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Législatives 2012 (1er tour) : vers une majorité rose molle (2/2)

Publié le 13 juin 2012 par Sylvainrakotoarison

Selon les projections pour le second tour, le PS et ses alliés gouvernementaux (PRG et EELV) devraient de justesse obtenir une majorité dans la prochaine Assemblée Nationale. L’UMP réussit néanmoins à faire une belle performance malgré la faible participation, face à un FN qui a bien tenu le choc du scrutin majoritaire et un MoDem laminé par l’illisibilité de la position de François Bayrou. Seconde partie.

yartiDALIpremiertour03Suite et fin de mon analyse du premier tour des législatives du 10 juin 2012 (première partie ici).

6. Le Front de gauche : reflux

Le pari du Front de gauche de peser sur les socialistes est perdu : beaucoup de députés communistes sortants sont devancés par des candidats PS. Le pari de Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont est lui aussi perdu. C’est même pire : éliminé dès le 1er tour dans la circonscription de Marine Le Pen, en faisant de sa bataille un enjeu national, le leader du Front de gauche a même favorisé sa rivale du FN qui n’en demandait pas tant.

En clair, la valeur ajoutée de Jean-Luc Mélenchon n’existe plus et le Front de gauche se réduit à la présence, sur le terrain, des élus communistes qui vont être amenés à réfléchir sérieusement sur leur intérêt à continuer ce pacs avec le Parti de gauche de l’ancien membre du PS.

7. Le MoDem et le Centre pour la France

La descente aux enfers n’en finit pas pour François Bayrou (23,6%). Dépassé de 10% par la candidate du PS, Nathalie Chabanne (34,9%), et talonné de 2% par un candidat UMP Éric Saubatte (21,7%) qui a bien l’intention de rester au 2nd tour, François Bayrou n’a a priori plus beaucoup de chance, à part miracle (ça arrive, la circonscription n’est pas loin de Lourdes !), de conserver son siège. J’en reparlerai plus précisément.

Le désastre est néanmoins autant national que personnel : les quatre cents candidats centristes n’ont même pas été capables de réunir un demi million de voix (1,8%). C’est sans cesse pire que les fois précédentes depuis 2007.

Des deux autres députés sortants, Jean Lassalle pourrait peut-être garder le siège grâce à l’apport des voix de l’UMP (mais il a un retard de 6%) alors que le député de la Mayotte Abdoulatifou Aly, le troisième député MoDem, est magistralement éliminé en prenant une claque historique : il ne recueille que …127 suffrages sur 16 289 votants au total ! Pour l’anecdote, le député MoDem sortant est avant-dernier dans la 1e circonscription de Mayotte, devant un certain Mohamed Brahime dit Monsieur Chirac (88 voix).

En tout, en dehors de Jean Lassalle et François Bayrou, il ne reste plus que cinq candidats du Centre pour la France au second tour : Gilles Artigues (ancien député UDF) qui est en duel difficile dans la Loire face à la gauche avec 25,5%, Philippe Folliot (député sortant ex-NC) dans le Tarn, Rodolphe Thomas (ancien député UDF) à Caen, Nassimah Dindar à la Réunion et enfin, Thierry Robert à la Réunion, qui serait l’élu le plus probable du MoDem.

Preuve que le label du centre indépendant a été quasi-suicidaire, le député sortant de Bergerac, Daniel Garrigue, proche de Dominique de Villepin, qui avait quitté l’UMP pour soutenir la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle du 22 avril 2012, s’est effondré avec 13,9% en 6e position.

Notons également que l’ancienne secrétaire d’État Rama Yade, vice-présidente du Parti radical valoisien, avait demandé et obtenu le label "Le Centre pour la France" et a été élimée à Asnières et Colombes avec 13,8%.

Par ailleurs, complexité et diversité des situations locales, le candidat du Centre pour la France dans la 7e circonscription du Var, Damien Guttierez (Alliance centriste), qui n’a obtenu que 1,1% des voix, a appelé à voter en faveur du candidat FN Frédéric Baccaletti (23,2%) face au député UMP sortant Jean-Sébastien Vialatte (34,4%) et au candidat chevénementiste Ladislas Polski (27,3%).

