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L'épopée sanglante de la bande à Bonnot (4)

Publié le 29 avril 2012 par Doespirito @Doespirito

Bonnot-chantillyFace au sang-froid et à la détermination de la bande, le manque d'équipement de communication de la police est criant et ridiculise les autorités. Il faut ainsi plus de trois quarts d'heure au maire de Montgeron pour arriver à joindre la Sûreté à Paris au téléphone et les prévenir du drame qui vient de se jouer. Pendant ce temps, La De Dion Bouton bleue avance bon train, contourne Paris par l'est et remonte vers Chantilly.
Alors que le bruit de l'attaque sanglante vient à peine de se répandre à Paris, l'auto vient se garer tout près de la Société Générale, place de l'Hospice-Condé (1). Coiffés de casquettes qui dissimulent leur regard inquiétant, cinq occupants en descendent, sauf le chauffeur qui reste au volant. Quatre d'entre eux pénètrent dans l'agence, le cinquième se poste entre la voiture et l'entrée et sort une Winchester.
A l'intérieur, trois employés sont présents, le quatrième est parti aux toilettes. Les quatre hommes entrent sans un mot et s'écartent : l'un d'eux se poste devant le guichet, les trois autres s'alignent le long du comptoir. L'employé au comptoir s'enquiert de leur souhait. Pur toute réponse, les Browning jaillissent des poches et les détonations retentissent. Le commis-comptable Roger Guilbert (17 ans) est frappé par une balle non mortelle, tombe à terre et fait le mort. Le guichetier Joseph Trinquier, atteint à la poitrine, rampe pour se réfugier dans la salle du personnel, reçoit une grêle de balles et s'abat sur Guilbert. Le troisième employé, Raymond Legendre (18 ans), se jette sur les assaillants mais les bandits ne lui laissent aucune chance.
IMG_1905L'agence de la Société Générale de Chantilly attaqué par la bande à Bonnot est devenue une maison de la presse.
Les quatre hommes bondissent alors par dessus le comptoir et raflent la caisse : 30 000 francs en billets de banque (soit 100 000 euros actuels), 15 000 francs en pièces d'or et 2 000 francs de monnaie. Ils descendent à la salle des coffres mais, ne parvenant pas à y entrer, ils repartent en enjambant les corps sanglants des employés. A ce moment, l'employé principal de l'agence qui revient des toilettes, Laurent Courbe, ouvre la porte de derrière et découvre en une seconde la scène d'horreur : les balles des bandits s'écrasent contre la porte qu'il a le réflexe de refermer à temps.
A l'extérieur, celui que les journaux vont surnommer “l'homme à la carabine” tient la foule qui se rapproche en respect avec son arme : « Caltez, caltez, vous tous ! ». Et il tire à plusieurs reprises sans toucher personne. Puis les quatre hommes sortent de la banque, laissant derrière eux deux morts et un blessé. Ils montent dans la voiture qui les attend, moteur tournant, et qui démarre lentement. “L'homme à la carabine” court derrière et, tout en continuant à tirer, grimpe dans l'auto, échange son arme contre un révolver qu'une main lui tend, continue à tirer, brise une vitre de l'auto, se coupe…
La De Dion Bouton remonte ensuite la rue de Paris. Les occupants écartent les gêneurs et les héros qui s'interposent à coup de revolvers. La voiture évite de peu une charrette. Le conducteur donne un coup de volant acrobatique : comme dans un film muet, l'auto se penche sur deux roues avant de retomber à plat. Puis elle enquille l'avenue de la gare et file en direction de Luzarches. Les gendarmes s'élancent à ses trousses à pied ou à cheval, c'est-à-dire très lentement. Partout où les bandits passent, les téléphones grésillent pour tenter de prévenir la maréchaussée dépassée. Partout, les gendarmes arrivent trop tard.
Une heure et demi plus tard, on finit par retrouver la trace des forbans à Asnières où des policiers leur donnent la chasse… en vélo. Nouvel échec. La De Dion Bouton est finalement retrouvée vide avenue Péreire (2). Pendant que les badauds piétinent la scène de crime, le groupe s'est égaillé, sautant dans le train et attrapant le tram pour rentrer à Paris.
200px-Soudy(1911)Alors que la presse hurle à la mort, et qu'on se désespère du manque de moyens des forces de l'ordre, la police marque enfin un point décisif. Dénoncé par des mouchards, l'un des assaillants de Chantilly et de Montegron, André Soudy (ci-contre) se fait cravater à Berck samedi 30 mars 1912 par Jouin et ses policiers, déguisés en vacanciers. Garçon souffreteux de tout juste 22 ans, Soudy venait soigner à Berck une  tuberculose à un stade avancée. Le 3 avril, c'est Carouy qui se fait surprendre à la gare de Lozère, près de Palaiseau, malgré ses deux Browning. Carouy tente sans succès de se suicider avec un cyanure de mauvaise qualité. Quant à Soudy, on le prend en photo habillé comme à Chantilly, avec une carabine dans les mains, pour la montrer ensuite aux témoins.
Le 7 avril, super-banco pour la police : dénoncé lui aussi par un indicateur, Raymond-la-science se fait sauter sur le poil par des agents de la sûreté, au 48 rue de la Tour d'Auvergne (ci-dessous), alors qu'il s'apprête à mettre les voiles, habillé en cycliste dandy, avec trois browning en poche. Myope comme une taupe, il casse ses lorgnons dans la bagarre. Un instant déstabilisé, ce tout petit (1,52 m) homme de 22 ans reprend confiance au commissariat et toise les policiers : « Ma tête est mise à prix cent mille francs, chacune des vôtres sept centimes et demi : le prix d’une balle de browning ! »
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Enfin, le 24 avril 1912, Louis Jouin triomphe : à 6h30, il cueille au saut du lit Monier dit Simentof, l'un des assaillants de Chantilly, lui aussi dénoncé par des indics. Le sous-chef de la sûreté fait coup double : il trouve dans les papiers de Monier une lettre dont l'adresse le mène à Ivry, chez Gauzy, un anarchiste tenant un commerce de solde de vêtement. Sautant dans une voiture au quai des Orfèvres après avoir fini d'interroger Monier, Jouin ne va pas savourer longtemps sa victoire. Il va même rencontrer son destin dans un peu plus d'une heure, en la personne de Jules Bonnot, caché chez Gauzy.
(A suivre)


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