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Sarkozy, la honte de la droite ?

Publié le 26 avril 2012 par Letombe
Sarkozy, la honte de la droite ?

A l'écouter, Nicolas Sarkozy aurait du proposer des primaires communes avec le Front National. Cela devenait grave et troublant jusque dans les rangs de la droite. François Bayrou s'indigna. Nicolas Sarkozy feignait de ne pas voir où était le problème.
Nous avions collectivement honte pour la tournure prise par cette campagne.
Officiellement, pas question d'alliance avec le FN. Mais le candidat sortant s'embourbait dans ses arguments.
L'échec...
Depuis 2007 pourtant, Nicolas Sarkozy a échoué à conserver les faveurs d'un électorat protestataire - si tant est que l'on considère l'électorat frontiste comme unique, stable et perenne. Sa promesse de pouvoir d'achat supplémentaire a été emportée par la crise et ses propres bêtises (encourager les heures supplémentaires en période de moindre emploi reste l'une des aberrations économiques de ce quinquennat). Pire, en période de crise, le Monarque n'a pas été le président protecteur qu'il prétend.
La France a été protégée d'une dégradation inouïe grâce à l'inertie de son système social et public si décrié aujourd'hui. Et Sarkozy a été responsable d'une multitude d'entailles au dit système qui ont frappé les plus fragiles en première instances: hausse du coût de la santé restant à charge (via les franchises médicales et les déremboursements); suspension des indemnités chômage en cas de refus de poste; suppression des pré-retraites; augmentation de la TVA sur des produits courants; quasi-gel du SMIC; etc.
La lutte contre l'insécurité, ADN politique du candidat sortant depuis 2002, est un autre de ses échecs, largement commenté. Il s'est caché derrière une baisse de la délinquance  générale, négligeant d'assumer que les atteintes aux personnes - c'est-à-dire les actes les plus graves - n'ont cessé de progresser en 10 ans malgré une boulimie législative hors normes en la matière. Pire Sarkozy a préféré réduire les moyens et les effectifs des forces de l'ordre.
L'immigration fut un bouc-émissaire facile. Mais sur le terrain frontiste, rien n'est trop fort. Le ministère de l'identité nationale fut un gadget inauguré par Brice Hortefeux (what else ?), puis géré par Eric Besson, fut supprimé en 2011. Malgré des efforts inédits pour traquer les clandestins, les expulsions furent en nombre modeste, souvent iniques et inefficaces, et les excès humanitaires répétés. La mise en oeuvre de l'immigration choisie, avec des quotas par métiers et par ethnie fut aussi inefficace qu'ignoble.
... puis la honte
Mercredi 25 avril, Nicolas Sarkozy a été pris en défaut dans sa posture frontiste sur France Info. Il dut confirmer qu'il ne voulait aucune alliance avec le Front National ni avec Marine Le Pen, mais que ses électeurs avaient totalement raison. Marine Le Pen fut qualifiée de candidat républicaine mais Sarkozy réclamait l'urgence de ramener ses électeurs dans la droite républicaine. Jeu de mot ou confusion des valeurs ?
Quand il était président, il dérapait parfois, mais le dérapage restait ponctuel, avant le suivant, quelques jours ou semaines plus tard. Désormais, c'est l'avalanche quotidienne, plusieurs fois par jour. C'était incroyable, inédit, ignoble.
Marine Le Pen riait de la manoeuvre. Un ministre anonyme confiait qu'il voterait Sarkozy en se pinçant le nez. Un autre membre de la majorité, toujours anonyme, souhaitait que Sarkozy soit laminé « pour être sûr qu’il débarrassera le plancher ». François Bayrou dénonça l'humiliation pour la France et le débat public. « Cette course ventre à terre derrière les thèses du Front national est humiliante. Elle est de surcroît vouée à l'échec parce que la France est un pays construit autour de principes qui ne se laisseront pas entacher ».
Mercredi, il était ensuite à Cernay, dans le Haut-Rhin, en Alsace. Il eut ses habituelles phrases creuses, après 5 ans de gouvernance. « J’ai considéré qu’il fallait mettre tout sur la table, dire la vérité, être le plus précis possible » Le gars avait publié son programme il y a quelques jours à peine... Ou encore:  « Je souhaite une société plus juste qui respecte le travail de chacun.» Evidemment, il tenta de faire le débat sur les 3 débats, il cita Martine Aubry quand elle s'énervait contre Hollande pendant les primaires (il le faisait presqu'à chaque meeting depuis février).