8. Les soirées électorales

Une réflexion annexe sur le traitement des médias pour ce premier tour des élections législatives. Certes, les discours sont convenus. Si l’on est PS, on va bien sûr appeler à apporter une majorité au nouveau Président de la République pour lui donner les moyens du "changement" ; et si au contraire, on est UMP, on va mettre en garde sur la monopolisation des pouvoirs du PS et appeler à ne pas lui donner tous les postes. C’est de bonne guerre mais très ennuyeux et sans intérêt.

Remarquons toutefois que l’argument de la monopolisation de tous les pouvoirs par un seul parti ne durera certainement pas : il est fort probable en effet qu’en mars 2014, un retournement du balancier se fasse aux municipales et aux élections territoriales (ou régionales ?) ainsi qu’en septembre 2014 aux élections sénatoriales.

Il est vrai que dans les médias, il manque des éditorialistes de grande pointure, comme l’étaient des personnalités comme René Rémond ou encore Noël Copin, voire Alain Duhamel ou Philippe Alexandre. Ceux qui, aujourd’hui, commentent sont même parfois des responsables d’instituts de sondages.

À ma connaissance, le seul moment intéressant de la soirée électorale à la télévision fut sur i-Télé peu avant minuit, au cours d’un débat entre Guillaume Bachelay et Gérard Longuet.

Guillaume Bachelay, suppléant de Laurent Fabius déjà réélu (donc, il va devenir député), est célèbre pour avoir dit en 2009 : « La présidentielle, Hollande y pense en nous rasant. ». Gérard Longuet, ancien Ministre de la Défense, s’est alors énervé contre son interlocuteur socialiste pour récuser tous les soupçons qui pesaient sur lui de connivences avec le FN.

Rappelant qu’il avait effectivement eu, adolescent, des tentations d’extrême droite, il les a récusées très vite et une fois élu, il a toujours souhaité un gouvernement de centre droit. Il a rappelé notamment deux faits qui peuvent le rendre crédible : en juin 1997, il a perdu aux législatives dans la Meuse à cause du maintien d’un candidat FN dans une triangulaire (il est donc au contraire l’une des victimes électorales du FN) et en mars 1998, il s’est désolidarisé de ses amis de Démocratie libérale qui avaient accepté des alliances avec le FN dans certaines régions et est resté aux côtés de François Bayrou au sein de la nouvelle UDF.

Il avait également combattu Jean-Marie Rausch, ministre centriste de François Mitterrand et président du conseil régional de Lorraine, soutenu par les socialistes, qui s’était maintenu grâce à une alliance avec le FN. Le maire de Metz avait fini par renoncer au conseil régional et son successeur fut justement Gérard Longuet sans aucune voix du FN au sein de la région.

Tellement énervé, il a même balancé à la tête du "bras droit" de Laurent Fabius que François Mitterrand avait même reçu la francisque sous Vichy, ce qui n’était pas très opportun dans un débat serein. Au moins, on ne s’ennuyait pas !

9. Les partis et les groupes…

Ni les écologistes ni le Front de gauche ne sont assurés d’avoir assez de sièges pour former un groupe à l’Assemblée Nationale. Il faut en effet 15 députés (avant, c’était 30), mais au Sénat, les socialistes avaient déjà fait baisser le seuil à 10 pour permettre aux sénateurs écologistes de se constituer en groupe (présidé par Jean-Vincent Placé).

Les Verts ont en effet peu profité des accords avec le PS car la plupart des candidats PS dissidents ont eu un meilleur score que les candidats écologistes investis par le PS. La vague de 2009 et de 2010 est très loin et même s’ils doublent la performance d’Eva Joly.

Concernant la mosaïque du centre droit, le NC et le parti radical valoisien vont scruter à la loupe les élus qui resteront à la fin du processus. Le Nouveau centre est divisé entre Hervé Morin, qui est allié à Jean-François Copé, et ceux qui s’étaient opposés vivement à sa candidature (avortée) l’automne dernier. La perspective d’un groupe indépendant de l’UMP reste encore à démontrer, étant donné l’état de division des "forces" en présence.

10. Le sort de certaines personnalités

Quelques résultats (non exhaustifs) rassemblés en plusieurs catégories...

