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Galère

Publié le 21 juin 2012 par Toulouseweb
GalèreJeunes pilotes cherchent cockpit, désespérément.
Le métier de pilote de ligne n’a rien perdu de ses attraits, de son prestige, et continue d’attirer des jeunes animés par une sincère vocation. Ceux qui ne choisissent pas l’armée de l’Air ou l’Aéronautique navale mais préfèrent s’inscrire au nombre des lointains descendants de Saint-Ex et Mermoz, se heurtent néanmoins à d’insurmontables difficultés : le transport aérien n’a tout simplement pas besoin d’eux.
Air France, au coeur d’un tourbillon de difficultés économiques graves, qui cherche à tout prix à réduire fortement ses effectifs, protège prudemment son personnel navigant, non sans mal. La compagnie va même jusqu’à inciter ses pilotes à s’expatrier provisoirement, en Chine ou ailleurs, en attendant des jours meilleurs.
Mais que peuvent espérer les jeunes sans expérience désespérément à la recherche d’un cockpit ? Ils sont un certain nombre à tenter leur chance tous azimuts, à se battre, à accepter de modestes CDD, même à l’autre bout du monde. La galère...
Le transport aérien, quoi qu’on puisse en penser à Roissy, ne se porte pourtant pas mal, avec une progression moyenne de trafic de plus de 5% par an. Avec des hauts et des bas, ici ou là, beaucoup de bas chez Air France. Laquelle, est-il besoin de le rappeler, domine le pavillon aérien français au point de ne pas laisser de véritable espace vital à quelques petites compagnies en but à ce quasi monopole de fait.
Dès lors, ces jeunes sans travail se battent pour exister, avec beaucoup de mérite et l’espoir de forcer le destin. L’un d’eux, Antoine (1), 31 ans, nous raconte son parcours, exemplaire si l’on ose dire. Fil de pilote Air France, motivé, passionné, animé par une «vraie» vocation, à peine doté des qualifications de base, a abordé une première étape de bénévolat, a enchaîné les petits boulots (baptêmes de l’air, etc.) puis est entré au service d’Aviation sans Frontières et a volé pendant un an et demi comme copilote de Cessna Caravan au Congo Kinshasa. Il est revenu en France avec 850 heures de vol à son actif, c’est-à-dire une première crédibilité. Puis il a trouvé un interim de copilote sur Twin Otter à Nouméa, à 22.000 km de chez lui.
Un premier pas précieux vers le bimoteur, les turbines, la ligne, les horaires à respecter. Mais il n’a effectué que 400 heures en 2 ans, qui plus est sans la moindre possibilité d’évolution. Antoine a alors cherché mieux «dans le monde entier», a investi plus de 30.000 euros dans une qualification A330, au simulateur de bout en bout, avec un seul vol réel, 6 décollages et atterrissages en une heure, l’objectif étant d’être engagé par un broker pour ensuite voler dans la petite équipe d’une compagnie portugaise. Depuis Londres, sans contrat de travail : «j’étais devenu un Bohémien»...
Nouvelle recherche, avec un carnet de vol affichant 1.450 heures. La «qualif» A330 était un atout rare mais un recrutement dans une compagnie française, XL Airways par exemple, aurait conduit Antoine à passer devant des collègues aguerris ayant tout d’abord volé sur A320, une hypothèse écartée par les forces syndicales oeuvrant dans la coulisse. Retour, dès lors, chez le broker... Les low cost, pour leur part, n’utilisent pas d’A330 et dans des compagnies comme Ryanair, les pilotes débutants doivent payer leur formation de leur poche.
Aujourd’hui, reste dès lors à surveiller les ventes ou locations d’A330, à regarder à nouveau à l’autre bout de la planète. «C’est très dur», nous dit Antoine, motivé comme au premier jour mais inquiet. «Air France ? N’en parlons pas, c’est mort», dit-il aujourd’hui en lisant les premiers commentaires sur le nouveau plan d’économies de la compagnie. Quelle tristesse, quelle déchéance !
Pierre Sparaco - AeroMorning
(1) Nous avons évidemment changé le prénom.

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