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Vertiges.

Publié le 23 mars 2008 par Didier Vincent

J'étais assis dans ma voiture à attendre je ne sais quoi. Il pleuvait. C'était hier, jour venteux de printemps. Couleurs nordiques. Je pensais à toi. J'essayais seulement. Quand on pense à quelqu'un, à quoi pense-t-on ? L'indifférence des passants dans les camaïeux acidulés et gris est la seule chose qui me raccrochait au monde. J'étais perdu en mes pensées. Objectivement, aucune image ne vient et surtout pas ton visage ou tes attitudes. Objectivement la pluie irrégulière et l'attente dans cette voiture au milieu du nulle part de la ville avec un livre d'Antonio Munoz Molina sur le siège à côté de moi. Je voulais ton visage, un sourire, mais cette foutue mémoire n'apporte jamais rien, rien de tangible, elle fuit. Le ciel s'épaissit en neige fondue, les passants s'emmitouflaient, les gris s'obscurcirent. Je jetai un regard à la couverture de ce livre que j'avais cherché longtemps et qui était épuisé. Je revenais de la librairie où j'étais tombé par hasard sur son édition en poche, cherchant un ouvrage que je trimballerai dans mon manteau comme j'aime faire. J'étais content d'être tombé sur cette mémoire oubliée d'un désir de posséder ce livre dont tout le monde disait le plus grand bien, il y a deux ans, déjà. Décidément, même les yeux fermés, aucune figure ne me revient. On ne peut pas penser quelqu'un comme cela tout bonnement parce que cette personne n'existe pas du tout à l'état figé, statufié. Surtout toi, je devrais plutôt évoquer tes visages, tant l'expression prime sur ton physique. Une éclaircie de courte durée arriva régurgitant les quelques passants qui s'étaient réfugiés sous des porches. Il faudra que je le conseille à Jacques, ce bouquin : « Fenêtres de Manhattan », l'histoire d'un Espagnol exilé à New York. L'écriture intérieure y est si dense qu'elle ne laisse échapper aucun dialogue. C'est un fouillis descriptif qui donne le vertige. Le vertige de ces trois immensités en même temps : moi, dans la voiture, ce portrait mental de toi, ce livre prometteur. Et maintenant que je suis derrière mon clavier, c'est cet entêtant souvenir de ce moment qui m'inonde. Moi qui ne sais pas nager.

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