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Eloge du courage

Publié le 18 avril 2011 par Rolandlabregere

En 2010, un livre nécessaire et audacieux, La fin du courage [1] a trouvé de nombreux lecteurs, qui, dans l’espace de notre postmodernité fondée sur la fin des grands récits  (progrès, nations, sujet, sciences…), sont en recherche d’une vie éthique et d’un humanisme renouvelés. L’auteure, Cynthia Fleury, a développé sa thèse au cours d’une conférence intitulée Le courage, éthique individuelle, éthique démocratique, devant un public nombreux et attentif, samedi 16 avril, salle de Flore à Dijon.

Pour la philosophe, le courage se définit par ce qu’il génère. Le prix du courage est moins lourd que le prix à payer de son absence. « C’est une vertu qu’il ne faut pas laisser inactive ». Le courage fait basculer l’individu « du côté du sujet ». L’auteure se réfère à Michel Foucault, notamment à la « parrêsia » du dire vrai, ce qui revient à indexer son dire à la vérité. Le courage de dire, c’est le risque qu’il y a à dire, dire le vrai, ce qui est à l’opposé du dire communicationnel, « faussement libératoire ». (p. 143). Le dire vrai que d’aucuns ont récupéré en parler vrai « pour mieux masquer les intérêts particuliers défendus » (p. 143). Le « parrèsiaste » se situe dans un rapport vrai au monde, loin, bien loin, de la relation « d’un politicien à l’opinion publique ». (p. 144). Le courageux est celui qui comprend que le courage est de maintenant et se pratique au présent. Naguère, Lucie Aubrac, cette belle figure de la Résistance, n’a-t-elle pas rappelé, que le verbe « résister doit toujours se conjuguer au présent » ?

Cynthia Fleury convoque Vladimir Jankélévitch pour rappeler que le courage est une ressource de l’instant. « Le courage relève de la décision pure ». (p. 34). Le courage porte le bien. Le réaliser s’accomplit « séance tenante », insiste la conférencière. D’une formule toute en lumières, elle rappelle que le courage se lit en actes. Il est une preuve qui jamais ne donne l’éternité d’une qualification. « Impossible de se dire courageux. […] La chose n’est jamais réglée. Il y aura toujours épreuve à surmonter pour prouver que l’on est courageux ». (p. 34). Sans équivoque, le courage contribue à l’estime et à la connaissance de soi. C’est, dit Cynthia Fleury, « l’autre nom d’un rendez-vous avec soi-même ». Ainsi, le courage protège la personne alors que son absence altère et ruine son devenir. A chacun sa forme de courage, d’insertion dans la Cité, espace où s’édifie individuellement et collectivement une morale. En réponse à une question, Cynthia Fleury rappelle que le courage s’apprend, se transmet et se réalise plus par le faire que par le dire.

La fin du courage est un ouvrage à recommander. Beaucoup se réclament du courage, croyant que cette vertu consiste à cogner fort sur les faibles, à dévier les valeurs qui fondent le pacte social et républicain, à fragiliser la laïcité par l’ajout d’adjectifs inutiles et ampoulés, à détricoter le tissu social, à agir avec morgue, à se complaire dans la démagogie, à stigmatiser la différence… Ils sont donc nombreux ceux à qui profiterait la lecture de cet ouvrage roboratif : votre député au moment de voter une loi de bioéthique, les gouvernants qui en appellent au réalisme pour légitimer des politiques antisociales, les responsables du monde du travail qui pratiquent le nouveau management et qui, croyant être branchés, génèrent la souffrance et la dé-estime de soi, les éducateurs qui ne veulent pas considérer que la prise de risque caractérise toute démarche éducative, les ministres qui attendent le dernier sondage pour choisir l’option la plus médiatiquement payante. Dans une langue fluide et personnelle, l’auteure invite le lecteur à trouver la manière la plus sensée de mener sa vie, « d’être sous le regard de soi-même, sous le regard d’un œil intérieur ».

Il faut lire La fin du courage avec humilité car chacun est fragile devant la décision d’autant que l’acte compte bien plus que le résultat. « Le courage est sans victoire, sans capitulation ». Le lire pour soi, pour les autres, pour des institutions justes.


[1] Les pages mentionnées entre parenthèses renvoient à cet ouvrage : C. Fleury, La fin du courage, éditions Fayard, Paris, 2010.


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