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Mai 68 - IV

Publié le 22 mars 2008 par Adamantane
Mai 68 - IV Le 22 mars 1968, je venais de signer 9 jours plus tôt, dans la plus grande discrétion, un précontrat avec la Société Bertin pour y prendre la direction d'une unité de recherche en fluidique. Mon projet était  d'approfondir et développer des travaux commencés quinze mois auparavant au sein de la Compagnie de Freins et Signaux Westinghouse, travaux ayant abouti à quelques brevets prometteurs, mais interrompus à la demande de la maison mère amérikaine, qui "n'y croyait pas". J'étais donc, le 22 mars 1968, ingénieur P II à la Freinghouse – selon le nom d'amitié donné à l'établissement de Freinville de la Westinghouse , où j'avais un peu plus de trois ans d'ancienneté. J'étais de plus déçu par les résultats pratiques de ma contribution au groupe d'étude et de programmation préparant l'informatisation de la gestion des flux de production au sein des usines de cette dernière entreprise. L'investissement que j'avais fait en me formant à l'écriture en Cobol  – j'étais un autodidacte d'Algol – était mal rémunéré, et l'ambiance, telle q'entretenue par un dirigeant dont les mœurs managériales étaient incompatibles avec les miennes, délétère. C'est dire à quel point la lecture que j'avais faite dans Le Monde des articles annonçant l'existence à la fac de Nanterre d'un mouvement de protestation des étudiants m'avait peu touché. Dans le courant de l'année 1967, j'avais pris conscience, au terme d'un processus entamé le 2 mai 1966, date de ma première prise de responsabilité d'encadrement comme chef de service d'une unité regroupant un laboratoire de mesures etun bureu d'études en méthodologie des essais, du fossé qui lézardait le corps social de l'entreprise. L'émergence de nouveaux moyens de communication et de calcul, le début d'une relative ère d'abondance et d'amélioration du cadre de vie, les espoirs engendrés par le progrès technologique – nous travaillions sur le projet du futur TGV – cadraient mal avec des procédés de management formalistes, cloisonnants, hypocrites. Et les attentes des cadres sortis des grandes écoles dans le début des années 60, qui expérimentaient leurs premières situations de responsables d'équipes et de budgets, ne cadraient pas avec le modèle proposé par la routine antérieure. A vie nouvelle voie nouvelle. Il nous fallait imaginer une autre manière d'être ensemble. Je m'étais aventuré dans cette voie -il y avait une attente et un besoin-    avec une dizaine de jeunes ingénieurs de l'entreprise, appartenant à divers services. Nous nous constituâmes en réseau, – réunion délibérative une fois par semaine entre midi et deux, avec repas sandwich, au café du coin – avec pour perspectives de : -faciliter les communications horizontales directes ; -pratiquer la formation initiale et permanente de nos techniciens et ouvriers sur la base des situations vécues ; -créer un référentiel du management équitable ; -et faire bouger la strate des 35/55 ans qui détenait le pouvoir effectif et agissait de manière clanique et en vertu de la vitesse acquise. Le réseau distinguait les points focaux – animateurs–, les correspondants – sympathisants – et les membres potentiels, sans tenir compte de l'appartenance à une Direction, du métier ou de la formation d'origine. Nous élaborâmes un manifeste...  Ce manifeste arriva sur le bureau du DG, qui passa une demi-heure à nous dire que c'était de la dynamite et autre demi-heure à noter ce que nous lui expliquions au sujet de ce syndicat spontané, avant de conclure que comme ce n'était incompatible ni avec la recherche de la qualité, ni avec la maîtrise des coûts, ni avec l'humanisme du groupe, il tolérerait la chose à seule condition qu'il n'y ait pas d'exclusions fondées sur l'âge ou le diplôme. Aussi, quand le vrai Mai 68 se mit à fleurir, le terrain était préparé pour une propagation rapide des idées de contestation de normes implicites perçues comme contre-productives et de recherche de nouveaux espaces de liberté. J'ouvre sur ce blogue une nouvelle catégorie. J'y publierai, aux dates anniversaires, la chronique, résumée, à partir des notes et documents que j'ai conservés, de cet épisode intercalaire de ma vie professionnelle. Surprise rétrospective : entre le 1° et le 19 mai 1968, il ne se passa rien de particulier dans les divers établissements industriels sis à Freinville-Sevran, situé à une quinzaine de km de Paris...

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