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La fille qui se déclarait prête pour une finale de Koh-Lanta contre Moundir

Par La Chose

La fille qui se déclarait prête pour une finale de Koh-Lanta contre Moundir

Parce qu’une blogueuse populaire aime consacrer quelques billets aux merveilleux coins de nature qu’elle découvre près de sa résidence secondaire en Sologne et qu’elle recommande chaudement à son lectorat citadin (qui n’a pas de résidence secondaire en Sologne, ni même en Moselle)

Depuis qu’on a déménagé en Armorique, Loutre est aux anges.
Je t’ai déjà expliqué, je crois, que Loutre est archi-fan de sorties en pleine nature, de guano fraîchement produit et de toutes ces choses complètement inutiles qui font braire les fans de Danse avec les loups. Loutre adore faire des retours à la terre où ça sent bon la rosée matinale, les herbes sauvages et le caca de chevreuil qui fume dans la brume du crépuscule.
Avant, quand on habitait à Paris, c’était un peu compliqué d’aller faire des promenades revigorantes, parce que ça prenait pas mal de temps pour aller jusqu’à la forêt la plus proche, et une fois arrivé il fallait encore garer la voiture, et ensuite on était jamais vraiment tranquilles à cause de toutes les dames très maquillées qui mesurent un mètre quatre-vingt-douze et qui s’appellent Eduardo.

Mais aujourd’hui, Loutre a vraiment trouvé son équilibre, vu qu’on est un peu entourés de prairies avec des vaches dedans et de bosquets où batifolent des cerfs (et aussi parfois des dames très maquillées qui mesurent un mètre quatre-vingt-douze mais elles s’appellent Titouan ou Erwan).
Donc ce week-end, ça n’a pas loupé, Loutre a proposé qu’on aille faire une grande promenade dans la forêt de Brocéliande, qui n’est pas loin de chez nous et que même moi je connais parce que j’ai vu Merlin l’enchanteur et puis Excalibur.
Moi je serais bien restée à jouer à Fallout New Vegas, parce que j’étais en train de décapiter des mutants pustuleux avec Phlegmon, mais évidemment Loutre a eu ce regard genre “pas frais, mon poisson?”, alors bon, j’ai dit d’accord, et même pas quarante minutes après on était en train de descendre un joli chemin qui s’enfonçait dans la forêt, avec Ted Bundy qui cavalait devant nous et Phlegmon qui cherchait déjà tout ce qui rampait sous les feuilles et qui pouvait s’éviscérer.

Loutre avait pris un joli petit livre qui explique tout bien comment il faut prendre les sentiers dans tous les coins d’Armorique, et pour la forêt de Brocéliance, le bouquin disait de longer la rivière pendant deux kilomètres et de bien regarder autour de nous parce qu’on allait sûrement voir des traces de blaireaux. Et c’est vrai qu’au bout de dix minutes, on est tombés sur un groupe de scouts très sympathiques qui essayaient de construire une cabane avec trois branches pourries et deux fougères rachitiques. Ils chantaient des chansons conviviales à propos du Seigneur qui les regardait avec amour, vu que Lui (le Seigneur) il avait jamais eu de maison pour s’abriter, tout ça, et moi j’ai rien dit mais j’ai pensé que le Seigneur il aurait sûrement préféré un carton Ikéa sous le pont de Tolbiac.
On a vite laissé les scouts derrière nous parce que Ted Bundy, il les avait kiffés grave et il avait voulu leur montrer son amitié et sa fidélité canine en sortant son zgègue et en faisant pipi sur leur cabane et aussi sur leurs jambes, alors on a plutôt continué en suivant les indications du livre.

Quand on a trouvé la rivière qu’il fallait longer, on avait perdu un tout petit peu de temps, rapport à la souille que j’avais pas bien vue. Le petit livre, il expliquait très bien qu’on trouvait des souilles magnifiques le long de ce chemin, c’est ce que Loutre  m’a expliqué pendant que j’essayais de dégager ma jambe gauche et mon bras droit qui s’étaient enfoncés, mais comme c’était une gadoue bien compacte, ben y’a eu comme un effet de succion, c’est pour ça qu’après j’en avais quelques paquets sur les lunettes et que je criais des choses sexuelles très fort dans la forêt.

- Ta gueule, a dit Loutre, tu vas faire fuir tous les animaux à dix bornes à la ronde!
- Ils connaissent la sodomie avec objets contondants, tes animaux? j’ai fait.

