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Comment peut-on être de droite ?

Publié le 13 mai 2012 par Copeau @Contrepoints

Voilà une question qu’on peut se poser. L’hégémonie culturelle de la gauche est si forte, qu’elle a imposé ses évidences : qu’est-ce qui peut bien justifier l’existence de la droite ? La réponse,  Paul François Paoli la développe dans un livre paru en 1999, Comment peut-on être de droite ?, chez Albin Michel. Il expose les raisons qui justifient l’existence d’une droite sûre d’elle et de ses valeurs. Recension de l’ouvrage.

Par Anton Wagner.

Comment peut-on être de droite ?
La prospérité du FN

Paul François Paoli décrit d’abord comment, dans les années 1980, la gauche fut  responsable de la montée en puissance de l’extrême droite. (On verra, dans un second temps, qu’il n’est pas avare de reproches envers la droite non plus.)

Dès après 1945, la gauche marxiste s’employa à disqualifier comme fasciste « tout un pan des valeurs conservatrices [...], discrédité par l’usage qu’en avait fait Vichy. » On retrouve-là la bien connue stratégie de terrorisme intellectuel reposant sur le maniement tétanisant de la reductio ad hitlerum. Mais, à cette époque, le charisme gaullien contrebalançait, dans l’opinion, ce matraquage mensonger.

Puis vint l’effondrement du communisme et le reflux du marxisme. Cette évolution s’accompagna de la monté en puissance du PS. Alors, littéralement, la gauche changea de peuple. Elle troqua celui des usines et du Front populaire pour celui que Mai 68 avait porté sur les fonds baptismaux, « plus en phase avec l’air du temps, plus jeune et plus féminin, plus branché en diable » (p. 79). Le langage de la gauche glissa, délaissant la question sociale pour les questions sociétales (la causes des minorités et des immigrés, le droit à la différence), tout en embrassant un individualisme transgressif et hédoniste.

Or, cette rupture d’avec le peuple sociologique se produisit au moment même de la montée du chômage et de l’apparition d’une immigration familiale. Dans ce hiatus, se constitua un fertile terreau pour le Front national.

C’est là qu’un « grand tacticien », François Mitterrand pour ne pas le nommer, parvient à « « ringardiser » l’idée même de droite auprès de la jeunesse et de la petite-bourgeoisie intellectuelle » (pp. 80-81). C’était pourtant le moment où la droite intellectuelle tentait de relever la tête, estime Paoli, avec, par exemple, Louis Pauwels et Le Figaro Magazine. (On se souviendra de l’épisode, en 1986, du sida mental, un autre exemple de ce genre de scandales qui sait si bien provoquer la gauche.)

Tétanisée, la droite politique laissa la gauche instrumentaliser le FN pour son propre profit. « Les caciques de la droite, au lieu de se faire respecter en pensant ce qui les rendait nécessaires, ont trop souvent voulu devenir respectables aux yeux d’un pays virtuel, celui des médias, de moins en moins en phase avec la France du chômage et de la désillusion politique » (p. 54). (Là, on pense au psychodrame autour de l’élection de Charles Millon, lors des régionales de 1998.)

Et c’est ainsi que prospéra le FN.

La critique du néolibéralisme

Par la suite, François-Paul Paoli s’en prend vertement à ce qu’il nomme le néolibéralisme, lequel mettrait en avant une logique « panlibérale ». Par ce terme, il veut dire que ce libéralisme d’un nouveau genre « renvoie au second plan le contrat qui fondait implicitement le lien social, à savoir la nation » (p. 115). Libéralisme d’un nouveau genre que l’auteur trouve infiniment plus radical que le libéralisme classique, compatible, lui, avec le centre-droit, rompant « avec la tradition tocquevillienne qui non seulement s’abstenait de jeter un sort à l’État, mais ne considérait pas l’Individu souverain comme la Fin en soi de la civilisation » (p. 115).

L’auteur ne goûte guère la liberté que le néolibéralisme confère aux individus, affranchis de toute servitude collective. Cette liberté s’anéantirait dans la vulgarité mercantile du marché tout puissant.  Il ne souffre pas que nations et religions soient rangées au chapitre des mythes (p. 117). Il dénonce une convergence libérale-libertaire, li-li pour les intimes, qu’il voit tout particulièrement dans Mai 68 et ses suites…

Ces vues grossières manquent un détail capital. Les véritables libéraux n’entendent pas transformer la société selon leur morale personnelle. Leurs souhaits se bornent à pencher pour l’instauration d’une société où chacun, dans le strict respect des autres, pourrait vivre selon ses propres normes. Il m’a semblé très opportun de confronter cet ouvrage avec un texte incisif de Hayek, « Pourquoi je ne suis pas un conservateur ». Comme l’écrit Hayek, « aux yeux d’un libéral, l’importance qu’il attache personnellement à certains objectifs n’est pas une justification suffisante pour obliger autrui à les poursuivre aussi. » La façon dont vous voulez vivre importe peu au libéral authentique, pour peu que vous lui fichiez la paix. Cela est bien différent de la Gauche en général, véritable intolérante, pétrie de certitudes, très peu encline à accepter qu’existe autre chose que ce qu’elle conçoit. On trouve un exemple évident de cette caractéristique dans le saccage de l’Éducation nationale : un libéral authentique ne s’offusquerait pas que certains veuillent expérimenter de nouvelles pédagogies, mais la Gauche, montrant une réelle incapacité à laisser des choses lui échapper, voulant tout régenter, tout ployer à ses idées, tient par-dessus tout à imposer ses inepties pédagogistes à la nation entière.

Ce que les gens comme Paoli ne peuvent comprendre (ou bien le comprennent-ils trop bien, sans pouvoir cependant s’y résoudre), c’est qu’ils sont condamnés à perdre. Une réflexion de Hayek est très révélatrice : « Le conservatisme peut, par sa résistance aux tendances prédominantes, ralentir une dérive indésirable, mais il ne peut empêcher que la dérive persiste, puisqu’il n’indique aucun autre chemin. C’est pour cela que son destin a été d’être entraîné invariablement sur une route qu’il n’avait pas choisie. »

L’expérience prouve avec éloquence, en France même, que la Droite ne fut jamais capable d’empêcher les évolutions progressistes que son conservatisme récusait pourtant. Il en découle que chaque génération nouvelle de conservateurs est en réalité plus avancée que la précédente… Le conservatisme est mort et ne peut se préserver qu’en tant qu’éthique personnelle, non comme projet global de société. Ou bien lui faudrait-il s’armer d’une capacité de répression et de censure qui ne serait guère plus tolérée aujourd’hui.

Bien le comprendre, c’est hausser les épaules lorsque l’auteur se lamente de la médiocrité intellectuelle de la Droite : « Croyant au bon sens conservateur des Français, la droite politique s’est longtemps crue dispensée de théoriser. [...] Ce qui lui aura valu le titre, pas toujours injustifié, de « droite la plus bête du monde »" (p. 53). Malheureusement, la voie que semble désigner l’auteur est une impasse, elle condamne la Droite à n’être que la remorque traînante de la Gauche, sorte de voiture-balai ramassant les attardés du progrès. Rien que de très déprimant ; si l’on tient à s’opposer à l’impérialisme de la Gauche, ce n’est certainement pas en se perdant dans des combats d’arrière-garde.

À la question de François-Paul Paoli, nous avons donc désormais la réponse ; elle ne siérait certes pas à l’auteur. Comment être de droite ? En étant libéral bien sûr !

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