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Sommet : changement ou pas ?

Publié le 02 juillet 2012 par Omelette Seizeoeufs
 

Tout ce qui se passe au niveau européen sera toujours nimbé de confusion, tant les enjeux sont complexes et les intérêts communicationnels des uns et des autres sont doubles, triples. Le sommet d'hier soir et ce matin, avec ses moments dramatiques, quand les chefs d'État décident ne pas se coucher à 2h, les bras de fer, l'attaque surprise par l'Espagne et l'Italie : tout est là pour nous faire espérer un changement profond. Le changement promis, par le candidat qui disait qu'il allait faire renégocier les accords présidés par Merkozy.

Qu'en est-il ? Marc Vasseur est très pessimiste :

On savait déjà que la question des eurobonds était déjà tranchée, on espérait que cet abandon pouvait au moins se « marchander » contre un effort conséquent en matière de croissance… en vain à moins de se réjouir de cette énorme enveloppe de 120 milliards consacrée à cette dernière. Pour situer l’ampleur de ce soutien, il convient de mettre en parallèle les 1.500 milliards pour sauver les banques. Je n’ose même pas souligner que sur ces 120 milliards, la moitié est confiée à la Banque Européenne d’Investissement sous la forme d’une augmentation de sa capacité à prêter. Au final, nos dirigeants européens ont réussi à mobiliser 60 milliards d’euro pour dynamiser une croissance anémique voire moribonde… c’est juste risible.

Marc a raison sur les 120 milliards : c'est loin d'être une révolution.

Il s'inquiète également pour la souveraineté, y voyant la plus grande et grave concession de François Hollande :

Ne nous y trompons pas, la finalité de cette démarche est de donner pouvoir à la Commission de donner son avis et par la suite son aval aux budgets et aux orientations en matière économique des Etats Membres et probablement le cas échéant de sortir le baton si d’aventure un Etat prenait trop de libertés vis à vis de la doxa néo-libérale – en clair Roosevelt et Keynes ont été abattus lâchement dans une courée sombre cette nuit.

 

Bien sûr, il est possible d'adopter la position rigoriste : Hollande a promis une politique de relance, alors 120 milliards, ce n'est pas énorme ; Hollande a dit qu'il ferait renégocier le traité, alors que finalement les choses ne sont pas passées ainsi ; Hollande a dit qu'il serait l'ennemi de la finance, tandis que les marchés saluent l'accord ; Hollande a dit qu'il proposerait les eurobonds, Merkel a dit "nein".

La politique européenne n'est pas structurée pour permettre des victoires franches. Celle de Hollande, dans ce cas, n'est la défaite ni de la finance, ni de toutes les politiques de la rigueur. Pourtant, elle marque sans doute un tournant (qui sera à confirmer) dans l'approche de la crise, qui jusque là, sous l'impulsion de Merkozy, consistait à dire tout les problèmes étaient dûs à un défaut de rigueur, et qu'ils pourraient tous être rémédiés avec une application suffisante de rigueur. Le modèle grec, en somme, auquel Merkel semble ne voir aucune alternative.

Voici ce qui est, à mes yeux, l'acquis le plus signficatif :

à Bruxelles, Angela Merkel a cédé sur un principe martelé à tous les étages de la Chancellerie et du ministère des Finances depuis le début de la crise: pas d'attribution d'aide financière sans soumission des États à un strict programme de réformes structurelles en contrepartie. (Le Figaro)

Autrement dit : à l'avenir, les problèmes de dette des différents pays de l'Eurozone ne seront plus uniquement considérés comme étant dûs à l'irresponsabilité des dirigeants dépensiers. L'austérité n'est plus la seule solution. Il est trop tôt pour savoir quelles seront les conséquences réelles de ce changement, qui ne concerne pour l'instant que l'Italie et l'Espagne.

D'une part il y a la question de l'influence de Merkel, et le fait que François Hollande a osé ce que Sarkozy et l'UMP considéraient jusqu'à présent impossible. L'obéissance à la ligne de Berlin n'est pas une fatalité :

"la chancelière a été prise de court au sommet européen", écrit l'éditorialiste Nikolaus Blome dans le journal Bild. "Elle a été contrainte d'encaisser un résultat qu'elle avait exclu (…) C'est la première fois en plus de deux ans que les Etats européens n'ont pas suivi les instructions de l'Allemagne."

On ne se rend compte que l'affichage permanent de l'amitié sans faille entre les chefs d'État des deux plus grosses économies de la zone Euro avait surtout permis de perdre du temps, en confirmant l'analyse des marchés sur la dette.

Et c'est là, au delà des rapports de force, la véritable nouveauté. En laissant l'Espagne et l'Italie passer à côté de l'impitoyable logique de la Troïka, il est désormais dit que le chemin vers la santé économique ne passe pas nécessairement par l'austérité et la récession.

En laissant le Fond de Stabilité et le Mécanisme de Stabilité capitaliser directement les banques, on admet que le problème de l'Euro n'est plus simplement celui de la défaillance coupable des états faibles. La réponse devra être collective. Merkel peut chipoter, en disant "nous restons entièrement dans le schéma actuel: prestation, contrepartie, conditionalité et contrôle", la nature des prestations, contreparties et des contrôles a changé de logique.

 

Donc aux copains déçus par l'envergure de la relance et par le fait que nous sommes encore dans une grande tentative de satisfaire les banques, qui, malgré tout, fournissent les liquidités qui font tourner tous les États de l'Europe, j'ai envie que les mots et les idées doivent venir d'abord. Les mots et la pensée ne suffisent pas, bien sûr, mais ils sont la condition nécessaire des changements concrets. Il faudra surveiller, maintenir la pression, exiger davantage. Tout cela a une signification dès lors que le courant va dans le bon sens.


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