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Noirs désirs, l'édito d'Alain Cirou

Publié le 29 juin 2012 par Cieletespace

 

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Vu depuis l’espace, le spectacle est — paraît-il — superbe ! La preuve, ces images distribuées largement par les agences spatiales et qui montrent la Terre de nuit, photographiée par les astronautes de la station internationale. À bord de l’ISS, chacun reconnaît les contours de son pays, le dessin des côtes, les principales villes, axes et monuments, et bien évidemment, les capitales. Le spectacle est d’autant plus impressionnant qu’à l’altitude de la station (350 km environ), on voit aussi parfaitement les éclairs des orages, les draperies mouvantes des aurores polaires, la Lune et les étoiles…

En bas, sur le plancher des vaches, la situation est moins idyllique. Au cœur des villes, seules la Lune et les planètes les plus brillantes — comme Vénus et Jupiter — se distinguent, filant sur l’autoroute zodiacale. En périphérie des grandes agglomérations, les vastes parkings des centres commerciaux et autres no man’s land sont autant de taches de lumière dont les reflets dans les nuages, les gaz et les poussières éteignent le ciel et les constellations. Dans la campagne, à la montagne et loin des sources parasites, le spectacle de la Voie lactée partage la voûte céleste en deux, mais peu d’horizons échappent à la présence grandissante des zones lumineuses et habitées. En moyenne, chaque année dans le monde, l’éclairage public progresse de 6 % en raison de l’urbanisation galopante.

Les astronomes ne sont pas les seuls à s’inquiéter des conséquences. En 2010, une étude conduite au Brésil a montré que l’éclairage nocturne peut favoriser le développement de certaines épidémies en augmentant les contacts entre les humains et les insectes porteurs de maladies. Plus récemment, des chercheurs britanniques ont découvert que les invertébrés carnivores et charognards sont attirés par les zones éclairées, lesquelles perturbent le fonctionnement des écosystèmes autour d’elles.

Sites protégés, labels “ciel noir” et réserves aux normes strictes sont sans doute des réponses concrètes, et symboliques, à la disparition du patrimoine nocturne de l’humanité. Mais profiter de l’été pour montrer ce que nous n’aurions jamais découvert si le ciel avait été inaccessible à la curiosité, est une autre façon de le répéter : aimer la vie, c’est garder la nuit !

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