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Portrait de la Voie Lactée

Publié le 11 juillet 2012 par Pyxmalion @pyxmalion
milkyway photographiée par Russel Brown

Superbe photo de Russell Brown

Les nuits d’été vous ouvrent grandes leurs portes. Plongeon dans le grand fleuve d’étoiles de la Voie Lactée. Esquisse d’un portrait.

Sublime et élancée, traçant une pâle et délicate nuée blanche dans la nuit estivale, telle un chemin qui s’éveille au-dessus du nord pour grimper dans les hauteurs du firmament et plonger vers le sud, s’alanguir dans d’autres contrées … La Voie Lactée enjambe le ciel d’été, trace un pont de brume entre les horizons, déploie son long corps nébuleux. Notre galaxie vue de l’intérieur, dans sa chair, son épaisseur. Un tapis aux motifs riches et variés déroulé au-dessus de nos têtes curieuses.

On se régale de l’observer à l’oeil nu mais la parcourir avec une paire de jumelles est un envoutement dont il est difficile de se détacher. L’avantage des jumelles – quand elles ne sont pas trop lourdes – est la mobilité. Vissée sur un pied, il est possible alors de s’embarquer sur ces apparentes eaux brumeuses pour un voyage vertigineux. Mieux, on entre dans les eaux poissonneuses pour nager parmi des milliers et des centaines de milliers d’étoiles. Parfois blotties en petits groupes ou solitaires, dispersées et loin les unes des autres, loin de nous. William Herschel qui entreprit d’en faire l’inventaire, y renonça face à cette abondance stellaire.

Condition sine qua none pour en gouter toute la beauté, une nuit dénuée de pollution lumineuse (cartes de la pollution lumineuse en France ; indispensable). Ce qui est devenu très difficile de nos jours et on ne peut que le regretter. Il faut donc quitter villes et villages, privilégier une soirée sans Lune (2 ou 3 jours avant, pendant et après la Nouvelle Lune) pour s’enfoncer dans l’obscurité, légèrement éclairée par la Voie Lactée. Naturellement, les déserts sont les terres d’asiles les plus appréciées des observateurs et astro-photographes aguerris. De grands espaces où l’on peut voir “respirer” l’Univers et sonder les “espaces infinis” … Dans ces régions, la Voie Lactée vous éclaire doucement le visage et le paysage … Nombre de portraits en mosaïque ont été patiemment capturés sous le ciel des déserts de l’Atacama (Chili), Australie, Mauritanie ou dans l’Atlas ainsi que sur les sommets les plus arides de la Cordillère des Andes.

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milkyway photographiée par Russel Brown
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Voie Lactée photographiée par Nick Risinger
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Le nom de Voie Lactée ou “cercle de lait” est une représentation de la culture gréco-romaine qui a traversée les siècles pour s’installer ad vitam eternam dans les atlas du ciel internationaux utilisés par les astronomes.
En voyageant à travers le monde, sous d’autres cieux et d’autres latitudes, celle que nous désignons par Voie Lactée revêt, bien sûr, d’autres appellations qui reflètent les cosmogonies et la pensée de leurs peuples …

Dans l’Amérique pré-colombienne, elle représentait pour les Mayas, le chemin qui conduit les morts vers le ciel. Un pont reliant la Terre aux profondeurs célestes. Cette vision est également partagée par de nombreuses tribus amérindiennes. Le nom maya est Wakah Chan, l’arbre sacré. La Voie Lactée forme le tronc et la ligne invisible de l’écliptique (chemin emprunté par la le Soleil, la Lune et les planètes à travers les constellations du zodiaque) représente les branches horizontales.
Chez les Aztéques, la Voie Lactée est associée à Xiucoatl, les deux serpents de feu qui encerclent le dieu-Soleil, Tonatiuh. On le voit tirer la langue au centre des calendriers aztèques …
En Bolivie, l’ethnie des Mosetenes racontent que le serpent affamé Nioko dévorait le coeur des hommes. Pour s’en débarrasser, les indiens le jetérent dans le firmament où il engloutit, depuis, les étoiles. Insatiable, il n’a de cesse de grossir et de manger les étoiles. Il s’arrêtera certainement après avoir vider l’univers …
En Inde aussi, elle figure un serpent ou plutôt “le chemin du serpent” Nagavithi.

