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Sarkozy sur le chemin des juges

Publié le 26 juin 2012 par Juan
Sarkozy sur le chemin des juges Vendredi 15 juin dernier à minuit, Nicolas Sarkozy est redevenu « un Français parmi les Français ». Il a perdu son immunité pénal d'ancien président de la République.
Justement, la justice l'attendait.
Sage ?
Quelques jours plus tard, on l'a vu siéger au Conseil Constitutionnel. Certaines auditions sont désormais filmées. Qu'il intègre ce Conseil est une aberration institutionnelle qu'il n'a pas voulu changer. Son successeur François Hollande n'a rien proposé en la matière. Le cas Chirac aurait servir de leçon: l'ancien président a lui aussi rejoint les Sages à l'issue de son second mandat... alors qu'il était sur le point d'être mis en examen dans diverses affaires datant de sa gestion municipale à Paris. Quand il est en poste, un président de la République est pénalement intouchable - une situation à laquelle le candidat Hollande a promis de remédier. Quand il ne l'est plus, il rejoint notre cour la plus suprême !
Certes, Nicolas Sarkozy n'est pas mis en examen. Mais nombre d'affaires le concernent et l'image du Conseil Constitutionnel, après les épisodes Roland Dumas puis Jacques Chirac, ne sort pas améliorée de sa présence.
Les pots-de-vin
Sur le front judiciaire, le juge Renaud van Ruymbeke a mis la main sur de précieux documents dans le volet financier du Karachigate. Selon Fabrice Arfi et Karl Larske de Mediapart, des documents décisifs ont été remis au juge il y a quelques semaines: « Selon ces éléments, saisis au siège de l’office d’armement Sofresa, Nicolas Sarkozy a personnellement autorisé, par un accord écrit, quand il était ministre du budget (1993-1995), des versements de pots-de-vin au “réseau Takieddine” à l’occasion d’un contrat d’armement avec l’Arabie saoudite, baptisé Mouette/ROH ».
Les journalistes complètent que (1) le ministre Sarkozy aurait donné cette autorisation en janvier 1995 contre l'avis de ses services, et (2) « les enquêteurs ont aussi engagé des vérifications sur les patrimoines personnels de MM. Balladur, Léotard et Donnedieu de Vabres. »
Le 18 juin dernier, les proches des familles des victimes ont par ailleurs porté plainte contre Nicolas Sarkozy, Franck Louvrier et Brice Hortefeux pour violation du secret de l'instruction et «violation du secret professionnel ». En cause, un communiqué de la Présidence de la République du 22 septembre 2011 dans le lequel on lisait: « S'agissant de l'affaire dite de Karachi, le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier. Il n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier (...). Cela apparaît dans les pièces de la procédure. » L'avocat M° Morice avait déjà dénoncé cette curiosité, mais sa précédente plainte, contre les seuls conseillers de l'ancien Monarque, avait été classée sans suite en décembre dernier.
Les intermédiaires
En mai dernier, et après deux ans de traque, les enquêteurs avaient enfin retrouvé un autre intermédiaire-clé de cette affaire, Abdoul Rahman el-Assir. Selon le Monde, il était associé à Ziad Takieddine dans la vente au Pakistan des sous-marins français: « Dans l'enquête française, il apparaît comme le bénéficiaire de plusieurs sociétés - Rabor, Mercor et Tesmar - ayant reçu des commissions sur les contrats d'armement conclus pour la vente de frégates avec l'Arabie saoudite et pour la vente de sous-marins au Pakistan. »
Dernier épisode de ce dangereux feuilleton, le juge van Ruymbeke a repris une enquête sur les présumés suicides de deux personnes impliquées dans cette affaire Karachi:  un ingénieur de la DCN (mort en 1998) et Akim Rouichi (mort en août 1995): ce dernier avait espionné le camp Balladur en 1995: « En tout, Akim Rouichi aurait enregistré 30 à 40 conversations, sauvegardées sur disquettes, "sur des ordres des policiers des RG". Il est même question d'une "tirelire", une société au Luxembourg, par laquelle transiterait de l'argent suspect. Dans l'affaire de Karachi, le juge s'intéresse à la société luxembourgeoise Heine, par où ont transité les commissions suspectes. »
Le lien entre l'attentat de Karachi lui-même et le versement de commissions s'est encore précisé. Aux familles des victimes qu'il recevait lundi 25 juin, le juge Marc Trévidic a révéla quelques nouveaux témoignages obtenus de la justice américaine sur un autre attentat au Pakistan: l'assassinat du journaliste Daniel Pearl aurait également été la conséquence de l'arrêt de versement de commissions dans le cadre d'un autre contrat d'armement, américain celui-là.
Dimanche dernier, l'ancien premier ministre libyen du colonel Kadhafi, Baghdadi Ali al-Mahmoudi, réfugié en Tunisie, a été clandestinement exfiltré en ... Libye. D'après son avocat, «Il m’a dit que le moment était venu pour lui de rétablir la vérité. Sur les causes réelles de l’intervention de l’OTAN en Libye, sur les raisons de l’acharnement manifesté par Nicolas Sarkozy et, enfin, sur la nature réelle des relations franco-libyennes ». Au site Mediapart, qui a recueilli la confidence, il complète: « Il allait être amené à parler des financements des campagnes électorales et des questions d’enrichissement personnel ».
Cette extradition, à l'insu du président de la nouvelle République tunisienne, ne lasse pas d'intriguer.
L'agenda
Dans l'affaire Bettencourt, les avocats de Nicolas Sarkozy ont remis une copie de son agenda de 2007 au juge Gentil il y a 10 jours. Il s'agissait de prouver qu'il n'avait pas pu matériellement » rencontré le couple Bettencourt, sauf une fois, pendant sa précédente campagne présidentielle. La véritable information de cet « évènement » était double: primo, Nicolas Sarkozy prend très au sérieux les menaces de cette enquête; secundo, il conserve ses agendas... « Nicolas Sarkozy est un homme politique de premier plan qui a donc une activité publique intense. Sa collaboratrice depuis vingt ans tient pour lui un seul agenda, qui mentionne l’intégralité de ses activités publiques et de ses activités privées.  » expliqua son avocat.
Bref, Nicolas Sarkozy répondait à des questions qu'on ne lui avait pas encore posé, pour éviter justement qu'on les lui pose.
Quelques jours plus tard, Patrice de Maistre était libéré contre une caution de 2 millions d'euros, après 88 jours de détention provisoire.
Pour suivre ses affaires, Nicolas Sarkozy a embauché Michel Gaudin comme directeur de cabinet. Il rejoint Véronique Waché, l'ancienne conseillère presse de l'Elysée qui a suivi Nicolas Sarkozy pour traiter de sa communication. L'ancien préfet de police de Paris, débarqué par Manuel Valls il y a peu, reprend du service. La démarche n'est pas anodine. Michel Gaudin est impliqué dans une autre affaire, la suspension pour des faits truqués de 5 policiers en 1997.


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