Parmi les élus dès le premier tour : Jean-Marc Ayrault, Laurent Fabius, Delphine Batho, Jean Leonetti, Claude Goasguen, Bernard Cazeneuve, Victorin Lurel, Henri Emmanuelli, Lionnel Luca, Frédéric Cuvillier, Alain Marleix, Noël Mamère, Jean-Luc Warsmann, Alain Rousset, Philippe Vigier, Jérôme Lambert.

Ballottages très favorables : François Fillon, Manuel Valls, Laurent Wauquiez, Bernard Debré, Christian Paul, Aurélie Filippetti, Jean-Yves Le Déaut, Luc Chatel, Charles de Courson, Jérôme Cahuzac, François de Rugy, Maurice Leroy, Stéphane Le Foll, Alain Vidalies, Michel Destot, Geneviève Fioraso, Alain Rodet, René Dosière, Éric Ciotti, David Douillet, Jean-Christophe Cambadélis, Jean-François Copé, Valérie Pécresse, Nicolas Dupont-Aignan, Bernard Brochand, Bernard Accoyer, Hervé Gaymard, Dominique Dord, Éric Woerth, Éric Straumann, Jean Glavany, Bruno Le Maire, Henri Guaino, Marylise Lebranchu, Marisol Touraine, Jean-Louis Borloo, Pierre Moscovici, Cécile Duflot, Valérie Fourneyron, Michèle Delaunay, George Pau-Langevin, Benoît Hamon, Sylvia Pinel, André Chassaigne, François Sauvadet, François Baroin, François Cornut-Gentille, Jean-Christophe Lagarde, Paul Giacobbi, Jacques Pélissard, Annick Lepetit, Patrick Bloche, Sandrine Mazetier, Jean-Marie Le Guen, Jean-François Lamour, Philippe Goujon, Daniel Vaillant, Christophe Caresche, Christian Jacob, Franck Riester, Jacques Myard, François Lamy, Franck Marlin, Malek Boutih, André Santini, Jacqueline Fraysse, Jean-Christophe Fromantin, Patrick Ollier, Pierre Lequiller, Patrick Devedjian, Marie-George Buffet, François Asensi, Bruno Le Roux, Claude Bartolone, Élisabeth Guigou, Laurent Cathala, Gilles Carrez, Michel Herbillon, François Pupponi, Gérard Bapt, Bernard Roman, Marc-Philippe Daubresse, Marc Dolez, Alain Bocquet, Nicole Ameline, Christophe Priou, Olivier Dassault, Dominique Bussereau, Alain Claeys, Christian Estrosi, Charles Ginesy, Jean-Claude Guibal, Rudy Salles, Dominique Tian, Étienne Blanc, Michel Voisin, François Brottes, Yves Nicolin, Jean-Louis Touraine, Bernard Perrut, Georges Fenech, Serge Letchimy.

Ballottages plutôt favorables : Hervé Morin, François Goulard, Benoît Apparu, Alain Moyne-Bressand, Jean Dionis du Séjour, Jean Lassalle, Thierry Benoit, Isabelle Thomas, François Guéant, Philippe Briand, Arnaud Robinet, Catherine Vautrin, Benoist Apparu, Pierre Lellouche, Pascal Cherki, Valérie Lacroute, Yves Jégo, François de Mazières, Patrick Balkany, Thierry Mandon, Jean-Jacques Guillet, Henri Plagnol, Roger-Gérard Schwartzenberg, Kader Arif, Axel Poniatowski, Christophe Borgel, Sébastien Huyghe, François Loncle, Édouard Philippe, Marc Laffineur, Édouard Courtial, Guy Teissier, Patrick Mennucci, Olivier Ferrand, Christian Kert, Damien Abad, Patrick Labaune, Hervé Mariton, Thierry Robert, Sergio Coronado, Alain Marsaud, Thierry Mariani.