La mythologie gréco-romaine relie l’origine de la Via Lactea à Hercule/Héraclés. Son père Jupiter/Zeus tenait absolument à ce que que son fils nouveau-né goute au lait divin de son épouse Junon/Héra. Cependant fils adultère, il ne fallait surtout pas éveiller les soupçons de la déesse jalouse. Le Dieu de la Foudre demanda au messager des dieux Mercure/Hermès de s’approcher de la déesse pendant son sommeil. Le nourrisson téta le sein avec tant d’avidité qu’il la mordit. A son réveil, elle repoussa le petit Hercule et le lait divin jaillit jusque dans le ciel … Le sujet épique plut beaucoup aux peintres Le Tintoret et Rubens qui représentèrent la scène avec la grâce et la sensualité qui leur est propre (voir reproduction ci-dessous).

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Mythe gréco-romain de la création de la Voie Lactée par Le Tintoret

Un chemin de lait coulant à travers les douces nuits d’été. Un pont ou un serpent au ventre transparent, fourmillant d’étoiles. C’est notre galaxie ou “cercle de lait” – Galaxias Kuklos (grec) – vue de l’intérieur. Dans l’histoire de l’humanité, cela ne fait pas encore cent ans que nous connaissons sa véritable nature. Aujourd’hui, les astrophysiciens cartographient la matière qui la remplit. Les télescopes les plus puissants et leurs caméras en haute-résolution aident les scientifiques à cerner dans différentes longueurs d’ondes, les régions les plus fertiles, les plus sombres et froides ou les plus denses qui la composent. De même, à débusquer le trou supermassif (environ 4 millions de masses solaires) tapi en son centre.

D’un diamètre estimé à 100 000 années-lumière, la population stellaire de notre galaxie s’élèverait à environ 200 milliards de masses solaires. De type spirale barrée (plus exactement SBbc), elle est différente de la grande voisine Andromède (Messier 31 ou M31), éloignée de 2,5 millions d’années-lumière. Il est relativement aisé pour les astronomes – même amateurs – d’en observer la structure.
En revanche, enfermés dans l’épaisseur de notre galaxie, quelque part dans le bras (spiral) nommé Orion (en référence à la direction de la constellation d’Orion) à plus de 25 000 années-lumière du centre, il est encore impossible pour l’humanité de s’offrir une image réelle et totale de notre Voie Lactée maternelle … Les distances demeurent infranchissables.

Qu’à cela ne tienne, l’être humain contourne le problème en reconstituant la structure de notre galaxie depuis le sol terrestre. Union des images collectées dans les deux hémisphères. Un portrait de notre galaxie par la tranche avec renflement central. Cette région dominée par les tons jaunes caractéristiques d’une abondance d’étoiles âgées se nomme « bulbe galactique« . C’est l’élargissement que nous observons au-dessus de l’horizon sud, derrière (à l’arrière-plan) les étoiles qui dessinent la constellation du Sagittaire. Quiconque l’observe attentivement remarque des zébrures noires d’encre semblables à des déchirures. Il s’agit de flots de poussières très denses qui masquent des dizaines de millions d’étoiles. Des filaments de matière endormie trahis par leur obscurité.

En parcourant la Voie Lactée avec un instrument au grossissement plus important qu’une paire de jumelles – télescope ou éventuellement lunette astronomique -, d’innombrables grappes d’étoiles arrêtent notre regard. Tantôt éparses, des amas ouverts peuplés d’étoiles très jeunes ; tantôt très concentrés, des amas globulaires qui enferment des dizaines ou des centaines de milliers d’étoiles très âgées. Souvent très distants du système solaire, ils se promènent autour de notre galaxie.

Bien sûr, notre galaxie n’héberge pas que des étoiles et leurs planètes. Tout cela ne représente, en réalité, qu’une partie de sa masse. Les bras spiraux tourbillonnant brassent aussi du gaz et des poussières. Des nuages plus ou moins denses et agités reliés par des filaments. Des régions où accouchent les étoiles. Ces nuages appelés nébuleuses reflètent l’intense lumière de leurs poupons les plus excités. La Voie Lactée est un vivier de ces nuages moléculaires et un surprenant terrain de jeux pour la majorité de ses habitants.

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Sites officiels incontournables : Stéphane Guisard (splendide !), Axel Mellinger, GigaGalaxyZoom, Serge BrunierNick Risinger (magnifique !), etc.

Bibliographie : “L’astronomie des anciens” de Yael Nazé.


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