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La montagne couronnée (3)

Par Montaigne0860

A l’instant de la touffeur festivalière – concert par ci, fête de l’oignon par là – la solitude ne se discute même plus, elle devient l’évidence ; je m’en vais, quitte tout, me perds dans les méandres du lieu sacré, berceau des vignes (c’était il y a si longtemps ), cuve abandonnée au hasard des oiseaux et des arbres, négligence où le pas monte, descend, se concentre sur le poids du corps qui se ramasse dans l’effort ; le ru léger des chemins et des marches emporte l’allure. Quelle main a dessiné ces sentes croisées ? C’est le hasard dévalant, ami, dés jetés par les doigts des siècles, venelles de luxe pour l’attardé que je suis, et qui stimulé par le ramage des oisillons de l’année – oh le pépiement éperdu – récite des vers où l’on chante le repos sur toutes les cimes, acacias et chênes bien sûr, mais montagne aussi avec sa maison mère qui du haut des tours brandit tranquille tous ses poings serrés sur la dentelle, pierre évidée, fenêtres passages qui ouvrent sur le vent, lui donnant sa raison d’être et sourient et saluent et rejaillissent  au fil des pas ; elles disparaissent quand je monte trop près des remparts et reviennent en souriant dès que je m’éloigne.

Cache-cache métaphysique.

Je ne sais plus enfin qui je suis puisque l’objet se dérobe quand je m’approche ; dans le creux du vallon, je crois saisir les contours de la belle dentelée, je la devine à deux pas, je lèverais le bras je cueillerais la chapelle qui chapeaute la tour sud, mais non, impossible, si je monte, elle monte plus vite encore et je me dis, enivré par ces jeux, que peut-être lorsque je ne la vois pas elle se couche sur le rempart, puis je souris, puis je ne sais plus.

Je bois la mer des lilas fanés depuis peu, retournés dans le rang de la verdure commune ; ces masses cependant jamais vertes, grises plutôt ou rouges parfois dans le sourd des branches alarmées par le trop plein des feuilles, ombrages glacés du vent du sud qui, donnant à plein contre le rempart, reflue en lames harassées sur les frondaisons noires où je m’avance masqué pour surprendre les pierres en partance vers la disparition. Je ne me lasse pas de la proximité qui se dérobe mais risque ma raison au jeu de la saison miroir ; je rêve d’un point fixe à partir duquel je pourrais revenir affronter ces interrogations croisées sur le proche lointain et la distance qui rapproche. Le vent, l’obscur au beau de juillet et ces peurs que j’invente dans l’aléatoire des tours, tout ici est enivrant jusqu’au cheval là-bas, point d’interrogation dans la plaine, qui ouvre sur l’étonnant infini tirant droit ses lignes appliquées à partir du vallon arrondi où je vais feu follet.

Cuve, mon amie, toi et tes geais par dizaines grincent comme des portes perdues qui ouvraient autrefois sur des vins fermentés et des tonneaux lourds dont le contenu suggérait qu’il faisait bon vivre quand même ; amie, grotte à ciel ouvert, refuge pour solitaire, nature folle, je me demande si la disparition du vin, pressé dans ton sein depuis toujours, n’a pas été remplacée par cet enivrement des lignes verticales qui se dressent et s’effacent à mes yeux contre la réalité évidente des tours. Je vois dans leurs verticales hésitantes un modèle pour l’alignement des vignes qui furent ; sillons et lignes droites finement ciselées sur les flancs du vallon, mon amie, ce sont autant de traits invisibles à peindre, à chanter, portées énormes sur lesquelles chaque cep formait une note durable, fugue du vin, sonate des lois qui régirent les enivrements et autorisèrent  les danses bruyantes du samedi soir ; cette allégresse démesurée nous manque peut-être et nous ne pouvons qu’en deviner la puissance à travers le souvenir des dieux incarnés sur les tours.


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