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Alpha blondy et tiken jah a la lumiere, les autres dans, l’ombre !

Publié le 15 mai 2012 par Africahit

Au début des années 1980, de retour d’un séjour américain de quatre années Alpha Blondy, Koné Seydou à l’état civil, fonde, véritablement, l’identité du reggae ivoirien, après son passage à l’émission Première Chance de Roger Fulgence Kassy, en 1981, prélude à la sortie de «Jah Glory». Les titres «Brigadier Sabary» «Bintou», entre autres, sont de véritables tubes.

En 1982, la Côte d’Ivoire entre dans une période faste que l’on pourrait baptiser l’âge d’or du reggae ivoirien. En 1984, Alpha arrive à Paris, devancé par sa popularité. Il fera salle comble au Zénith. De mai à juin 1983, l’artiste vendra plus de 25 000 disques et 100 000 cassettes, pulvérisant tous les records de vente de disques en Afrique noire! Alpha a alors 30 ans. «Le père» du reggae africain, durant sa carrière, a amassé une vingtaine de disques d’or et presque autant de platines. C’est une, sinon la première véritable star en Afrique noire. Son reggae, très influencé par Bob Marley, cherche à réunifier les pays d’Afrique par l’utilisation judicieuse de sonorités mandingues (cora, flûte bergère, tumba…), mais aussi du monde, avec un clin d’œil au rock, au funk, à la rumba, à la pop. Pop à laquelle il a été nourri pendant son adolescence et sa jeunesse. En 1985, Alpha ose, à travers « Rasta poué », un maxi de 45 tours, la tendance Dub. Succès. Entre des textes forts et une musique élaborée, il fait montre d’un professionnalisme à tous crins. La Côte d’Ivoire devient, incontestablement, l’épicentre de la scène reggae en Afrique. Maisons de production, studios d’enregistrement et tubes de plus d’une centaine d’artistes reggae se suivent, avec des succès relatifs, mais avérés. Comment et pourquoi donc les reggae-makers de Côte d’Ivoire ont-ils pu passer de la lumière à l’ombre ? (Voir hors-texte). Et pourtant, après avoir rompu avec la major Emi Pathé Marconi, Alpha Blondy avait tenté de créer un pôle local avec Alpha Blondy Production et Distribution et monté un festival, le Festa. Qui se voulait l’alternative locale au Reggae Susplash de Montego Bay en Jamaïque.

Dans la foulée, Ismaël Isaac rompt avec la major Island Record (Mango) après son album Taxi Jump Zoanet Comes qui était l’une des figures de proue du reggae sur la place parisienne n’arrive pas véritablement à faire son trou au sommet. Encore moins Soweto Soleil.

En dépit de frasques et coups de gueule déconcertants, Alpha tient la route avec sa formation, Le Solar System. Quant à Tiken Jah Fakoly, son ascension s’est opérée au prix d’un attachement au travail et à la persévérance, et de sa foi en son métier.

Doumbia Moussa Fakoly alias Tiken Jah est né le 23 juin 1968. Bien qu’issu d’une famille de forgerons, il découvre assez rôt la musique reggae et monte son premier groupe, Djelys, en 1987. Il réussit, peu à peu, à se faire connaître au niveau régional, puis national, avec ses concerts. Après des années de galère, il connaît le début de la gloire, en 1998, avec « Mangecratie » son troisième album.

Un album aux textes poignants.

En 1998, il monte pour la première fois sur scène en Europe, à Paris. En 2003, il est invité par le festival Musiques Métisses d’Angoulême en France où il revient en 2005.

La « guerre fratricide » avant la « paix des braves »

Depuis 2003, Tiken Jah Fakoly vivait exilé au Mali, à la suite de menaces de mort, lors de la crise militaro-politique de 2002, avant d’annoncer qu’il rentrera au bercail, définitivement, cette année.

Il a obtenu la Victoire de la musique en 2003 dans la catégorie album Reggae/Ragga/World pour l’album «Françafrique».

En 2010, Tiken sort l’album «African Revolution». En raison des évènements politiques en Côte d’Ivoire et en Tunisie, il lance une semaine de solidarité à Paris, du 13 au 18 juin 2011.