Il avait toujours la caricature facile, il s'inventait des histoires, comme celle-ci: « Ou de quelqu’un qui ose dire : « Si vous croisez un riche dans la rue – comprenez quelqu’un qui est au-dessus de 4 000 euros par mois, je cite les bons auteurs – n’hésitez pas à lui faire les poches ! » Il voulait « parler très librement du Front national ». Il se voyait en rempart... C'était triste. Grâce à lui et ses 10 ans de gouvernance sur les thèmes les plus chers aux immondices frontistes - l'insécurité et l'immigration -  le Front National avait donc gagné un gros million de voix et menaçait désormais d'aspirer ce qu'il restait de la droite parlementaire.
Il agita évidemment la menace du droit de vote des immigrés (sans préciser que la candidat socialiste ne le proposait qu'aux élections locales). « Vous voulez garder votre mode de vie, vous considérez qu’il n’y a pas assez de frontières, qu’on ne parle pas assez de nation et que nos valeurs sont importantes. »
... et puis l'oubli
Enfin, il termina par TF1, quelque part vers 20 heures. Provocation inconsciente, Laurence Ferrari était vêtue de rouge. Sarkozy n'était plus dans la salle surchauffée d'un meeting où il se croyait encore tribun, mais devant deux journalistes d'un média qu'il appréciait.
« Après 4 années de crise, je n'ai pas été surpris du tout. Finalement... qu'ont-ils voulu nous dire ? (...) Ils ont voulu nous dire, me semble-t-il, "on veut garder notre mode de vie"» . Le refrain, toujours ce refrain. « Bien sûr, on veut bien s'adapter, devenir plus compétitif, mais on veut garder nos valeurs, nos territoires, nos paysages... la façon dont on a l'habitude de vivre. On veut garder les idées que les parents nous ont transmis, que nous voulons transmettre à nos enfants. »
L'homme de la Rupture devenait le suppôt de tous les Conservatismes ? Il continua ainsi, sans énoncer une proposition, sans même rappeler son propre programme publier pourtant il y a peu. Il évoqua le besoin de « frontières pour nous protéger », de « protéger contre les délocalisations », de « frontières pour nous protéger d'une immigration qui ne serait pas maîtrisée. Bizarrement, Nicolas Sarkozy oublia les mots chômage, précarité, endettement, déficits, affaires. Bizarrement...
Mais, s'inquiéta Laurence Ferrari, « ce message, les Français l'envoient à vous...» Sarkozy haussa les épaules: « ce message, ils l'envoient à tous les responsables politiques ». Puis il compléta: « c'est un vote de crise, je veux l'entendre, je veux le comprendre ».
« J'ai vu que M'sieur Hollande, qu'aime bien plaisanter, ... mais c'est pas une plaisanterie, parle beaucoup du Front National » Aviez-vous entendu Hollande plaisanter sur le FN ? Non. Sarkozy faisait de l'amalgame. Il perdait contrôle. Il répéta que le « le vote FN était un vote de crise ». Il accusa Hollande d'aimer Tariq Ramadan: « M. Hollande parle beaucoup du Front national, mais que dit-il, lui, quand Tariq Ramadan ose appeler à voter pour François Hollande? Tariq Ramadan, l'homme avec qui j'ai débattu... souvenez-vous... vous savez ce qu'il proposait ? Un moratoire sur la lapidation de la femme adultère... C'est monstrueux! Voilà un homme qui appelle à voter pour François Hollande ».
Attardez-vous sur cette séquence. Nicolas Sarkozy, pourtant président de la République pour encore quelque jour, accusait donc son rival à l'élection suivante d'être complice de quelqu'un qui s'accorderait de la lapidation des femmes. Et rappelez-vous que Tariq Ramadan n'a pas appelé à voter François Hollande.
Rien que cela. 
Mais ce n'était pas tout. Sarkozy continua. « Je vois sur le site d'un journal de gauche un appel de 700 mosquées à voter pour Monsieur Hollande». L'affaire était une grossière imposture, rapidement démasquée. L'initiative venait de ... l'un des anciens employés de Nicolas Sarkozy, Abderrahmane Dahmane, si déçu d'avoir été viré qu'il ne cessait les surenchères pour se faire remarquer.
Quelques minutes plus tard, il était si perdu, qu'il s'égara sur ses propos d'il y avait à peine 48 heures.

François Bachy: « vous voulez faire du 1er la fête du 'vrai travail"»
Nicolas Sarkozy: « Non non. Je n'ai pas dit du 'vrai travail'. Je veux faire du 1er mai une fête du travail.»
François Bachy: « Vous avez quand même dit du "vrai travail'»
Nicolas Sarkozy: « Non, non, non, non, c'est une fête pour célébrer la valeur travail».


Nicolas Sarkozy avait perdu tout contrôle. Il avait lui-même parler, publiquement, devant caméras et journalistes, lundi 23 avril, devant son QG à Paris, d'une fête pour le 'vrai travail'.
Ami de droite, tu mérites mieux.
Nous méritions mieux.

Sarkofrance


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