquée. Et mise à genoux. Dans la City et dans les plus grands hedge funds américains, c'est la veillée d'armes. On se prépare".

Son argumentation ? La Finance chercherait à se venger de François Hollande (si d'aventures il était élu Président de la République) pour avoir osé la défier en déclarant lors d'un meeting qu'elle était sa "seule ennemie". Les hedge funds tapis dans l'ombre de la City s'empresseraient alors de vendre à découvert les titres de la dette française, ce qui ferait exploser les taux d'intérêt de la dette française et plongerait la France dans le chaos ! Et le clou du spectacle serait de voir François Hollande obligé de demander pardon aux marchés financiers (= rassurer les marchés financiers) et à Angela Merkel, en promettant à cette dernière de ne pas renégocier le traité budgétaire européen.

Ce genre de propos, par delà l'incongruité de les publier pendant une campagne électorale, est la preuve parfaite que l'économie prime malheureusement désormais sur toutes considérations politiques. En effet, en démocratie on se rend aux urnes pour un projet politique de vie en société et non pour atteindre des objectifs économiques qui seraient éventuellement mieux tenus par tel ou tel candidat. C'est au reste ce qui conduit à l'affaiblissement démocratique dans de nombreux États, les citoyens ne se sentant plus représentés par les candidats des grands partis traditionnels.

Le dernier exemple nous vient des Pays-Bas, où la coalition dirigée par le libéral Mark Rutte a chuté en raison de la défection de l'extrême-droite qui refusait de s'engager plus avant encore dans l'austérité économique ! Le pire est que le ministre néerlandais des finances veut coûte que coûte mettre en place ce plan d'austérité d'environ 14 à 18 milliards d'euros : âge de la retraite à 66 ans, gel du salaire des fonctionnaires, gel des prestations sociales, hausse du taux de TVA, baisse des dépenses de santé, etc. Peut-être le gouvernement néerlandais est-il adepte du slogan économico-politico-inepto-riendutout énoncé par l'économiste Arnoud Boot, qui déclarait dans le quotidien De Volkskrant : "bloed is goed, pijn is fijn" (le sang, c'est bon ; la douleur, c'est bien).

Le cas des Pays-Bas démontre au fond l'ineptie de cette vision de la politique réduite à faire uniquement de la rigueur économique. En effet, si le gouvernement néerlandais n'arrive pas à respecter son plan de réduction du déficit public, la Commission européenne pourrait infliger au pays une amende de 1,2 milliard d'euros... Or, qui se souvient encore que les Pays-Bas furent les premiers à s'associer à la vision allemande de l'austérité généralisée en Europe, avec le souhait d'un renforcement des sanctions automatiques ? Tout ceci rappelle l'histoire de l'arroseur arrosé... mais au détriment du peuple !

Ces considérations économiques vont d'ailleurs de paire avec la détestable manie de chiffrer systématiquement les propositions des candidats à l'élection présidentielle. Pourtant, Jean-Paul Fitoussi, alors président de l'OFCE en 2007, avait publié un manifeste où il expliquait que cela revenait à identifier un projet politique à sa valeur budgétaire, alors même "qu'une telle perspective est non seulement trompeuse, mais contraire aux exigences minimales de la déontologie économique"... 

C'est malheureusement ce dogmatisme économique de l'austérité qui conduit au délitement des structures économiques, puisque les citoyens (français, européens, ou autres) s'estimant abandonnés par leurs dirigeants politiques, en viennent à se réfugier dans l'extrémisme... Les citoyens ne doivent donc pas craindre la finance, et encore moins lui demander pardon d'un quelconque crime de lèse-majesté, mais la subordonner aux décisions politiques afin qu'elle revienne au service du développement de l'économie ! Mais pour cela, il faut des dirigeants politiques capables de s'opposer à la doxa économique officielle et porteurs d'un vrai projet pour l'Europe... et le pays !

L'enjeu étant si grand, un réveil salutaire pourra-t-il avoir lieu après une campagne du premier tour d'une médiocrité affligeante ?

N.B : l'image de ce billet provient du site info-resistance.org


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