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Je passe à droite

Publié le 04 juillet 2012 par Legraoully @LeGraoullyOff

Je passe à droite

Aussi loin que je me souvienne quand je suis sobre, je n’ai jamais été de droite. Mais comme le veut l’adage populaire, il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis. Encore qu’on voie souvent des imbéciles rester fermes sur leurs positions, et des gens plus dignes de confiance faire de même: la sagesse populaire devrait parfois citer ses sources au lieu de balancer des âneries. Encore qu’on accuse éhontément equus asinus d’être idiot alors qu’il n’a jamais dirigé de centrale nucléaire et qu’on ne le rencontre que très exceptionnellement dans les travées des stades le museau peint en bleu blanc rouge, braillant la Marseillaise à plein poumons. Encore que trop de monde croit encore que la Marseillaise est un chant guerrier visant à étriper nos voisins germains pour voir ce qu’il y a dedans, alors qu’elle fut un chant révolutionnaire repris en plusieurs langues jusqu’à ce que l’Etat français ne se l’approprie.

Bref, on ne va pas dérouler toute la bobine des suppositions induites par un adage éculé. En tout cas, pas tout de suite. Mais puisqu’on parle de sagesse populaire, de droite et de guerre, parlons de l’UMP. Un combat de titans se déroule actuellement en plein coeur de notre pays, à côté duquel la guerre civile en Syrie n’est que fumier de lapin. Le monde entier, absorbé par la rigueur de gauche et le retour de la croissance comme les millénaristes guettent l’arrivée de l’Antéchrist, se moque comme d’une guigne du duel fratricide qui se joue sous notre regard interdit.

Pourtant, d’ici peu l’UMP devra se trouver un nouveau président. Le tout petit père des peuples Nicolas Sarkozy ayant choisi de s’éloigner pour faire du jogging à talonnettes devant les juges et le Conseil Constitutionnel, la droite se cherche un chef et une ligne politique pour éviter de se prendre des trempes à tous les scrutins à venir. En effet, la droite ne saurait se passer de chef, sans quoi ce serait l’anarchie et le jeune populaire, privé de ses repères, ne tarderait pas à se voir ravalé au rang de la bête et à devenir centriste. Deux candidats se dégagent de la meute: François Fillon et Jean-François Copé. Inutile de les présenter, on ne les a que trop subi ces dix dernières années. Il paraît que Juppé et Baroin aimeraient bien y aller aussi, mais même au sein de leur parti leur taux de popularité est proche de l’altitude de la lagune du Charbon en Argentine. En un mot comme en cent, le changement à l’UMP comme au PS, c’est on verra bien quand.

Et bien le changement c’est maintenant. Je n’ai jamais été de droite, disais-je en introduction de cette chronique, soit: c’est le moment d’essayer. Après tout, depuis un an, j’ai été successivement pape et président de la République Messine, ce qui me confère l’autorité naturelle pour mener le troupeau umpiste brouter sur de plus verts alpages. Aussi, vous annoncé-je très officiellement ma candidature à la présidence de l’UMP. Non pas chafouinement et sans éclat par un tweet paresseux comme François Fillon, non pas quand les conditions stratégiques seront réunies comme l’hypocrite Jean-François Copé, mais comme ça, spontanément, un mercredi soir à la fraîche, un verre de porto à portée de main, un chat ronronnant sur les genoux, et dans un webzine qu’on peut difficilement soupçonner d’être de droite parce que je ne suis pas un couard qui va pleurer dans les jupes du Figaro quand j’ai quelque chose à dire.

Alors voici mon programme de président de l’UMP. Tout d’abord il faut éloigner tous les glands malencontreusement tombés du chêne gaulliste pour éviter de voir les débâcles succéder aux débâcles par la faute des mêmes incapables. Sur ce point, je partage l’opinion de Rachida Dati, qui fut une lamentable ministre de la Justice et qui sera virée du parti comme tous les losers qui se succèdent à la tête de notre formation qui n’a que trop souffert. J’ai également bon espoir de rallier Jean-Louis Borloo, pour avoir quelqu’un avec qui picoler. Deuxièmement, le peuple de droite doit se mettre dans le carafon qu’il l’a rien à craindre des socialistes, qui sont aussi de droite. L’ennemi qui nous grignote de l’electorat, ce n’est pas le PS, c’est le Front National. Soyons une droite moderne, laissons les homosexuels se marier, laissons les immigrés immigrer, laissons les fumeurs de chichon s’enfumer la soupière, et laissons l’assistante sociale couver ses assistés.

Ce qui nous intéresse, amis de droite, c’est le fric et la gloriole de la France. Alors au diable l’avarice, à la géhenne éternelle la rigueur pingre et le gaullisme étroit de la frontière! Que la Rolex soit le genre humain! Décomplexons la droite pour de bon: pavanons-nous en voiture de luxe, couverts de bijoux et ivres des meilleurs champagnes, vidons sans compter les caisses publiques sans distinction de classe: que le luxe soit à la portée de tous! Pourquoi se contenter de financer un permis de conduire à un chômeur et fermer les usines à Saint-Nazaire alors que tout un chacun pourrait disposer de son propre yacht? Pourquoi s’embarasser de douaniers et de frontières alors qu’on pourrait passer la saison froide à Saint Barthélémy ou à l’île Maurice plutôt que dans les gris frimas parisiens? Pourquoi obliger nos concitoyens à se briser les reins et le moral pour un modeste SMIC alors que les Chinois travaillent suffisament pour nourrir toute l’Europe, cependant que nos ploucs se gavent de subventions européennes?Pourquoi se contenter d’une épouse française quand une dot mûrement négociée pourrait nous apporter un lopin de terre dans un pays exotique et ensoleillé?

Je détaillerai mon programme plus avant si vous me le demandez, j’en garde un peu sous le coude car un peuple ébahi est un peuple conquis, mais une campagne électorale dure longtemps. Foin des querelles de clocher sur le rassemblement autour de valeurs communes qui donnent encore plus envie de se pendre qu’une émission de Jean-Marc Morandini. De tous temps, la France a été le pays du luxe, de l’étiquette et du savoir-vivre. Aussi, renouons avec les vraies valeurs de droite, faisons bosser le reste du monde pour nous, et généralisons l’opulence dans notre glorieuse contrée, sans souci des conséquences.

Comment financer mon coûteux programme, me direz-vous? C’est très simple: ne faisons plus d’enfants, et profitons de la vie. Si c’est pour les voir se trimballer dans vingt ans avec un polo sur les épaules avec trois cents mots de vocabulaire, non merci.


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