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jardins et routes

Publié le 05 juin 2012 par Hoplite

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"C’est à Paranesti, au nord de Drama, sur les contreforts des Rhodopes, la chaîne de montagnes qui longe les deux côtés de la frontière avec la Bulgarie, que commence notre voyage. C’est la municipalité la plus grande et la moins peuplée de la Grèce, riche en immenses étendues de forêt. Nous y sommes allés pour participer à une bourse aux semences et une rencontre internationale de trois jours organisées par Peliti, une association créée il y a dix ans par Panagiotis et Sonia Sainatoudis.

De ce séjour d’à peine deux semaines en Grèce, nous retiendrons à quel point ce pays correspond peu à l’image caricaturale largement projetée par nos médias. Je n’évoquerai pas ici la profonde crise économique, sociale et humaine, les dégâts causés par les diktats européens et par la tristement célèbre troïka [1], les réductions de salaires de 20 %, 30 %, parfois même de 50 % ou 70 %, les retraites sabrées de 20 %, les coupes drastiques dans les budgets de la santé, les chiffres astronomiques du chômage, les 40 000 nouveaux sans-abri, le million de repas distribués gratuitement chaque jour par différents organismes, dont l’Eglise [2]... C’est une autre réalité que j’ai envie d’évoquer, celle que nous avons découverte dans des zones fortement rurales.

Première surprise de taille : à Paranesti, nous nous sommes trouvés au cœur du plus grand événement lié aux semences en Europe, emportés par une énergie et un enthousiasme époustouflants. Environ sept mille personnes étaient venues d’un peu partout en Grèce, de plusieurs régions et îles, apportant (et surtout emportant) des sachets de semences de variétés anciennes ou locales de légumes ou de céréales.

Tout a commencé dans les années 1990 lorsque Panagiotis a décidé de parcourir son pays en stop, sans argent, allant d’une région rurale à l’autre, à la recherche de ces variétés traditionnelles qui étaient déjà en train de se perdre. Il en a réuni environ 1 200, et se trouva vite dépassé par la tâche de sauvegarder et multiplier cette immense richesse. D’où la mise en place d’un réseau, Peliti — du nom d’un chêne —, qui réunit une dizaine de groupes locaux : à Komitini près de la frontière turque, à Ioannina du côté de l’Albanie, sur des îles comme Egine et Lefkada... Elle mène une forte activité dans les écoles de plusieurs régions. Cette année, ce fut le dixième et plus grand rassemblement organisé par l’association.

Plus de 20 000 sachets de semences ont été distribués ou échangés, sur la base du don ; un repas a été proposé aux participants, également gratuitement, grâce à une tonne et demie de légumes fournis par une cinquantaine de paysans locaux. Cette année, Peliti a l’intention de construire un nouveau bâtiment pour sa banque de semences et elle continuera à étendre son activité partout dans le pays.

Au fil des conversations (et des entretiens enregistrés pour Radio Zinzine), nous avons commencé à cerner certains traits essentiels de la société grecque, surtout en ce qui concerne les campagnes.

Ce n’est que relativement récemment que la Grèce existe comme nation. De 1453 à 1828, elle faisait partie de l’Empire Ottoman. En 1828, elle est reconnue pour la première fois, comprenant l’Attique, Athènes, le Péloponnèse et les Cyclades. Entre 1828 et 1948, le pays a doublé de surface environ tous les trente ans [3]. Or, chez les Ottomans, il n’existait pas de propriété privée du foncier. Toutes les terres appartenaient au Sultan, qui accordait l’usufruit de grands domaines à ses fidèles serviteurs. Dans les provinces, les Ottomans ont privilégié les petits paysans, moins susceptibles de menacer leur domination que des grands propriétaires et les notables locaux. Petit à petit, suite au départ des Turcs, les Grecs ont occupé les terres, souvent sans titre officiel ; de son côté l’Etat aussi a récupéré des surfaces, surtout celles qui appartenaient à l’Empire Ottoman. Ce qui explique, par exemple, que 95 % de la forêt en Grèce soit publique." suite/source

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Quoi qu'il puisse arriver et quelle que soit la capacité de nuisance du système, il y aura toujours ce genre de résistance d'abord locale puis générale. je pense à mes orangers qui ont bien dérouillé cet hiver: je les ai cru morts pendant quelques semaines...et failli en couper deux. puis, en attendant, j'ai vu surgir sur le tronc et les grosses branches des dizaines de petites pousses vertes. la main verte, le Hoplite! Monsanto my ass.

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"Anecdote : des prisonniers Russes que, sur l’ordre de Maiweg, on avait trié dans tous les camps pour aider aux travaux de reconstruction –spécialistes du forage, géologues, ouvriers des raffineries du voisinage- furent réquisitionnés dans une gare par une troupe combattante pour servir de porteurs. Sur les cinq cent hommes de ce groupe, trois cent cinquante périrent sur le bord des routes. Et, sur le chemin du retour, cent vingt de ceux qui avaient été épargnés moururent d’épuisement, si bien qu’il ne resta que trente survivants.

Le soir, fête de la Saint-Sylvestre au quartier général. Je constatai une fois de plus qu’une pure joie festive était impossible en cette période. Le général Muller nous fit, par exemple, le récit des monstrueux forfaits auxquels se livra le Service de Sécurité après la prise de Kiev. On évoqua aussi, une fois de plus, les tunnels à gaz empoisonné où pénètrent des trains chargés de juifs. Ce sont là des rumeurs, que je note en tant que telles ; mais il est sûr que se commettent des meurtres sur une grande échelle. Je songeai alors au brave potard de la rue La Pérouse et à sa femme [déportée] pour laquelle il s’était tant inquiété jadis. Quand on a connu des cas individuels et qu’on soupçonne le nombre des crimes qui s’accomplissent dans ces charniers, on découvre un tel excès de souffrance que le découragement vous saisit. Je suis alors pris de dégoût à la vue des uniformes, des épaulettes, des décorations, des armes, choses dont j’ai tant aimé l’éclat. La vieille chevalerie est morte. Les guerres d’aujourd’hui sont menées par des techniciens. L’homme a donc atteint ce stade que Dostoïevski décrit à travers Raskolnikov. Il considère alors ses semblables comme de la vermine. C’est de cela qu’il doit justement se garder s’il ne veut pas tomber dans la sphère des insectes. Pour lui et pour ses victimes, entre en jeu le vieux, le monstrueux : « Voilà ce que tu es ! »

Puis je suis allé dehors ; les étoiles scintillaient dans un ciel éclairé par la lueur des tirs. Eternels et fidèles signes –Grande Ourse, Orion, Véga, Pléiades, ceinture de la Voie Lactée-, nous autres hommes et nos années sur la terre, que sommes nous devant cette splendeur ? Qu’est donc notre éphémère tourment ? A minuit, au bruit des verres entrechoqués, j’ai intensément songé à ceux que j’aime et j’ai senti que leurs souhaits parvenaient aussi jusqu’à moi. " (Ernst Jünger, Notes du Caucase, 31 décembre 1942. Journaux de guerre)


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