Mais les succès croisés d’Alpha Blondy et de Tiken Jah ne vont pas sans créer des frictions. Par médias et conférences interposés, les deux icônes du reggae s’affrontent. Sur les raisons profondes de cet antagonisme, les deux artistes restent aériens. Mais les polémiques font les choux gras de la presse people. D’aucuns évoquant une affaire mêlant relations sentimentales et professionnelles. Avec au cœur de la trame, Hélène Lee. Cette journaliste franco-vietnamienne, ex-égérie et compagne d’Alpha Blondy, maîtrisant, à l’envi, les arcanes du reggae, aussi bien côté biz que show. Qui, au terme d’années de collaboration et de vie aux côtés d’Alpha, a été l’adjuvant à la percée de Tiken.

Dans le même temps, ils ne sont toujours pas sur la même longueur d’onde quand ils interviennent dans le champ politique ivoirien. Ce qui en ajoute à leur antipathie. Mais, progressivement, leurs positions se rapprochent au point qu’en 2011, à la fin de la crise post-électorale qu’a connue le pays, ils déjeunent ensemble à Paris, et lancent le projet d’un opus commun et d’une caravane pour la réconciliation nationale. Même si ces deux projets sont encore dans le starting-block, les mélomanes ivoiriens et, en particulier, les reggaephiles, sont déjà satisfaits de voir leurs idoles vivantes montrer le chemin de la paix.

Toutefois, des observateurs avertis de l’industrie musicale arguent que la déchéance relative du reggae ivoirien serait tributaire de cette «guerre fratricide» d’environ 10 ans. Au point de faire perdre à Abidjan sa cote sur l’échiquier du reggae mondial. Chacun des «frères» ayant ses supporters dans la grande famille reggae. Tant au pays qu’à l’extérieur.

S’il est établi qu’Alpha Blondy, puis Tiken Jah rayonnent au firmament du reggae planétaire, les adeptes ivoiriens de ce genre musical font piètre figure sur la scène internationale. Alors que, paradoxalement, toutes les sommités du reggae mondial ont et continuent de sacrifier au pèlerinage abidjanais. En 30 ans, tous, sauf feu Bob Marley dont la venue, en juillet 1980, fut sujette à des micmacs politiques, moraux et financiers avant d’être annulée, sont passés sur les podiums de la capitale économique ivoirienne. I Jah Man Lévi, Jimmy Cliff, Luciano, Steel Pulse, Burning Spear, Lucky Dube…

Quand le live devient roi, l’espoir renaît !

Et ces «légendes vivantes» du reggae, qu’elles viennent de Londres ou de Kingston, ou encore de Paris, se réjouissent du dynamisme de cette musique en Côte d’Ivoire. En effet, depuis les années 2000, une frénésie, avec en point de mire des prestations en live, s’est fait jour à Abidjan. Avec pour «temples», des espaces sonorisés tels que Le Parker Place, Jamaica City, en Zone 4, Le Pams, Le Bluetooth, L’espace Ménékré aux Deux-Plateaux, Le Champion à Blockhauss, Le Kingston à Koumassi, le Zippo, Chez Varold, à la Riviera, Le Ghetto Live à Yopougon.

Des artistes locaux, à l’instar de Kajeem, Ras Goody Brown, Bobby Joe, Spyrow et le Jhammo Band, Reggae Makers..., s’y produisent, alternativement, du lundi au dimanche. Bien plus, avec des promoteurs et mécènes, à l’image de Désiré Aloka (Parker Place), bien introduit dans le milieu du reggae à Londres où il séjourne régulièrement, ou Mathieu Kangah Atchinkwassy, mettent leurs carnets d’adresses et énergie au service de leur passion pour cette musique. Sans compter qu’ils possèdent des espaces médiatiques de promotion (Fréquence 2, Radio Nostalgie, Facebook, etc.) pour rester en contact avec le public. C’est cette proximité que cherche l’ancien Bailly Spinto qui négocie une reconversion en ayant un répertoire entièrement reggae qu’il joue dans les espaces cités plus haut.

La communauté rastafari, elle, qui compte plusieurs villages, dans la tradition héritée de Marcus Garvey qui fonda ce mouvement politico-religieux en Jamaïque, est très active. A l’instar de celle de Vridi (commune de Port-Bouët). Dont la vie quasi ermite ne trouve d’ouverture qu’avec les spectacles de reggae. Dont la célébration, le 11 mai, de l’anniversaire de la mort de Bob Marley, est d’un attrait sociologique et touristique indéniable. Une note d’espoir pour les amateurs et professionnels du reggae.

Rémi Coulibaly et Marc Yevou



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