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Diplomatie silencieuse

Publié le 24 mars 2008 par Dje
Ca y est, elle est partie. La Flamme Olympique a été allumée ce matin dans le stade d’Olympie, prélude à un trajet de 150 jours et près de 140.000 kilomètres à travers le globe, avant de rallier Pékin pour l’ouverture des Jeux le 8 août 2008. Ce symbole de paix et de fraternité va donc amener son message d’espoir partout à travers le monde, avec en point d’orgue un passage sur le Mont Everest et une traversée du Tibet qui prouvera l’esprit d’ouverture des autorités chinoises. Ce départ survient-il au bon moment ? On est naturellement en droit de se le demander au vu des derniers évènements sino-tibétains et des menaces de boycott qui pèsent sur l’évènement. C’est vrai que cela sonne un peu comme une provocation aux yeux du monde, une de plus suis-je tenté de dire : au diable les polémiques, les Jeux auront bien lieu et célèbreront l’avènement de la puissance et du rayonnement chinois. Ainsi soit-il.
Devant cette célébration de la pureté originelle de l’esprit olympique, c’est à peine si on s’est rendu compte que la cérémonie a été perturbée par quelques agitateurs. Et pas des moindres, puisque ce sont des membres de Reporters Sans Frontières qui sont intervenus pendant le discours officiel, scandant des appels au boycott, à la liberté et au respect des Droits de l’Homme. Pourtant, l’évènement est quasiment passé inaperçu, car la mécanique est bien huilée coté chinois : plan resserré, orateur qui poursuit son monologue comme si de rien n’était, interpellation express, et voilà comment les images officielles ne permettent même pas de se douter de l’intervention désespérée des reporters. Du beau boulot, très professionnel. Il est dit que rien n’enrayera la belle machine olympique chinoise.
Parce qu’ils sont les représentants d’une organisation reconnue et respectée, les trois trublions du jour auront sûrement droit à un traitement de faveur, et on ne peut que s’en réjouir. Ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde, et notamment de Yang Chunlin, coupable d’avoir écrit une lettre réclamant des Droits de l’Homme plutôt que des Jeux Olympiques. Verdict pour le jeune idéaliste : cinq ans de prison. Une atteinte primaire à la liberté d’expression qui sonne comme une nouvelle provocation des autorités chinoises. Mais après tout, puisque le monde entier leur mange dans la main, pourquoi arrêteraient-ils ? Tous les gouvernements sont terrorisés à l’idée de commettre le moindre petit écart susceptible de compromettre les relations avec cette Chine qui n’en finit plus de s’imposer comme un poids lourd économique mondial. Il s’ensuit un concert de réactions toutes aussi écœurantes les unes que les autres.
Le premier communiqué du gouvernement grec suite aux incidents d’Olympie fustige une action qui n’a "aucune relation avec l’esprit olympique". Mais de quel esprit parle-t-on ? De celui de la toute puissance du fric au détriment des droits inaliénables de l’être humain ? De celui qui passe sous silence les exécutions en masse et les répressions en tous genres dont sont responsables les autorités chinoises au nom de considérations purement politiques qui n’ont rien à voir avec le sport ? Petit, on m’avait dit que l’esprit olympique c’était l’ouverture, la tolérance et l’écoute de l’autre. M’aurait-on menti ? Aurait-on profité de ma crédulité de gosse pour me faire croire que la trêve olympique était propice au dialogue et à l’entente entre les peuples ? J’ose encore espérer que non, mais là encore la désillusion est derrière chacune de mes découvertes.
Même le Comité International Olympique, garant suprême de l’intégrité morale des Jeux, y va de son petit couplet par la personne de son président. Des évènements d’Olympie, Jacques Rogge se déclare "toujours triste lorsqu’il y a des manifestations". Au moins comme ça les choses sont claires : aucune pensée contraire n’est acceptée. Ceux qui ne suivent pas le mouvement sont de facto des opposants, des empêcheurs de tourner en rond, en un mot des ennemis qu’il faut bâillonner au plus vite pour ne pas salir les prochains Jeux Olympiques. Salir, oui, c’est le mot, et face à cela j’ai moi aussi envie de hurler un énorme "Casse-toi pauvre con" au président du CIO.
Je suis dur peut-être, parce que face aux derniers évènements tibétains, dont la complexité dépasse sans nul doute la vision manichéenne que l’on nous présente dans les journaux, Jacques Rogge a déclaré avoir entamé une "diplomatie silencieuse" avec le gouvernement chinois. Silencieuse, c’est vrai que ça colle assez bien parce que pour l’instant le moins que l’on puisse dire c’est qu’on ne l’entend pas vraiment. A moins que l’on parle plutôt d’une diplomatie qui passe sous silence, auquel cas la formule est tout à fait adaptée à la situation. Passer sous silence les 130 morts tibétains des dernières émeutes, dont le bilan est estimé à seulement 19 morts selon le gouvernement chinois. Comme le dirait un Jean-Pierre Pernault des grands jours, il y a une des deux sources qui se moque de nous. Passer sous silence également les lynchages dont sont victimes des commerçants chinois au Tibet, car c’est aussi une malheureuse vérité. Passer sous silence le scandale proprement honteux qui consiste à estimer le dalaï-lama, apôtre de la non-violence, à l’origine de débordements de certains Tibétains. Passer sous silence les attitudes provocatrices des autorités chinoises qui se complaisent à jeter de l’huile sur le feu pour mieux justifier le retour de flamme et les répressions qui s’ensuivent.
Si la situation me désespère tant elle est inéluctable, il y a encore une question que je me pose : Y aura-t-il des chars pour accueillir les concurrents à l’arrivée du marathon sur la place Tien-Anmen ? Après tout, la Chine pourrait être tentée de voir jusqu’où elle peut pousser la provocation…

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