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Faut-il se réjouir du revers électoral d’Angela Merkel ?

Publié le 14 mai 2012 par Copeau @Contrepoints

La défaite d’Angela Merkel préfigurerait sa défaite aux élections générales où le SPD, victorieux, serait le partenaire européen idéal d’un François Hollande en mal de pacte de croissance à base de crédits bon marché et de relances keynésiennes. Mais voilà, comme toujours, c’est oublier la complexité de la réalité.

Par l’auteur du site Bobo Libéral.

Faut-il se réjouir du revers électoral d’Angela Merkel ?

La presse française semble se délecter du revers électoral de la matrone de la CDU, Frau Angela Merkel, alias la Némésis des Grecques, alias Mère la rigueur, lors du scrutin régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Cela préfigurerait sa défaite aux élections générales où le SPD, victorieux, serait le partenaire européen idéal d’un François Hollande en mal de pacte de croissance à base de crédits bon marché et de relances keynésiennes. Mais voilà, comme toujours, c’est trop vite oublier que les réformes initiées par les Allemands et qui ont fait de leur nation une des plus compétitives au monde, et dont la politique de bas salaires seraient, pour certains prétendus économistes, à l’origine de la crise (véridiques !), sont l’héritage de Gérard Schroeder, chef du SPD d’alors et bien entendu de gauche.

Et c’est encore trop vite oublier que ces réformes, de tendances libérales au fond, seraient inapplicables dans notre pays, qui se distingue par le fait de n’avoir eu que des partis socialistes sur l’ensemble du spectre politique (avec des nuances dans l’intensité de ce socialisme et de la bêtise) lors de ses inoubliables élections présidentielles.

Imaginez ce qui sépare le SPD de notre parti socialiste, une galaxie conceptuelle.

Et même si le SPD remettait en cause la politique de discipline budgétaire que tente d’imposer Angela Merkel en Europe — et elle y arrive à peine puisque tous les pays n’ont cessé d’accroître leur dépense publique ces dernières années, spécialement dans de fameux plans de relance que tous ont préconisés en chœur (rappelez vous c’était le grand retour de Keynes) — on a du mal à imaginer le travailleur et l’épargnant allemands se faire rogner du pouvoir d’achat par de grossiers subterfuges inflationnistes, tels les Eurobonds. Depuis Weimar une mutation profonde et durable s’est implantée dans la génétique du Teuton, qui lui provoque immanquablement une réaction allergique lors de l’évocation du simple mot inflation, même si l’objectif de la limiter à 2% par la doxa de la Bundesbank m’apparaît trop élevé (elle était carrément de 0 lors de la fin du 19e siècle).

Il se révolterait, et le SPD se ressaisirait automatiquement même s’il voulait rompre avec la politique du prédécesseur et apporter le changement tant voulu lors de chaque échéance électorale ; ça ne serait pas la première fois qu’un parti politique manquerait à ses promesses.

Et cela agace le technocrate Français, qui a toujours eu un penchant pour une inflation épurant sa gabegie financière qu’il aime bien essaimer dans les comptes publics. C’est que ça dépense le technocrate Français : le sort du pays est entre ses mains, et il doit y remédier dans de gros projets baveux de constructivisme.

Et puis un obstacle de taille se dresse entre les deux pays, l’Europe, supposée les unir dans l’harmonie du bienheureux, mais dont on voit clairement qu’elle attise les haines, car elle veut se construire à l’image des États-providences, c’est-à-dire dans l’irresponsabilité institutionnelle.

En fait, si le SPD advenait à prendre le pouvoir, la partie ne serait pas encore gagnée : Angela est  très populaire, rien ne changerait en fait. La relation entre les deux pays serait toujours basée sur un quiproquo, une vision différente de l’Europe, l’une fondée sur la responsabilité et l’épargne, l’autre sur les dépenses tous azimuts et la consommation.
Les clientèles électorales de chacun des pays ont des objectifs divergents voire antagoniques, l’une, allemande, a besoin de rester dans la course de la compétitivité mondiale, l’autre française, d’épurer ses dettes pour nourrir ce mastodonte qu’est devenu l’État.

Il est surprenant de voir à quel point la presse française, très portée sur sa gauche, voit ses désirs  pour des réalités, à peine François Hollande élu : que l’Europe sent souffler un vent de socialisme libérateur. Désormais l’argent de l’autre sera disponible à souhait, et plus personne n’aura l’outrecuidance de faire assumer ses responsabilités à chacun et ne pas vouloir payer. Car cela, le technocrate français il n’aime pas.

Vu la tournure que prend l’Europe, ils peuvent espérer.


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