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Mai 68 (#2) enfances

Publié le 22 mars 2008 par Karedig @Karedig_GA
 

 
Il y a des livres qu'on aimerait aimer.
Quand j'ai appris la sortie du livre de Virginie Linhart, je me suis dit que l'idée d'écrire la vie des enfants des leaders révolutionnaires de 68 pouvait être une bonne idée et apporter un angle de vue inédit. Ce que proposait Franck Nouchi dans Le Monde 2 : « Au milieu de cet amoncellement éditorial se glissent parfois des ouvrages passionnants, qui renouvellent l'approche de cette période. Il en est ainsi du Jour où mon père s'est tu, de Virginie Linhart », aussitôt relayé - de l'autre côté - par Le Figaro avec Sébatien Lapaque : « une enquête intelligente et sensible, ni complaisante ni revancharde, sur les «fils et filles de», élevés dans le grand désordre idéologique et libidinal des années 1970 »...
Et puis il y avait ce nom, ce sésame : être la fille de Robert Linhart, le dirigeant maoïste de l'UJC(ml), l'auteur du best-seller "L'établi" où il raconte son séjour volontaire en usine. Cette nébuleuse noire, effrayante, du maoïsme français le plus rigoriste et sectaire qui éveille rétrospectivement cette curiosité que l'on voue aux erreurs de l'Histoire.
C'est donc avec intérêt que j'ai acquis le livre prometteur.
Ma déception me chagrine. Pourquoi donc ce livre me déplaît-il autant ? Parce qu'il est mal écrit, que sa construction brouillonne, ses redites et son style trop journalistique en rendent la lecture malaisée. Mais je dois me rendre à l'évidence, ce défaut n'est pas l'essentiel. L'essentiel, c'est que ce livre est réactionnaire au sens propre du terme. La longue litanie des enfants abandonnés par leurs parents, leur mode d'éducation erratique, les valeurs hors-norme mal supportées, précède la description des adultes qu'ils sont devenus, et qui par réaction sont maniaques, bourgeois, conformistes, obnubilés par leur propre progéniture.
Ce n'est pas une généralité, mais la liste des témoignages est suffisamment longue pour être probante. En somme ce ne serait pas le livre lui-même qui me déplairait mais la réalité qu'il décrit. Une réalité incontestable mais énoncée en inventaire nosographique sans autre fil conducteur que les interrogations de Virginie Linhart sur le mutisme maladif de son père.
Parce qu'elle ose à peine proposer une critique raisonnée de l'époque qu'elle observe, elle se réfugie dans le recensement de propos parfois convergents, parfois divergents. Pourtant, malgré tout, à petites touches, on finit par apercevoir un tableau d'ensemble, celui d'un mai puéril. Et alors, oui, j'aurais aimé aimer ce livre.
 
PS : Le pavé (!) littéraire incontournable pour revisiter les "événements" de 68 reste l'essai en deux tomes de Hervé Hamon et Patrick Rotman, "Génération", publié au Seuil (et réédité pour l'occasion).
 

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