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Marthe BOISSIER : J’ai soupesé le blé

Par Unpeudetao

J’ai soupesé le blé qui glissait dans ma main.
- Blé, je vénère en toi le beau labeur humain.
J’ai vu trembler au vent un champ d’orge et de seigle
Près du sauvage roc où se cache un nid d’aigle.

Né hasardeusement du plus aride sol,
Tu m’es plus cher encor, humble blé cévenol.
Toi, si frêle et menu, toi que rien ne protège,
Tu dors ton blanc sommeil sous le gel et la neige.

Les averses d’avril où passent des rayons
Font gonfler la semence et verdir les sillons.
Le vent s’élance sur ta tige : elle l’affronte.
Elle boit la rosée et l’azur, elle monte !

L’été vient et juillet verse l’or sur l’épi.
Il regarde la terre, il s’incline, assoupi.
Un jour les moissonneurs demi-nus, bras à l’aise
S’enfoncent dans le champ, comme en une fournaise.

Quel labeur ! Mais quand naît le soir mystérieux,
Un gerbier, blonde tour, s’élève vers les cieux.
Ô blé ! voilà ta simple et lumineuse histoire.
Tu meurs, mais c’est ta mort qui fait jaillir ta gloire !

Le grain lent à mûrir qu’un moulin va broyer
Puisse Dieu l’accorder au plus humble foyer !
Qu’une infaillible main largement le mesure
Et tous aurons leur part, même dans la masure.

Si dans cet univers un homme, un seul, a faim,
Le monde est imparfait et son effort est vain.

Marthe BOISSIER (XXe siècle).

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