Ballottages très délicats : Ségolène Royal, Jack Lang, Nathalie Kosciusko-Morizet, Marion Maréchal-Le Pen, Jean-Michel Ferrand, Gilbert Collard, Valérie Rosso-Debord, Laurent Hénart, Claude Guéant, Renaud Muselier, Marie-Arlette Carlotti, Nadine Morano, Denis Jacquat, Hervé de Charette, Nicolas Perruchot, Jacques Rémiller, Pierre-André Périssol, Xavier Bertrand, Michèle Alliot-Marie, Florian Philippot, Jean-Pierre Abelin, Andrée Buchmann, Jean-Paul Garraud, Claude Malhuret, Louis Giscard d’Estaing, Alain Calmette, Jean Grenet, Guy Ferez, Jean-Pierre Georges, Claude Greff, Éric Raoult, Hervé Novelli, Serge Grouard, Jean-Pierre Lecoq, Jean-Claude Mignon, Chantal Brunel, Manuel Aeschlimann, Yvan Lachaud, Michel Hunault, Olivier Jardé, François Rochebloine, Christophe Masse, Valérie Boyer, Sylvie Andrieux, Maryse Joissains-Masini, Michel Vauzelle, Jacques Bompard, Vincent Chriqui, Sophie Dion, André Thien Ah Koon, Frédéric Lefebvre, Marie-Anne Montchamp.

Ballottages très difficiles (pour ne pas dire impossibles) : François Bayrou, Georges Tron, Marine Le Pen, Philippe Rouault, Guillaume Peltier, Benjamin Lancar, Jean-Luc Moudenc, Axel Kahn, Claude-Annick Tissot, Charles Beigbeder, Roxane Decorte, Louis Aliot, Gérard Gaudron, Jean-Pierre Grand, Bruno Gollnisch, Gérard Trémège, Rodolphe Thomas, François-Michel Gonnot, Jean-François Mancel, Étienne Mourrut, Gilles Artigues, Michel Havard, Emmanuel Hamelin.

Renoncent au second tour : Patrick Braouezec, Jean-Pierre Brard, Stéphane Gatignon, Roland Chassain.

Éliminés au premier tour : Jean-Luc Mélenchon, Rama Yade, Jean-Pierre Kucheida, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Christian Vanneste, Philippe Meirieu, Jacques Peyrat, Daniel Garrigue, Jean-Paul Mordefroid, Marie-Anne Kraft, Marie-Christine Arnautu, Jean-François Jalkh, Marc Saint-Denis, François Hostalier, Jean Urbaniak, Laurent Baudry, Loïc Hervé, Philippe de Longevialle, France Gamerre, Raymond Durand, Abdoulatifou Aly, Olivier de Chazeaux, Jean-François Robinet, Frédéric Valletoux.

Absents du premier tour (ayant renoncé à se présenter) : Alain Juppé, Martine Aubry, Christiane Taubira, Arnaud Montebourg, Julien Dray, Najat Vallaud-Belkacem, Jean-Pierre Soisson ; René Couanau, Pierre Méhaignerie, Loïc Bouvard, Rachida Dati, Roseline Bachelot, Françoise de Panafieu, Jean Tibéri, Michel Aurillac, Didier Julia, Christian Blanc, Christine Boutin, Dominique de Villepin, Pierre-Christophe Baguet, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, Clémentine Autain, Alain Lambert, Jean-Louis Bianco, Marie-Josée Roig, André Gérin, Maxime Gremetz, Claude Birraux.

Une majorité molle et une situation dure…

Sur fond de crise internationale, la Hollandie s’achève de se constituer, sans enthousiasme, sans vague rose, sans mobilisation populaire, et surtout, par défaut contre le sarkozysme des années précédentes. Rien n’indique pourtant que la majorité sortante ne puisse pas parvenir à provoquer un rebond dans son électorat, très partagé sur les options à prendre pour son avenir.

Au delà des élections françaises, le dimanche 17 juin 2012 sera une date marquante pour l’Europe et les révolutions arabes avec les nouvelles élections législatives en Grèce et le second tour de l’élection présidentielle en Égypte.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2012)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Résultats officiels du 1er tour des élections législatives du 10 juin 2012.
Une cohabitation du troisième type ?
Le centre, une idée qui finit mal ?
Un front républicain ?
François Hollande.
Nicolas Sarkozy.

(Illustrations : tableaux de Salvador Dali).
yartiDALIpremiertour04
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/legislatives-2012-1er-tour-vers-118432




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