Alors Phlegmon a demandé ce que ça voulait dire, “contondant”, et Loutre m’a regardée comme si je venais de lui annoncer que j’avais voté pour Nadine Morano.
On a continué à marcher, et heureusement la gadoue ne s’était pas infiltrée dans mon iPhone, alors je l’ai sorti de ma poche et j’ai commencé à rédiger des tweets à propos des sittelles torchecul et des goélands à pois verts, et j’écrivais plein de choses très spirituelles qui me faisaient bien rigoler, et quand j’ai cliqué sur “envoyer”, j’ai eu un message d’erreur qui m’expliquait qu’il n’y avait pas de réseau.
Loutre n’arrêtait pas de nous montrer des choses très intéressantes, comme des boules de poils couvertes de mucus avec des os dedans qui venaient d’être dégobillées par des rapaces, ou des crottes noirâtres qui avaient été laissées par des renard, des castors ou des ratons laveurs. Phlegmon, elle racontait aussi plein de trucs à propos de zombies qui revenaient sur terre et elle se demandait comment la planète pouvait être assez grande pour accueillir des milliers de milliards de morts-vivants (c’est sa manière d’appréhender les mathématiques et c’est cool, ça vaut largement les histoires de trains qui se croisent par rapport à l’âge du capitaine). Moi je prenais plein de photos et je rédigeais mon statut Facebook grâce à mon iPhone, et c’était quelque chose comme “Remake de Délivrance avec Moundir et Bart Simpson”, mais comme j’avais toujours pas de réseau, je devais attendre qu’on revienne vers un endroit relativement civilisé.

- Nan mais c’est pas vrai, a crié Loutre, t’es encore accrochée à ton iPhone de merde! Je rêve, en pleine forêt, quoi! Toi ce serait la fin du monde que tu serais en train de filmer l’apocalypse et d’envoyer tes conneries sur un réseau social à la con pour en faire profiter dix ou quinze attardés!
- Bah je fais un live tweet, j’ai dit, j’ai tellement envie de partager ce moment d’intense communion avec la nature.

Et pour rigoler, j’ai commencé à me filmer avec l’iPhone, et je faisais comme si j’étais une journaliste animalière dans la jungle, et je rigolais en disant “Koh-Lanta”, “Rambo” et “manger des vers géants”, et je trouvais ça vraiment très drôle, et c’est pour ça que je me suis pas vraiment rendu compte que je reculais, et quand Loutre a crié “Lucette!”, ben j’ai pas vraiment entendu parce que j’avais de l’eau dans la bouche et aussi dans les oreilles.

Quand Loutre m’a sortie de la rivière, j’ai tout de suite vérifié que mon téléphone n’était pas cassé (enfin d’abord j’ai traité tout le monde d’enculé, mais juste après j’ai vérifié mon téléphone). Et c’était formidable parce qu’il marchait encore, et Loutre me l’a prouvé en se passant douze fois la vidéo où je tombe à l’eau et en hurlant de rire.
Comme j’étais un peu mouillée, ça faisait scouitch-scouitch quand je marchais, et Loutre n’arrivait pas à arrêter de rire, et j’avais très envie de lui retirer les poils des fesses avec du gros scotch de déménagement.
Le petit livre, il expliquait qu’on arrivait à un étang où on allait sûrement voir des crapauds communs, des hérons cendrés et même des buses. Alors on a arrêté de marcher, moi je me suis assise en faisant “sprooootch” et j’ai dit que vraiment, c’était le moment idéal pour manger les sandwiches que Loutre avait préparés avec amour, vu que j’avais très envie d’un sandwich jambon-fromage avec des chips. Donc on a ouvert les sacs à dos, et là j’ai senti très fort l’odeur du vomi.

- Merde, j’ai dit, Ted Bundy a dégueulé dans mon sac!
- Mais nan, a dit Loutre, c’est la tapenade de sardines aux tomates et au piment d’espelette. Et plutôt que tes chips dégueulasses, je t’ai pris des têtes de choux-fleur à croquer, y’a pas plus sain.

On était donc devant l’étang en train de manger (enfin moi je mangeais pas, j’essayais de chourer le sandwich au Kiri de Phlegmon, mais elle me laissait pas faire et elle me donnait des coups de pied) et Loutre nous faisait des signes pour qu’on se taise et qu’on essaye de voir des hérons et des ptérodactyles, et tout à coup j’ai eu un peu mal au bras, et juste après j’ai eu aussi mal à la cheville, et très vite j’ai eu un gros nuage noir et bruyant autour de moi, et je voulais insulter Loutre mais je pouvais pas à cause des moustiques qui me rentraient dans la bouche.

Finalement j’ai quand même mangé mon sandwich au vomi, rapport au fait que Loutre a insisté en disant que l’infection cutanée allait être pire si je restais le ventre vide. Avant d’arriver à la voiture, comme j’avais très mal au ventre à cause du sandwich, j’ai couru dans le fossé, et là j’ai fait bien attention de m’accroupir exactement au-dessus des orties et d’empoigner des ronces à pleine main pour m’aider à remonter la pente juste après.

Quand le docteur est reparti de chez nous en rigolant très fort (peut-être à cause de la vidéo, que Loutre lui avait montrée), j’ai réussi à me trainer jusqu’à l’ordinateur même si c’était pas évident, rapport aux bandages et aussi à la crème qui sent pas bon et qui est très glissante, et je suis allée m’inscrire sur Meetic.


Classé dans:A propos de la Nature, du retour à la terre et de toutes ces conneries

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