Magazine Journal intime

mai : un joli mois ?

Par Isabelledelyon

Jusqu'à la fin du primaire, j'ai grandi à Nice. On voyait la mer depuis notre jardin. En sortant de l'école, dès le printemps, nous allions prendre notre goûter sur la plage. Dès les beaux jours, nous avalions en hâte notre déjeuner pour filer piquer une tête dans la piscine de la résidence.

Quand je dis "nous", j'inclus ma soeur, de 3 ans ma cadette, moi forcément et ma grande copine C. dont j'étais inséparable. J'ai un an de plus qu'elle, nous fêtions toutes les deux nos anniversaires en mai à 3 jours d'intervalle. Comme elle avait un an d'avance en classe, nous étions au même niveau scolaire. Nous nous sommes connues à la maternelle, nous fréquentions la même école et nous étions voisines de palier. Nos mères ont sympathisé puis sont devenues de grandes amies, à tel point que la sienne est la marraine de mon plus jeune frère. Le dimanche matin, comme beaucoup d'enfants, nous étions réveillés avant nos parents. Je sortais dans le jardin guetter si elle était réveillée. Elle faisait de même. Et en attendant le réveil des adultes, nous nous rejoignions pour jouer ensemble.

J'ai déménagé en CM1, inconsolable d'être séparée de C. Heureusement nous ne sommes pas allés très loin, à 1H seulement de Nice, dans le Var. Je me suis mise à correspondre avec elle et nous avons combiné des rencontres. Finalement, très vite, s'est instaurée une routine. Au moins un mercredi par mois, nous allions à Nice passer la journée chez elle. Et puis nous avons déménagé plus loin, à Toulouse alors que j'étais en 6ème. Heureusement mes grands-parents habitaient dans le var. J'invitais C. à passer ses vacances avec moi, chez eux. De temps en temps, mon père, commercial, toujours sur les routes, la ramenait chez nous, à Toulouse, et nous allions faire le tour des musées, des expositions.

Les années ont passé et nous sommes restées malgré les kilomètres qui nous séparaient très proches. Nous étions toutes les deux passionnées de lecture, nous lisions jusqu'à des heures indues. Nous nous sommes envoyées des centaines de lettres racontant les mille et un détails de nos quotidiens.

Nous nous sommes éloignées au moment de nos études. Elle est partie à Paris faire psycho, je suis restée à Toulouse puis j'ai atterri à Aix-en-Provence pour faire des maths puis de l'informatique. Nous avons malgré tout continué à nous écrire et à nous téléphoner.

Nous nous sommes retrouvées au moment de nos mariages. Elle est venue s'installer dans le Var, à 15 km de l'endroit où sont enterrés mes grands-parents, là où elle avait passé tant de journées à partager nos jeux dans les bois. Elle s'est mariée la première. Moi l'année d'après, à minuit, mon DJ a fait une annonce pour fêter leur premier anniversaire de mariage. Elle était enceinte de son premier enfant. De temps en temps, ils passaient par Lyon pour voir la famille et faisaient une halte chez nous. Nous allions leur rendre visite. Leur maison actuelle a entièrement été construite par son mari. Un petit bijou. Tomettes à l'huile de lin absolument partout, murs en briques recouvertes de chaux, peinture écolo. Piscine à l'extérieur. Nos maris ont sympathisé, nos enfants aiment jouer ensemble.

Et puis j'ai eu ce cancer. Il a été diagnostiqué en avril mais j'ai eu ma première chimio en mai, le 5 mai. Jusque là le mois de mai était associé depuis mon plus jeune âge à mon anniversaire, celui de mon amie C. ainsi que celui de mon père. Ensuite s'est ajouté en mai, l'anniversaire de mon mari. Toujours mai, le mois des anniversaires de mes plus proches. Première fois qu'un évènement négatif venait ombrir ce joli mois.

Florence, qui reçoit aussi herceptine depuis 9 ans, a aussi eu son diagnostic en mai. Deuxième ombre à ce mois de l'année.

Malgré tout je ne peux dissocier le mois de mai de fête, joie, soleil, gaieté...

Cette année, les filles faisaient le pont pour le 1er mai. 5 jours de vacances. J'en ai profité pour organiser un petit séjour dans le var que mes filles connaissent mal. C'était l'occasion de revoir C. Je trouvais qu'il s'était passé trop de temps depuis notre dernière rencontre. Je pensais m'arrêter chez elle lors de notre descente vers la mer. C'est effectivement ce que j'ai fait mais elle était absente de sa maison. Son mari, ses enfants nous ont accueillis. Nous y avons laissé nos filles et nous sommes enfin allés la voir. Elle était à l'hôpital. Elle avait passé 15 jours consécutifs à cause d'un abcès trouvé à l'estomac, 40 de fièvre, douleurs abdominales. Des perfusions d'antibiotiques étaient venues à bout de cette inflammation. Elle avait pu rentrer une semaine chez elle et depuis presque une semaine, elle était de retour à l'hôpital. Le chirurgien avait voulu chercher ce qui en était la cause. Résultat, un bout d'estomac et un autre du colon enlevés. Une adhérence s'était formée entre les deux.

En dépit de son état de faiblesse, elle avait tenu à ma visite. Malgré les circonstances, nous étions heureuses de nous revoir. Elle n'avait encore aucun résultat. On lui avait fait entendre, que c'était certainement des diverticules qui en étaient à l'origine; au pire des cas, ça pouvait être cancéreux mais le chirugien semblait confiant après l'opération.

Hier, mercredi, nous étions en voiture, sur la route du retour pour Lyon. Nous avions échangé par sms depuis ma visite pour se tenir au courant. On lui avait fait passer un scanner le lundi ?!!
Je lui demande si elle a récupéré un peu, si elle a les résultats et quand elle sort.
Plusieurs heures plus tard, elle m'envoie un sms pour m'annoncer qu'elle vient d'apprendre que c'est cancéreux, qu'elle est sous le choc.
Je l'ai appelée ce matin. J'ai au moins un avantage, je sais rire du cancer et de mes misères.
Elle a un cancer du colon, une chimiothérapie ainsi qu'une nouvelle intervention chirurgicale sont au programme. Un pac va lui être posé la semaine prochaine.

Le mois de mai qui devait fêter ses 40 ans dans quelques jours et mes 41 ans vient encore une fois d'encaisser un cancer.

Je nous revois, toutes les deux, gamines, à notre cours d'éveil à la danse classique, en tutu. Nous sommes ensemble sur toutes les photos de fête de fin d'année à l'école, faisant le même spectacle. Nous arborons ce magnifique sourire innocent, insouciant, heureuses d'être ensemble, heureuses de l'instant présent.

Nous nous retrouvons des années plus tard au mois de mai. Non seulement ce mois consacrera nos anniversaires comme il le fait depuis toujours mais il prend désormais une seconde importance qui nous lie encore une fois sous le signe du cancer.

Mai, anniversaires, cancers seront désormais indissociables...

Il ne me reste plus qu'à espérer la même issue à C. que la mienne. On pourra déboucher doublement le champagne pour fêter nos rémissions et nos anniversaires... C'est tout ce que je nous souhaite pour cette nouvelle décennie qui s'offre à nous.

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