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Cette vieille croûte de Jules Ferry...

Publié le 15 mai 2012 par Lheretique

Et voilà. Ça commence le spectacle. Côté blogueurs de droite, on s'est lancé dans une ridicule polémique de gauche. Ben oui, les amis, attaquer Hollande sur le racisme de Jules Ferry, vous n'avez aucune chance d'y arriver comme ça : c'est de l'agit-prop de gauchistes, ça...

Au fond, ce qui me fatigue, c'est qu'on brandisse des icônes jaunâtres qui n'ont rien d'honorable. Jules Ferry a rendu l'instruction publique obligatoire. Et alors ? Pétain a bien donné la sécu à la France ?

Est-ce que le promoteur des leçons de morale a empêché deux guerres mondiales et l'expansion des pires  régimes de l'histoire de l'humanité avec ses totalitarismes ? 

En réalité, pas plus que l'Église, l'État n'a vocation à mettre le nez dans nos affaires privées ; je n'aime pas que l'État fasse de l'instruction morale. On finit toujours par s'y prendre les pieds dans le tapis parce que les valeurs qui dominent aujourd'hui ne sont pas celles de demain.

L'espèce d'hystérie romantique qui a caractérisé l'ensemble de la classe politique à l'aube du XXème siècle continue d'être célébrée ? Moi, je préfère John Bell à Chatterton, au fond. Oui, je le trouve sympa, le riche industriel de Londres. Avec les Chatterton, on commence avec des poésies lyriques, et on finit en brandissant l'étendard de la Révolution qu'elle soit française, nationale ou national-socialiste.

Chatterton est un narcissique : il trouve injuste que la société oblige le poète à quémander des emplois. Comme si l'artiste devait être une espèce supérieure au-dessus du lot commun. On comprend comment tous les gens de cette sorte de cette époque ont pu être séduits par des théories sur la supériorité des uns et des autres...Les blessures narcissiques ont dû infliger des dommages.

Au fond, la société de la fin du XIXème, elle oscille entre ces deux issues : d'un côté, le lyrisme mystique, de l'autre le positivisme bien-pensant et dégoûlinant de bonne conscience, un peu à la manière de notre fin de XXème siècle, début de XXIème, avec nos nouvelles certitudes.

Je n'aime généralement pas Clémenceau, mais sur les races, je trouve qu'il avait fait une réponse fameuse à Ferry : 

Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure !

Belle réponse. Autre chose que les glapissements de gauche (et apparemment de droite, maintenant) que l'on peut entendre sur le racisme. La meilleure époque du radicalisme.

Plus généralement, j'aimerais un jour qu'on honore des individus qui en valent la peine. Je cite souvent parmi eux Jésus de Nazareth, mais on pourrait citer aussi Épicure qui considérait que la philosophie concernait tout autant les femmes que les esclaves en pleine Antiquité ou encore le Bouddhâ dont le mode de vie fut exemplaire.

Plus proche de nous, un Alphonse de Lamartine mérite la considération de tous pour son humanité. Au passage, le père de la démocratie-chrétienne, au moins en France, en tout cas, c'est lui. Je suis étonné de voir à quel point il est oublié chez les démocrate-chrétiens alors qu'il fut tout de même le premier à voir dans la démocratie la traduction de l'idéal évangélique. Fort. Très fort pour l'époque.

La croûte de Ferry...tiens, ce n'est pas lui qui a interdit les patois et les parlers régionaux ? Punition pour ceux qui parlaient breton...Admirable, çà ? Non, cela devait être des parlers inférieurs, je présume, dans son esprit. Et voilà comment on contribue à anéantir toute une culture, car, au fond, je ne me fais pas d'illusion : c'est parce que ces parlers et ces langues sont devenus "inutiles" dans notre société matérialiste et consumériste qu'ils ont disparu, en réalité.

Conclusion, le Jules Ferry, moi, je ne le trouve pas consensuel. Accessoirement quand les reponsables politiques de gauche commencent à brandir cette icône-là, c'est mauvais signe pour l'école. La machine à conneries s'est remise en marche (à vrai dire, elle ne s'était de toutes façons pas arrêtée avec Sarko) et quand je vois que ce sont des Julliard et des Peillon qui vont s'occuper de nos écoles, eux et leurs théories fumeuses, j'avoue être plus qu'inquiet...


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